Les pesticides sont-ils vraiment si toxiques pour les bronches ?

lundi 12 janvier 2009 par Dr Philippe Carré1277 visites

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Les pesticides sont-ils vraiment si toxiques pour les bronches ?

Les pesticides sont-ils vraiment si toxiques pour les bronches ?

lundi 12 janvier 2009, par Dr Philippe Carré

L’exposition professionnelle aux pesticides est-t-elle un problème sanitaire important sur le plan respiratoire ? Les auteurs ont étudié la prévalence de l’asthme et des symptômes asthmatiques, à partir des résultats d’un auto-questionnaire, dans un groupe de 248 ouvriers exposés aux pesticides dans quatre pays européens.

Symptômes d’asthme après exposition aux ethylénebisdithiocarbamates et aux autres pesticides dans les études de terrain Europit. : Boers D, van Amelsvoort L, Colosio C, Corsini E, Fustinoni S, Campo L, Bosetti C, La Vecchia C, Vergieva T, Tarkowski M, Liesivuori J, Steerenberg P, van Loveren H.

Department of Epidemiology, Maastricht University, The Netherlands ; currently employed at Institute for Risk Assessment Sciences, Division Environmental Epidemiology, Utrecht University, The Netherlands.

dans Hum Exp Toxicol. 2008 Sep ;27(9):721-7.

- Objectif

  • Etude prospective multicentrique visant à préciser les effets d’une exposition professionnelle aux fongicides etyhlénebisdithiocarbamate (E) et/ou à d’autres pesticides, à partir d’asthme ou de symptômes asthmatiques rapportés par les sujets exposés.

- Méthodes

  • Cette étude multicentrique a été conduite chez 248 ouvriers exposés aux pesticides et 231 non exposés, à partir de 5 études de terrain
  • Les 5 études de terrain ont été menées en Hollande, Italie, et Finlande, et 2 en Bulgarie
  • Les sujets de cette cohorte ont rempli un auto-questionnaire initial (avant le début de l’exposition)
  • L’ethylénethiourée urinaire a été mesuré pour évaluer l’exposition aux E

- Résultats

  • En analyse multivariée ajustée pour tous les facteurs confondants potentiels (âge, éducation, lieu de résidence, tabagisme, sexe, et champ d’étude), les auteurs ont trouvé des associations inverses, toutes n’étant pas statistiquement significatives, entre l’exposition professionnelle aux pesticides et :
    • le diagnostic d’asthme (OR 0.41 ; IC 95% : 0.15-1.11),
    • les symptômes d’oppression thoracique (OR 0.60, IC 95% : 0.36-1.02),
    • les sifflements (OR 0.56 ; IC 95% : 0.32-0.98),
    • les attaques d’asthme (OR 0.52 ; IC 95% : 0.12-2.25) et
    • la prise de médicaments anti-asthmatiques (OR 0.79, IC 95% : 0.25-2.53)
  • De plus, les auteurs n’ont trouvé aucune association, en analyse multivariée, en utilisant l’ethylénethiourée comme indicateur d’exposition.

- Conclusion

  • Bien que l’exposition aux pesticides reste un risque sanitaire potentiel, les résultats de cette étude ne suggèrent pas une association entre l’exposition aux E et/ou aux pesticides et la survenue d’asthme et de symptômes asthmatiques.

Cette étude prospective multicentrique a évalué, chez 248 ouvriers de 4 pays européens répartis en 5 centres, les conséquences respiratoires (en matière d’asthme) d’une exposition à des fongicides et/ou d’autres pesticides.

Tous les sujets ont rempli un auto-questionnaire avant le début de l’exposition, et ils ont eu une mesure d’un marqueur urinaire d’exposition : l’éthylénethiourée.

Ont été évalués la prévalence de l’asthme et des symptômes asthmatiques, comparativement à un groupe de 231 sujets non exposés.

Par analyse multivariée ajustée, les auteurs ont trouvé une association inverse entre l’exposition aux pesticides et la fréquence de l’asthme, des symptômes d’oppression thoracique, des sifflements, des attaques d’asthme et de la consommation de médicaments anti-asthmatiques ; ces associations n’étaient pas toutes statistiquement significatives.

De plus , aucune association n’a non plus été mise en évidence avec la mesure du marqueur urinaire.

Les auteurs concluent qu’il n’existe pas, dans cette étude prospective, de lien direct entre l’exposition aux fongicides et/ou aux pesticides et la survenue d’un asthme ou de symptômes évocateurs d’asthme.

Cette étude n’est donc pas en accord avec des données antérieures de la littérature concernant les effets délétères possibles de l’exposition professionnelle aux pesticides sur l’hyperréactivité bronchique. Celle-ci peut être secondaire à des expositions massives dans le cadre d’un syndrome de Brooks (syndrome de dysfonction réactive des voies aériennes) ou à des expositions modérées mais répétées.

Les manifestations cliniques sont aussi dépendantes des conditions d’exposition et notamment des équipements de protection individuelle portés par les ouvriers exposés, en particulier les masques aériens ; cette donnée, pas plus que les niveaux précis d’exposition, ne sont précisés dans cet abstract, et pourraient être un facteur confondant dans l’analyse des résultats.