Aurait-on mis la charrue avant les bœufs avec rBet v 1 ?

mardi 10 mars 2009 par Dr Hervé Couteaux858 visites

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Aurait-on mis la charrue avant les bœufs avec rBet v 1 ?

Aurait-on mis la charrue avant les bœufs avec rBet v 1 ?

mardi 10 mars 2009, par Dr Hervé Couteaux

Bet v 1 est l’allergène majeur représentatif de l’ensemble des pollens des Fagales. En d’autres termes, Bet v 1 croise avec les allergènes homologues d’autres espèces des Fagales. Mais la réactivité croisée n’est jamais complète…Au point qu’il vaille mieux utiliser d’autres tests que rBet v 1 dans les zones sans bouleaux ?

Caractérisation immunologique des isoformes de Car b 1 et Que a 1, les allergènes majeurs des pollens de charme et de chêne. : M. Wallner 1 , A. Erler 1 , M. Hauser 1 , E. Klinglmayr 1 , G. Gadermaier 1 , L. Vogel 2 , A. Mari 3 , B. Bohle 4 , P. Briza 1 , F. Ferreira 1

1 Christian Doppler Laboratory for Allergy Diagnosis and Therapy, Department of Molecular Biology, University of Salzburg, Salzburg, Austria ; 2 Division of Allergology, Paul-Ehrlich-Institute, Langen, Germany ; 3 Center for Clinical and Experimental Allergology, IDI-IRCCS, Rome, Italy ; 4 Christian Doppler Laboratory for Immunomodulation, Center of Physiology, Pathophysiology and Immunology, Medical University of Vienna, Vienna, Austria
Correspondence to Dr Michael Wallner
Christian Doppler Laboratory of Allergy Diagnosis and Therapy
Department of Molecular Biology
University of Salzburg
Hellbrunnerstr. 34
A-5020 Salzburg
Austria

dans Allergy
Volume 64 Issue 3, Pages 452 - 460

- Contexte :

  • L’allergie au pollen de bouleau est une des causes les plus communes de pollinose printanière, souvent associée à des réactions d’hypersensibilité aux pollens d’autres espèces de l’ordre des Fagales.
  • Cependant, seuls les allergènes majeurs de l’aulne et du noisetier, déclencheurs de la maladie, ont été entièrement caractérisés.
  • Par conséquent, l’objectif de cette étude était d’effectuer le clonage, l’expression et la caractérisation immunologique des homologues de Bet v 1 du chêne (Que a 1) et du charme (Car b 1).

- Méthodes :

  • Les profils d’isoformes de Car b 1 et Que a 1 ont été analysés par des méthodes protéomiques avec électrophorèse sur gel 2D et LC-ESI QTOF MS.
  • Les isoallergènes faisant preuve d’une forte liaison avec les IgE ont été clonés et exprimés dans Escherichia coli.
  • l’activité de liaison aux IgE des protéines recombinantes a été déterminée par ELISA (enzyme-linked immunosorbent assay) et par des tests de libération des médiateurs des basophiles en utilisant des échantillons de sérum de patients principalement exposés, soit aux pollens de chênes et de charmes soit aux pollens de bouleau.
  • De plus, les réactivités croisées des allergènes ont été examinées au niveau des cellules T.

- Résultats :

  • Les isoformes dominants de Car b 1 et Que a 1, identifiés par spectrométrie de masse, ont montré des propriétés de liaisons aux IgE particulières quand on a testé des patients allergiques aux pollens des Fagales vivant dans les zones exemptes de bouleaux par rapport à des individus sensibilisés aux pollens de bouleau.

- Conclusion :

  • Les patients allergiques aux pollens d’arbres, qui sont essentiellement exposés aux pollens des Fagales autres que le bouleau ont réagi plus fortement avec rCar b 1 et rQue a 1 qu’avec rBet v 1, ceci ayant été déterminé par ELISA-inhibition et par des tests de libération des médiateurs des basophiles.
  • Ainsi, les allergènes rCar b 1 et rQue a 1 doivent être pris en considération pour l’amélioration du diagnostic moléculaire et du traitement des allergies aux pollens d’arbres en zone sans bouleaux.

Dans les zones géographiques dépourvues de bouleau, la réactivité des patients allergiques aux pollens d’arbres est mieux appréciée par des tests basés sur rCar b 1 et rQue a 1 que par des tests basés sur rBet v 1.

Les centres ayant participé à cette étude étaient situés à Salzbourg et Vienne (Autriche), Langen (localité située au Sud de Francfort, Allemagne), et Rome (Italie).

Sur les 8 familles botaniques composants les Fagales, 4 sont connues dans nos régions de l’hémisphère nord :

  • les Fagacées (chêne, châtaignier, hêtre),
  • les Myricacées (Myrica gale, le piment royal)
  • les Juglandacées (noyer),
  • les Bétulacées (bouleau, aulne, charme, noisetier).

Les pollinoses aux Fagales concernent avant tout les Bétulacées (et principalement le bouleau) et les Fagacées.

Dès 97, une étude (Sparholt SH, Larsen JN, Ipsen H, Schou C, Van Neerven RJJ. Crossreactivity and T-cell epitope specificity of Bet v 1-specific T cells suggest the involvement of multiple isoallergens in sensitization to birch pollen. Clin Exp Allergy 1997 ;27:932-941) avait déjà mis en avant l’immunogénicité particulière de Car b 1, jugée supérieure à celles de Cor a 1, Aln g 1 et surtout Que a 1, par rapport à Bet v 1…

En 2000, une étude Suisse avait retrouvé que 13 % de sujets réagissaient au charme mais pas au bouleau.

En Suède, plus récemment (2007) une étude concluait que tous les sujets Que a 1 positifs étaient Bet v 1 positifs.

En 2003, à Rome, zone sans bouleaux, une étude d’Adriano Mari retrouvait déjà que la positivité pour le chêne ne traduisait pas une sensibilisation particulière au chêne mais plutôt une sensibilité plus grande vis à vis des allergènes PR-10.

L’étude du jour nous apprend qu’en l’absence de bouleau, la réactivité aux PR-10 inhalées est mieux appréciée par rCar b 1 et rQue a 1 (allergènes de pollens auxquels sont exposés les patients) que par Bet v 1 (pas d’exposition aux pollens de bouleaux) ; en d’autre terme cette étude vient nous rappeler qu’il nous faut tenir compte de l’exposition des patients…