Ça sert à quoi la protéomique dans la rhinite allergique ?!

jeudi 11 mars 2010 par Dr Alain Thillay1045 visites

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Ça sert à quoi la protéomique dans la rhinite allergique ?!

Ça sert à quoi la protéomique dans la rhinite allergique ?!

jeudi 11 mars 2010, par Dr Alain Thillay

Dans le domaine du diagnostic allergologique comme dans d’autres, il est toujours tentant de vouloir passer outre une démarche classique au profit du dosage d’un biomarqueur banal. Ici, c’est le cas de la lactoferrine qu’une protéomique aurait élue comme biomarqueur de la rhinite allergique. Alors faut-il rêver ?

Taux de la lactoferrine comme biomarqueur de la rhinite allergique. : G. -S. Choi 1 , S. -Y. Shin 2 , J. -H. Kim 3 , H. -Y. Lee 1 , N. S. Palikhe 1 , Y. -M. Ye 1 , S. -H. Kim 1 and H. -S. Park 1

Departments of 1Allergy and Rheumatology, and 2Otolaryngology, Kyung Hee University College of Medicine, Seoul, Korea and 3Department of Pathology, Ajou University School of Medicine, Suwon, Korea

dans Clinical & Experimental Allergy
Volume 40 Issue 3, Pages 403 - 410

- Contexte :

  • La rhinite allergique (RA) est une maladie très commune et un facteur de risque d’asthme allergique.
  • La découverte de nouveaux biomarqueurs pour la détection précoce de la RA permettrait d’améliorer les résultats cliniques et réduire son poids socio-économique. -*Nous avons cherché à identifier un nouveau marqueur sérologique de détection de RA à l’aide d’une approche protéomique.

- Méthodes :

  • Afin d’identifier les protéines impliquées dans la RA, une protéomique comparative a été utilisée sur des liquides de lavage nasal (LLN) prélevés avant et après un test de provocation nasale (TPN) avec Dermatophagoides pteronyssinus (DPter) chez un sujet souffrant d’une RA à DPter.
  • La pertinence clinique des protéines identifiées a été évaluée par ELISA utilisant les LLN et des sérums provenant de trois groupes d’étude :
    • RA à DPter ;
    • sujets présentant une IgE réactivité à DPter non symptomatique ;
    • et des sujets non atopiques comme contrôles sains.
  • Les sensibilités et spécificités des protéines candidates pour la prédiction de la RA ont été déterminées en utilisant des courbes ROC (Caractéristique opérante du receveur).

- Résultats :

  • Dans l’analyse protéomique, l’expression de la lactoferrine était régulée positivement après TPN.
  • L’étude de validation en utilisant ELISA a montré un niveau significativement plus faible de lactoferrine sérique dans le groupe RA que dans les deux autres groupes (P <0,05, respectivement).
  • Pour distinguer les sujets atteints ou non de RA, le seuil de réduction optimale du taux sérique de lactoferrine a été fixée à <307 ng/ml en utilisant la courbe ROC.
  • La sensibilité et la spécificité de prédire la RA étaient de 81,4% et de 58%.
  • Lorsqu’il est combiné au taux d’IgE sériques spécifiques de DPter, la sensibilité et la spécificité de la prédiction de la rhinite allergique étaient de 76,7% et 79,2%.

- Conclusion :

  • Ces résultats suggèrent que le taux de lactoferrine sérique est associé au phénotype de la rhinite allergique à Dermatophagoides pteronyssinus, et que combiné au taux d’IgE sériques spécifiques de DPter, il pourrait être un marqueur sérologique potentiel pour la détection précoce de la RA.

La protéomique est un outil puissant très utilisé dans les recherches fondamentales, elle doit beaucoup à la biologie végétale et à la recherche du domaine agricole.

Le protéome se définit logiquement comme l’ensemble des protéines codées par un génome.

L’approche protéomique a recours à des outils tels l’électrophorèse, la chromatographie et la spectrométrie de masse et vise à caractériser les protéines d’un compartiment subcellulaire, les constituants d’un complexe multi-protéique ou encore les acteurs d’une voie de signalisation.

La lactoferrine est une glycoprotéine de la famille des transferrines qui se lie au fer et a des effets bactériostatiques et bactéricides.

On la retrouve dans le lait de femme et dans le lait de vache.

Outre son rôle dans la régulation de l’assimilation du fer, on la crédite d’une régulation de la réponse immunitaire cellulaire à plusieurs niveaux.

Acteur, chez le sujet sain, de la défense de première ligne vis-à-vis des agents infectieux au niveau des orifices, la lactoferrine est très affine pour le fer.

Elle empêcherait ainsi aux organismes pathogènes invasifs l’accès au fer nécessaire à leur croissance, d’autant plus s’il existe une zone inflammatoire à polynucléaires.
Chez l’homme, le gène de la lactoferrine est porté par le chromosome 3p21.3.

Etant donné ces caractéristiques, il paraît logique que la démarche protéomique engagée par ces chercheurs sud-coréens mette en évidence la lactoferrine au niveau du liquide d’un lavage de nez recueilli après un test de provocation nasal spécifique chez un sujet souffrant d’une rhinite allergique à l’acarien Dermatophagoïdes pteronyssinus.

Les auteurs ont montré ensuite que le taux basal de lactoferrine sérique est plus bas chez les sujets souffrant d’une RA à DPter par rapport aux sujets non allergiques et à ceux présentant une IgE réactivité à DPter non symptomatique.

La courbe ROC permet de préciser le taux seuil de lactoferrine, les sujets rhinitiques allergiques à DPter ont un taux inférieur 307 ng/ml.

Ainsi, la prédiction de cette rhinite allergique à une sensibilité 81,4% et une spécificité de 58%, donc beaucoup de faux positifs, ce qui peut apparaître là aussi logique.

En ajoutant le dosage des IgE spécifiques de DPter, la prédiction passe à une sensibilité de 76,7% et une spécificité de 79,2 % ce qui rend cette démarche diagnostique performante, peu de faux négatifs, peu de faux positifs.

Le propos est-il aussi simple que cela ?

En gros, à en croire ces auteurs, la rhinite allergique à DPter serait commander par le même gène que celui de la lactoferrine.

Le problème, nous le savons bien, l’allergie IgE dépendante est une maladie polygénique.
C’est plus compliqué qu’un gène correspond à une fonction et donc à une maladie potentiel en cas de défaut total ou partiel.

Je crois que cette étude n’est qu’un biais.
Je pense que cela ne correspond qu’à l’existence d’un foyer inflammatoire où bien sûr les polynucléaires sont impliqués.

D’ailleurs l’interprétation des profils protéiques nous apporte une voie de réflexion.
Nous connaissons bien par exemple le cas de la transferrine qui est diminuée en cas d’inflammation chronique, subaiguë ou aiguë sévère ou par exemple en cas de surcharges en fer sans parler des insuffisances hépatocellulaires et des fuites urinaires, gastro-intestinales ou cutanées.

Ce qui rend toujours difficile l’utilisation de ce type de biomarqueur impliqué dans un grand nombre de processus synthétiques ou autres de façon ubiquitaire.

Le diagnostic de la rhinite allergique procédera toujours de la même démarche qui est vraiment simple et économique : interrogatoire (antécédent familial ou personnel de manifestations d’atopie, étude de l’environnement), examen clinique soigneux, tests cutanés et éventuellement test in vitro.

Il n’est pas besoin d’allonger la facture.
La protéomique, c’est pas automatique.