Molécules et maux de mots.

mercredi 17 février 2010 par Dr Hervé Couteaux5299 visites

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Molécules et maux de mots.

Molécules et maux de mots.

mercredi 17 février 2010, par Dr Hervé Couteaux

En allergologie, les tests cutanés sont pratiqués à l’aide d’extraits allergéniques censés refléter le contenu en allergènes des produits naturels allergisants. Les tests biologiques actuels peuvent évaluer l’IgE-réactivité vis-à-vis d’allergènes « purs ». De l’extrait à l’allergène, y-a-t-il un lien, ou est-ce le grand écart ?

Association entre phénotypes de patients allergiques et IgE-réactivité aux allergènes recombinants marqueurs des pollens. : A. Twardosz-Kropfmüller 1*, M. B. Singh 2 , V. Niederberger 3 , F. Horak 3 , D. Kraft 1 , S. Spitzauer 4 , R. Valenta 1,5 & I. Swoboda 1,5

1 Division of Immunopathology, Department of Pathophysiology, Center for Physiology and Pathophysiology, Medical University of Vienna, Vienna, Austria ; 2 Plant Molecular Biology and Biotechnology Laboratory, Australian Research Council Centre of Excellence for Integrative Legume Research, Faculty of Land and Food Resources, The University of Melbourne, Vic., Australia ; 3 Department of Otorhinolaryngology ; 4 Institute of Medical and Chemical Laboratory Diagnostics ; 5 Christian Doppler Laboratory for Allergy Research, Division of Immunopathology, Department of Pathophysiology, Medical University of Vienna, Vienna, Austria

dans Allergy
Volume 65 Issue 3, Pages 296 - 303

- Contexte :

  • Au cours de la dernière décennie, les molécules allergènes issues de plusieurs sources allergéniques ont été produites par technologie d’ADN recombinant.
  • L’objectif de cette étude était de déterminer si l’IgE-réactivité aux allergènes polliniques « recombinants » faisant preuve d’une large réactivité croisée ou d’une réactivité croisée limitée était associée à des phénotypes cliniques de sensibilisation allergique.

- Méthodes :

  • L’IgE-réactivité sérique vis-à-vis d’un panel de six recombinants de pollen de bouleau et de Graminées a été mesurée par ELISA pour un groupe de patients d’Europe centrale sensibilisés au pollen afin de définir des groupes de patients ayant respectivement
    • une IgE-réactivité exclusive pour rBet v 1,
    • une IgE-réactivité exclusive à des allergènes majeurs du pollen d’herbe (rPhl p 1, p rPhl 2, p rPhl 5)
    • et une IgE-réactivité aux allergènes de pollen croisants (rBet v 2, rPhl p 7).
  • Les phénotypes cliniques des patients ont été enregistrés.
  • Les réponses IgE aux arbres, Graminées, pollens d’autres herbacées ainsi qu’aux extraits alimentaires végétaux ont été évaluées in vitro par CAP-FEIA et les « sensibilités cliniques » (réactivités cutanées) ont été confirmées in vivo par des tests cutanés.

- Résultats :

  • L’IgE réactivité à rBet v 1, l’allergène majeur du pollen de bouleau, était associée à une sensibilisation au pollen de bouleau, au pollen d’arbres taxonomiquement proches et à certains aliments d’origine végétale.
  • La réactivité à rPhl p 1, rPhl p 2 et rPhl p 5, des allergènes recombinants de pollen de Fléole, indiquait une sensibilisation au pollen des Graminées.
  • Les patients réagissant à rPhl 7, allergène hautement croisant, étaient polysensibilisés aux pollens d’arbres non apparentés taxonomiquement, aux Graminées et aux autres herbacées.
  • Les patients positifs pour rBet v 2 étaient polysensibilisés au pollen et à certains aliments d’origine végétale issus de plantes taxonomiquement non reliées.

- Conclusions :

  • L’IgE-réactivité aux allergènes marqueurs recombinants est associée à des phénotypes cliniques de sensibilisation allergique et peut être utile pour la sélection des stratégies de traitement.

Cette étude viennoise nous rappelle, après l’avoir vérifié, que :

  • rBet v 1 est bien le marqueur d’une IgE-réactivité pour le pollen de plantes taxonomiquement proches (Fagales) et pour certains aliments végétaux (dans le cadre de syndromes pollens-aliments)
  • Les réactivités à rPhl p 1, rPhl p 2 et rPhl p 5 était corrélée à une réactivité cutanée pour les pollens de Graminées.
  • Les patients réactifs à rPhl p 7, polcalcine de la fléole, pouvaient réagir également à toutes sortes de pollens (arbres et herbacées, taxonomiquement proches ou non).
  • L’IgE-réactivité à rBet v 2, profiline du bouleau, était associée à une polyréactivité cutanée à des pollens divers et à certains aliments végétaux, les pollens et aliments en cause n’appartenant pas spécialement à des plantes taxonomiquement proches du bouleau.

Toutes ces notions sont maintenant non seulement largement admises par les allergologues mais qui plus est, tout aussi largement utilisées en pratique courante dans leur démarche diagnostique et thérapeutique.

Distinguer des réactivités cutanées par sensibilisation ou par réactivité croisée, établir un diagnostic précis permettant notamment d’éviter des régimes d’éviction inappropriés sont des éléments maintenant bien intégrés à notre pratique quotidienne, notamment pour les utilisateurs, chaque jour plus nombreux, du site AllerData !...

Une petite remarque sur les réactivités à rPhl p 1, rPhl p 2 et rPhl p 5, corrélées à une réactivité cutanée pour des extraits de pollens de Graminées : Si les groupes 1 et 5 sont des allergènes primordiaux en matière de pollinose, le rôle des groupes 2 et 4 est peut-être moins bien établi.

La prévalence des IgE-réactivités vis-à-vis des groupes 2 et 4 est assez élevée selon G.Peltre, ce qui pourrait les faire qualifier d’allergènes majeurs…

Le plus souvent, pourtant, quand on parle d’allergènes majeurs des pollens de Graminées, on cite plus volontiers les groupes 1 et 5 parce que leur prévalence d’IgE-réactivité est élevée d’une part, mais surtout parce que ces allergènes induisent une réponse forte en IgE (ce qui n’est pas le cas des groupes 2 et 4) et sont donc très « pertinents » en matière d’allergie pollinique…

Le caractère majeur-mineur ne fait référence qu’à la seule prévalence d’IgE-réactivité alors que l’allergologue est évidemment concerné au premier chef par d’autres caractéristiques, notamment l’induction d’IgE, sans parler de leur sociabilité (caractère croisant).

Il se trouve que, souvent, les allergènes à forte prévalence d’IgE-réactivité sont aussi ceux qui induisent une forte réponse en IgE.

Est-ce une raison suffisante pour continuer à appeler Tintin un chien dont le nom est Milou sous le prétexte que, la plupart du temps il est avec Tintin ?

Au total, quand on parle d’allergène, ce qui compte pour l’allergologue, cela n’est pas seulement la prévalence de l’IgE-réactivité (Majeur-mineur stricto sensu), c’est aussi (et parfois c’est surtout) :

  • L’induction de synthèse d’IgE (allergène "sensibilisant")
  • Le caractère croisant (qui va avec la connaissance de l’espace de distribution de cet allergène)
  • L’appartenance à une famille moléculaire particulière corrélée à une certaine sévérité clinique

Faute de dénominations bien définies, on pourrait sans doute se contenter de décrire les choses au lieu de les (mal) nommer !...