Un test réaliste inhabituel semble très efficace pour diagnostiquer l’allergie immédiate au latex naturel. Il fallait oser, et certains l’ont fait !

vendredi 6 mars 2009 par Dr Gérald Gay1388 visites

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Un test réaliste inhabituel semble très efficace pour diagnostiquer l’allergie immédiate au latex naturel. Il fallait oser, et certains l’ont fait !

Un test réaliste inhabituel semble très efficace pour diagnostiquer l’allergie immédiate au latex naturel. Il fallait oser, et certains l’ont fait !

vendredi 6 mars 2009, par Dr Gérald Gay

Le test de provocation nasale au caoutchouc fait éternuer le patient allergique selon cette étude. Elle me ferait plutôt pleurer pour ma part, d’ailleurs tout le monde sait que le mot caoutchouc dérive du substantif indien Maïnas « cahutchu » qui signifie « arbre qui pleure »…

Importance du test de provocation nasale dans le diagnostic de l’allergie immédiate au latex de caoutchouc naturel. : Unsel M, Mete N, Ardeniz O, Göksel S, Ersoy R, Sin A, Gulbahar O, Kokuludag A.

Ege University Medical Faculty, Internal Medicine, Division of Allergy and Clinical Immunology, Izmir, Turkey.

dans Allergy. 2009 Jan 17.

La plupart des études concernant l’allergie au latex de caoutchouc naturel (LCN) ont estimé la prévalence de celle-ci à partir des résultats du prick test (PT) et du dosage des IgE spécifiques.

- Objectif :

  • Analyser la réaction clinique au niveau de l’organe cible, peau ou muqueuse nasale, chez des patients dont le PT au LCN est positif, en usant d’un test de provocation nasale (TPN) et du test de port d’un gant en latex (PGL).

- Méthodes :

  • Quatre mille quatre cent vingt patients vus dans notre centre entre juillet 2003 et janvier 2007 ont été testés.
  • Parmi ces 4420 sujets, 1699 présentaient une sensibilisation cutanée à au moins un pneumallergène, LCN ou autre.
  • Le groupe 1 a été constitué à partir des 29 individus dont le PT au LCN était positif, et ce groupe fut nommé : « sensibilisés au LCN ».
  • Le groupe 2 a compris 35 personnes choisies au hasard parmi celles sensibilisées sur le plan cutané à un pneumallergène différent du LCN, dont la recherche d’IgE sériques au latex était négative, et à qui fut attribuée la dénomination de « groupe contrôle atopique ».
  • Enfin, un ensemble de 30 sujets indemnes de toute symptomatologie allergique d’une part, et non sensibilisés au LCN sur le plan cutané ou biologique d’autre part ont constitué le groupe 3 : « témoins sains ».

- Résultats :

  • La plus faible concentration d’allergènes de latex aboutissant à un TPN positif fut de 0,05 microgrammes/ml (NDT : il suit immédiatement dans le texte de référence le dosage « 956 g/ml », sans explication, que je passe sous silence plutôt que de parler d’une substance inconnue dont la densité friserait la tonne par litre).
  • Les TPN furent tous négatifs dans les groupes 2 et 3.
  • Les TPN au LCN ont révélé une sensibilité du test de 96% et une spécificité de 100%, avec une valeur prédictive négative de 100% et une valeur prédictive positive de 98%.
  • En ce qui concerne le PGL, la sensibilité de ce test réaliste est de 81%, avec une spécificité de 90%, une valeur prédictive négative de 93% et une valeur prédictive positive de 75%.

- Conclusions :

  • Le latex de caoutchouc naturel a été pour la première fois utilisé avec succès dans le diagnostic de l’allergie au latex de caoutchouc naturel (NDT : je suis désolé, mais c’est vraiment ce qu’ont écrit les auteurs dans le résumé originel).
  • Le TPN est une méthode plus sensible que le PGL.

Bon, je crois que si après la publication de ce qui suit, je ne joue pas le rôle principal de « Midnight express » lors de mon prochain passage à la frontière turque, j’aurai de la chance !

En effet, au risque de passer pour un perpétuel empêcheur de tourner en rond, y compris les derviches tourneurs, force est de noter que cette publication part d’une bonne intention mais se révèle finalement sans grand intérêt.

Tout d’abord, on apprend avec stupéfaction qu’à peine plus de 38% des sujets bilantés dans un service d’allergologie sont sensibilisés à au moins un pneumallergène : ça fait beaucoup de bilans négatifs tout ça.

Ensuite, on constate que les patients sensibilisés sur le plan cutané au latex sont inclus dans le groupe du même nom, sans aucun détail sur le reste de leur bilan, notamment leur histoire clinique, sur ce qui a motivé leurs tests, et sur le résultat des autres investigations cutanées ou biologiques. Dans le même ordre d’idée, on n’apprend pas la nature de l’allergène testé : produit d’un laboratoire ? ; liquide de trempage d’un gant ? ; morceau de gant de latex testé par la technique du « prick-prick » ; autre ?

Enfin, les deux tests réalistes comparés le sont un peu sommairement. Ainsi, le protocole du test de provocation nasale manque pour le moins de précision… quant au test du port d’un gant de caoutchouc, c’est la même chose…

Parmi les biais évidents de cette analyse, on trouve facilement le manque de rigueur quant à la chronologie des tests : ainsi, le test nasal s’il a été réalisé en premier n’a-t-il pas induit parfois une tachyphylaxie négativant le test du port du gant ? En ce qui concerne ce dernier, il ressort de notre expérience que les résultats cliniques sont très différents selon que le gant est enfilé sur une main préalablement mouillée ou sèche.

Au total, c’est dommage pour les auteurs, mais le titre précis de ma thèse de doctorat en médecine fut : « l’allergie immédiate au latex naturel ». C’est donc sans prétention que je me permets de formuler ces amicales – dans le cas où ma femme voudrait toujours aller en Cappadoce l’été prochain – critiques aux rédacteurs de l’article.

Mon intime conviction est que l’allergie immédiate au latex naturel de l’hévéa ressemble à s’y méprendre à l’allergie au chat : le patient arrive devant nous avec le diagnostic sous le bras, comme je me plais à le répéter. Sa propre expérience clinique suffit dans une immense majorité des cas à poser le diagnostic, et nos tests ne sont là que pour confirmer ce qui crève les yeux. Enfin, pas les miens, merci, ils peuvent encore servir !