L’allaitement maternel, c’est bon pour les bronches mais mauvais pour la peau !

mercredi 21 avril 2010 par Dr Alain Thillay1000 visites

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L’allaitement maternel, c’est bon pour les bronches mais mauvais pour la peau !

L’allaitement maternel, c’est bon pour les bronches mais mauvais pour la peau !

mercredi 21 avril 2010, par Dr Alain Thillay

Nombreuses sont les études qui suggèrent un effet protecteur de l’allaitement maternel sur l’apparition de l’eczéma et de l’asthme. Pourtant quelques études sont dissonantes, allant même pour certaines jusqu’à montrer au contraire une augmentation du risque. Pour ces auteurs danois, cette disparité des résultats relèverait plutôt d’une problématique méthodologique. C’est le défi qu’ils s’imposent.

Allaitement maternel exclusif chez des nourrissons à haut risque : augmentation du risque d’eczéma mais diminution du risque de sifflements thoraciques. : Charlotte Giwercman, MDa, Liselotte B. Halkjaer, MD, PhDa, Signe Marie Jensen, MSca, Klaus Bønnelykke, MD, PhDa, Lotte Lauritzen, MD, PhDb, Hans Bisgaard, MD, DMSci

a Copenhagen Prospective Study on Asthma in Childhood, Health Sciences, University of Copenhagen, Copenhagen University Hospital, Copenhagen, Denmark
b Center for Advanced Food Studies, Department of Human Nutrition, Life Sciences, University of Copenhagen, Frederiksberg, Denmark

dans JACI Volume 125, Issue 4, Pages 866-871

- Contexte :

  • L’allaitement maternel est recommandé pour la prévention de l’eczéma, de l’asthme et des allergies, en particulier dans les familles à haut risque, mais des études récentes ont soulevé des inquiétudes car cela pourrait en fait ne pas protéger les enfants et même au contraire augmenter le risque.
  • Cependant, la manifestation de la maladie, le risque de la maladie, le mode de vie, et le choix d’allaiter sont interdépendants et, par conséquent, l’analyse des effets d’une réelle causalité présente un certain nombre de défis méthodologiques.

- Objectif :

  • Tout d’abord, évaluer l’effet de la durée de l’allaitement maternel exclusif sur le développement de l’eczéma et des sifflements thoraciques au cours des 2 premières années de vie dans une cohorte de naissance à haut risque clinique.
  • Deuxièmement, évaluer toute l’influence de la composition en acides gras du lait maternel sur le risque de l’allaitement.

- Méthodes :

  • Nous avons étudié le développement des maladies au cours des deux premières années de vie chez les 411 enfants de l’étude de Copenhague sur l’asthme infantile (COPSAC) cohorte de naissance, nés de mères ayant des antécédents d’asthme.
  • Nous avons analysé l’effet de la durée de l’allaitement maternel avant l’apparition de la maladie sur le risque de maladie, évitant l’effet d’une modification de l’exposition liée à la maladie (lien de causalité inverse).
  • Les acides gras polyinsaturés ont été mesurés dans le lait maternel.

- Résultats :

  • L’allaitement augmente de façon significative le risque d’eczéma ajusté pour les données démographiques, les variantes de la filaggrine, l’eczéma parental, et les animaux domestiques (N = 306 ; risque relatif, 2,09 ; IC 95% 1,15-3,80, p = 0,016), mais réduit le risque des épisodes de sifflements respiratoires (risque relatif, 0,67, IC 95% 0,48-0,96, p = 0,021) et d’une exacerbation sévère de sifflements (risque relatif, 0,16 ; IC 95% 0,03-1,01, p = 0,051).
  • Il n’y avait aucun lien entre la composition en acides gras du lait maternel et le risque d’eczéma ou de respiration sifflante.

- Conclusion :

  • Le risque d’eczéma chez les nourrissons a augmenté avec la durée de l’allaitement maternel.
  • En revanche, le risque de sifflements thoraciques ou d’exacerbation sévère de ces sifflements a diminué.
  • Il n’ya pas eu d’effets significatifs de la composition en acides gras du lait maternel sur le risque d’eczéma ou de troubles respiratoires.

Cette équipe danoise récidive, toujours à partir de l’étude COPSAC, cohorte de naissance de 411 enfants nés de mères asthmatiques.

En 2009, ainsi, elle avait évalué les facteurs de risque de l’apparition d’un eczéma dans l’enfance.

L’étude suggérait que l’exposition à un chien diminuait le risque d’eczéma alors qu’un faible poids de naissance, les mutations de la filaggrine et l’atopie parentale augmentaient ce risque à l’âge de 3 ans.

Pour le sujet qui nous préoccupe aujourd’hui, à partir de cette même cohorte, quel est l’impact de l’allaitement maternel sur la survenue ultérieure de l’eczéma et de l’asthme ?

Les résultats paraissent clairs, l’allaitement maternel favoriserait l’apparition de l’eczéma mais protégerait de celle de l’asthme et de ses exacerbations.

Par contre, à priori, aucun effet concernant la composition en acides gras.

Bien sûr, ces résultats ont été obtenus après ajustement en fonction des facteurs confondants.

En 2003, une méta-analyse reprenant les études parues entre 1966 et 2001 était en faveur d’un effet protecteur de l’allaitement maternel sur l’apparition de la dermatite atopique et des sifflements récidivants surtout ceux provoqués par les infections virales.

Plus récente, une étude suédoise de 2005 était en faveur de la réduction du risque d’eczéma et de l’apparition de la marche de l’allergie à l’âge de 4 ans si les enfants avaient reçu l’allaitement maternel sur une durée d’au moins 4 mois.

Nous le voyons les résultats ne sont pas homogènes, la majorité des études semble en faveur d’une diminution du risque d’eczéma et des manifestations asthmatiques.

Seule la présente étude fait une distinction avec cette augmentation du risque d’eczéma.

Force est de constater que les auteurs du présent travail ont été à mon sens plus sévères sur le plan méthodologique, tout particulièrement, en calculant les risques en fonction de la durée de l’allaitement maternel avant l’apparition d’une symptomatologie eczémateuse ou asthmatique.

Ainsi les auteurs évitent le biais de la comptabilisation de la durée totale de l’allaitement y compris la durée en présence de la maladie ce qui entraînerait un risque de causalité inverse.

Ces derniers temps, je lis beaucoup d’études qui reprennent des sujets bien connus mais qui les éclairent d’un grand souci dans la méthode d’analyse des résultats.
C’est essentiel pour dégager des consensus de conduites pratiques.