APLV : attention aux prises accidentelles de lait de vache !

vendredi 24 avril 2009 par Dr Alain Thillay1287 visites

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APLV : attention aux prises accidentelles de lait de vache !

APLV : attention aux prises accidentelles de lait de vache !

vendredi 24 avril 2009, par Dr Alain Thillay

Si de nombreuses études ont été publiées concernant les réactions allergiques accidentelles chez l’allergique à l’arachide, peu de données sont connues pour ce qui est de l’allergie au lait de vache. Cette étude madrilène pratiquée chez l’enfant allergique au lait de vache tente de préciser les caractéristiques d’une prise accidentelle.

Réactions allergiques accidentelles chez des enfants allergiques aux protéines de lait de vache. : Teresa Boyano-Martínez, MDaCorresponding Author Informationemail address, Carmen García-Ara, MD, PhDa, María Pedrosa, MDa, José María Díaz-Pena, MD, PhDa, Santiago Quirce, MD, PhDab

a Servicio de Alergia Infantil, Hospital Universitario La Paz, Madrid, Spain
b CIBER de Enfermedades Respiratorias CIBERES, Madrid, Spain

dans JACI Volume 123, Issue 4, Pages 883-888 (April 2009)

- Contexte :

  • Le lait de vache est la cause principale d’allergie alimentaire chez l’enfant.
  • Les patients allergiques alimentaires font souvent l’expérience d’expositions accidentelles.
    - Peu d’études analysent ce problème, la plupart d’entre elles concernant l’allergie à l’arachide.

- Objectif :

  • Nous avons cherché à calculer la fréquence de l’exposition accidentelle chez des enfants allergiques aux protéines de lait de vache sur une période de 12 mois afin d’analyser les caractéristiques cliniques et les circonstances entourant les réactions ainsi que d’identifier les facteurs de risque de réactions graves.

- Méthodes :

  • Quatre-vingt huit enfants allergiques aux protéines de lait de vache (44 garçons, âge médian de 32,5 mois) ont été inclus dans l’étude.
  • Un questionnaire systématique concernant les expositions accidentelles a été utilisé.
  • Les réactions ont été classées comme légère, modérée et sévère.
  • Les IgE spécifiques du lait de vache et de la caséine ont été mesurées.

- Résultats :

  • Trente-cinq enfants (40%) ont eu 53 réactions dans l’année (légères 53%, modérées 32% et sévères 15%).
  • La plupart des réactions ont eu lieu au domicile (47%) et dans la vie quotidienne (85%).
  • Les taux d’IgE spécifiques du lait de vache étaient les plus élevés chez les enfants ayant subi des réactions sévères comparativement à ceux ayant subi des réactions modérées (médiane 7,71 contre 37,70 kUA/l ; P=0,04) ou légères (3,37 kUA/l ; P=0,04).
  • La fréquence des réactions graves était 10 fois plus élevée chez les enfants asthmatiques (OR 10,2 ; IC 95% ; 1,13-91,54).

- Conclusions :

  • Les réactions dues à une exposition accidentelle sont fréquentes chez les enfants atteints d’allergie au lait de vache.
  • La proportion des réactions graves était de 15%.
  • Les facteurs de risque de telles réactions comprennent des taux élevés d’IgE spécifiques du lait de vache et de la caséine ainsi que l’existence d’un asthme.

Cette étude vient d’Espagne. Elle traite effectivement d’un sujet intéressant celui des réactions allergiques au lait de vache lors d’expositions accidentelles. Ce genre de travail a été très souvent inspiré par l’allergie à l’arachide, allergie, il est vrai, qui pose beaucoup de problèmes dans la patrie de l’oncle Sam.

Toutefois, quelques travaux dont ceux de Sampson et coll. ont permis d’interpréter les concentrations d’IgE spécifiques du lait de vache (Cap System, Phadia) pour prédire une réaction clinique, confirmer le diagnostic d’allergie sans avoir à pratiquer un TPO. Ainsi, pour le lait de vache, chez l’enfant, la valeur décisive est de 15 kUA/l avec une sensibilité de 57%, une spécificité à 94%, une VPP à 95% et une VPN à 53%.

Ici, la démarche est différente, les enfants sont des allergiques avérés au lait de vache, ils sont en éviction. Le but est de connaître la fréquence des réactions accidentelles compte tenu de la clinique et des circonstances.

Sur un total de 88 enfants, trente-cinq ont subi 58 réactions accidentelles, ce qui signifie que certains sujets ont fait plus d’une réaction.

Ces accidents surviennent la plupart du temps dans la vie quotidienne.

Il y a une bonne corrélation entre le taux des IgE spécifiques du lait de vache et la gravité des réactions. Enfin, comme toujours dans le cadre de l’allergie alimentaire de l’enfant, l’asthme est un facteur de sévérité de la réactivité accidentelle.

Cette étude m’interpelle à plus d’un titre.

D’abord, l’étonnement de voir qu’il existe autant de prises inopinées de lait de vache chez des nourrissons clairement déclarés comme allergique à cet aliment dont un nombre significatif à la maison ! De ma « fenêtre » j’avais plutôt l’impression que l’éviction était bien suivie.

Ensuite, trois concentrations seuils des IgE spécifiques du lait de vache qui déterminent l’importance de la réaction : 3,37 kUA/l pour des réactions légères, 7,71 kUA/l pour des réactions modérées et 37,70 kUA/l pour des réactions sévères. Ces chiffres seront à confirmer par des études plus larges mais je pense qu’ils donnent un ordre d’idée, une première approche objective du risque encouru.

Enfin, cette étude confirme le rôle néfaste de l’asthme qui est un facteur de sévérité.

Pour conclure, l’intérêt dans la pratique courante de l’allergologie de cette étude réside surtout dans la prise de conscience du risque de prise inopinée de lait de vache dans le cadre d’une éviction, d’une évaluation de l’intensité de la réaction possible dans ce cas en fonction des concentrations des IgE spécifiques et bien sûr et encore attention en cas d’asthme.

Des arguments à faire valoir auprès des parents.