Plus on est sale, moins on est allergique !

vendredi 13 mars 2009 par Dr Alain Thillay1263 visites

Accueil du site > Maladies > Rhinites > Plus on est sale, moins on est allergique !

Plus on est sale, moins on est allergique !

Plus on est sale, moins on est allergique !

vendredi 13 mars 2009, par Dr Alain Thillay

L’hypothèse hygiéniste soutient que l’exposition à certains éléments environnementaux (vivre dans une fratrie nombreuse, les infections, le mode de vie…) protège de l’apparition des maladies allergiques IgE dépendantes. Cette étude australienne, reprenant les éléments d’une étude de questionnaire concernant des sujets suivis de 7 à 44 ans et prenant en compte les marqueurs de cette théorie, cherche à vérifier sa pertinence quant à l’apparition de la rhinite allergique.

Pertinence de l’hypothèse hygiéniste dans l’apparition précoce ou tardive de la rhinite allergique. : Matheson MC, Walters EH, Simpson JA, Wharton CL, Ponsonby AL, Johns DP, Jenkins MA, Giles GG, Hopper JL, Abramson MJ, Dharmage SC.

Centre for Molecular, Environmental, Genetic and Analytic Epidemiology, School of Population Health, The University of Melbourne, 1/723 Swanston Street, Carlton, Vic. 3053, Australia

dans Clin Exp Allergy. 2009 Mar ;39(3):370-8

- Introduction :

  • L’hypothèse hygiéniste propose que la diminution de l’exposition à des infections au début de la vie augmente le risque de développer les maladies allergiques, y compris la rhinite allergique.

- Objectif :

  • Nous avons examiné l’association entre les marqueurs de l’hypothèse de l’hygiène et la rhinite allergique apparaissant avant l’âge de 7 ans et la rhinite allergique apparaissant après l’âge de 7 ans.

- Méthodes :

  • L’étude longitudinale de la santé en Tasmanie (TAHS) est basée sur une cohorte (n = 8583), étude concernant les maladies respiratoires.
  • Les participants ont été suivis de 7 à 44 ans.
  • L’information concernant les facteurs de risque potentiels, les allergies et les symptômes respiratoires ont été recueillis longitudinalement.
  • A l’aide de la régression logistique multinomiale, l’exposition à la fratrie, les infections, l’amygdalectomie et le fait de vivre dans une exploitation agricole durant l’enfance ont été examinés comme des facteurs de risque de la rhinite allergique se développant avant ou après l’âge de 7 ans.
  • Toutes les analyses ont été ajustées pour le sexe, l’atopie maternelle et paternelle, l’âge de la mère lors de la naissance du participant, le statut socio-économique du père en 1968 et le statut socio-économique personnel en 2004.

- Résultats :

  • Une plus grande exposition cumulée à la fratrie avant l’âge de 2 ans était fortement et inversement associée à l’apparition précoce de la rhinite allergique (exposition à des frères ou sœurs avant l’âge d’un an : OR = 0,6, IC 95% 0,3-1,0 ; même exposition entre un an et 3 ans : OR = 0,6 , IC 95% 0,4-0,9 ; exposition après 3 ans : OR = 0,4, IC 95% 0,3-0,8) moins par la suite pour l’apparition de rhinite allergique.
  • Le risque d’apparition précoce de rhinite allergique diminue avec l’augmentation des infections virales (OR = 0,7, IC 95% 0,5-0,9) au cours de l’enfance.
  • L’amygdalectomie avant l’âge de 7 ans augmente le risque d’apparition précoce de la rhinite allergique (OR = 1,7, IC 95% 1,2-2,5). Risque calculé indépendamment des effets des infections virales.
  • Aucun de ces facteurs n’était associé à l’apparition tardive de la rhinite allergique.

- Conclusions :

  • Les risques relatifs de l’hypothèse de l’hygiène sont des éléments prédictifs importants de l’apparition précoce, mais moins pour le début tardif de la rhinite allergique.
  • Les mécanismes exacts par lesquels la fratrie et les infections protégent contre la rhinite allergique ne sont pas clairs.
  • Les résultats les plus conséquents en faveur de l’apparition précoce de la rhinite allergique, suggèrent que la structure familiale et les infections ont plus d’impact sur le risque de maladie en début de vie.
  • D’autres recherches devraient se concentrer sur la rhinite allergique précoce lors de l’exploration du lien de causalité avec les effets de la fratrie.

La Tasmanie est une île d’Océanie, état australien, située à 240 km de la côte sud-est de l’Australie.

Cette étude de cohorte comptant 8583 individus est en grande partie une étude prospective puisque le suivi a été pratiqué de 7 à 44 ans. Elle est aussi rétrospective puisqu’elle recueille des éléments avant l’âge de 7 ans, ce qui peut affaiblir quelque peu la pertinence des résultats de ce travail.

La TAHS a débuté en 1968 en invitant tous les enfants nés en 1961, 8583 furent ainsi recrutés. Il s’agissait d’une étude de questionnaire. En 1974, un nouveau questionnaire fut adressé, les auteurs reçurent 7484 réponses. En 2004, le nombre de questionnaires reçus diminuait à 5729.

Le but était de savoir si les facteurs liés à la théorie de l’hygiène étaient pertinents quant à l’apparition de la rhinite allergique. Ainsi, le fait d’avoir vécu avec des frères et sœurs dès la naissance est particulièrement protecteur de l’apparition précoce de la rhinite allergique, il en est de même pour l’augmentation de l’exposition aux infections virales. Tout cela confirme bien la théorie de l’hygiène.

A ma connaissance, la prise en compte de l’amygdalectomie est moins classique. L’étude suggère que l’amygdalectomie pratiquée avant l’âge de 7 ans accroît le risque d’apparition précoce de la rhinite allergique. Il fut un temps où l’amygdalectomie avait la mauvaise réputation de favoriser l’apparition de l’asthme. Heureusement, il y a belle lurette que de nombreuses études ont montré qu’il n’existait aucun lien. Ici, l’amygdalectomie suggère autre chose qu’un marqueur des infections virales mais plus probablement du recours aux antibiotiques à répétition. Dans 50 à 90% des cas les amygdalites sont traitées par antibiothérapie, Il a déjà été mis en évidence que l’exposition à de fréquentes antibiothérapies augmentait le risque de maladies allergiques IgE dépendantes.

Bien qu’il ne s’agisse que d’une étude de questionnaire, il semble bien qu’elle confirme les théories de l’hypothèse de l’hygiène.