Pour contrôler l’asthme, il faut snifer les CSI et en plus il faut faire de l’orthophonie !

mardi 1er juin 2010 par Dr Alain Thillay1050 visites

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Pour contrôler l’asthme, il faut snifer les CSI et en plus il faut faire de l’orthophonie !

Pour contrôler l’asthme, il faut snifer les CSI et en plus il faut faire de l’orthophonie !

mardi 1er juin 2010, par Dr Alain Thillay

Ce n’est pas nouveau, traiter l’asthme implique certes la prise de corticoïdes inhalés mais aussi le traitement de la rhinite. Ainsi, si de jeunes sujets asthmatiques et rhinitiques ont la mauvaise habitude de respirer exclusivement par la bouche, qu’apporte l’orthophonie dans une rééducation de la respiration nasale ?

Impact de l’orthophonie sur le contrôle de l’asthme et de la rhinite allergique chez des enfants et des adolescents qui respirent par la bouche. : Campanha SM, Fontes MJ, Camargos PA, Freire LM.

Universidade Federal de Minas Gerais (UFMG), Belo Horizonte, MG, Brazil.

dans J Pediatr (Rio J). 2010 May 6 ;86(3)

- Objectif :

  • Déterminer l’impact de l’orthophonie sur l’asthme et la rhinite allergique par le contrôle de la respiration buccale chez des enfants et des adolescents.

- Méthodes :

  • Il s’agissait d’une étude quasi-expérimentale randomisée de 24 patients respirant par la bouche atteints d’asthme et de rhinite allergiques, âgés de 6 à 15 ans.
  • Tous les patients prenaient de la béclométasone dipropionate par inhalation orale au début de l’étude.
  • Lors de l’enrôlement dans l’étude, l’inhalation orale a été remplacée par l’inhalation nasale exclusivement et 1 mois et demi plus tard les patients commençaient l’orthophonie.
  • Ils ont assisté à 16 séances d’orthophonie en 8 semaines et ont continué à prendre la béclométasone dipropionate par inhalation nasale exclusivement (groupe BDT).
  • Le groupe témoin n’a reçu que de la béclométasone dipropionate par inhalation nasale exclusivement (groupe BDI).
  • Les deux groupes ont été évalués à cinq reprises.
  • Les scores cliniques ont été calculés pour la rhinite allergique et l’asthme, une version adaptée du protocole d’évaluation orofaciale myofonctionnelle de Marchesan a été appliquée et les observations des parents/tuteurs ont été enregistrées, en plus des mesures spirométriques, débit expiratoire de pointe et débit inspiratoire de pointe.

- Résultats :

  • Il y avait des améliorations significatives dans le groupe BDT :
    • score clinique de l’asthme à T5 (p=0,046) ;
    • débit de pointe inspiratoire à T4 (p=0,030) ;
    • débit expiratoire de pointe à T3 (p=0,008) ;
    • mode respiratoire et position des lèvres (p=0,000) à partir de T3,
    • observations des parents/tuteurs, à T2, T4 et T5 (p=0,010, p=0,027, p=0,030).

- Conclusions :

  • L’orthophonie associée à la béclométasone dipropionate par inhalation nasale exclusive a donné lieu à un contrôle clinique et fonctionnel plus précoce et de plus longue durée de l’asthme, de la rhinite allergique et de la respiration buccale que dans le groupe qui a seulement pris la béclométasone dipropionate.

Il s’agit d’une étude brésilienne qui est plus futée qu’il n’y paraît au premier abord.

Prenons donc quelques enfants et adolescents atteints d’asthme et de rhinite allergique et qui ne respirent que par la bouche.

Sachant qu’ils reçoivent tous de la béclométasone inhalée par voie buccale, il leur est demandé de prendre ce produit par voie nasale.

De fait, cela permet de traiter aussi la rhinite et donc d’améliorer la ventilation nasale.
Parmi ces 24 sujets, douze suivront des séances d’orthophonie.

De façon significative, les sujets du groupe orthophonie ont de meilleurs résultats au score clinique de l’asthme avec amélioration des débits de pointe inspiratoire et expiratoire, au score de Marchesan adapté et des observations des parents.

Des études antérieures ont montré que chez des patients atteints à la fois d’asthme et de rhinite allergique, le traitement de cette dernière apporte un plus sur le contrôle de l’asthme.

Une étude de 92 suggérait fortement que la prise de béclométasone par voie nasale au printemps chez des allergiques polliniques souffrant de rhinite et d’asthme diminuait l’hyperréactivité bronchique non spécifique.

Ici, la voie nasale d’inhalation met tous les sujets à ce même niveau de contrôle de l’asthme.

Alors, l’orthophonie apporte un plus, il faut rappeler que tous ces sujets ne savaient pas respirer par le nez.

Physiologiquement la respiration se fait par le nez avec les avantages de la filtration de l’air, de son réchauffement et de son humidification ad hoc.

De cette manière, un air purifié, réchauffé et bien humidifié parvient aux bronches.

Et sans doute que ces conditions améliorent la fonction respiratoire de l’asthmatique.

Bien sûr, nous sommes en présence d’une étude quasi-expérimentale comme l’indiquent les auteurs, et qu’il faudrait vérifier tout cela sur une étude plus large.

Nous pourrions conclure en disant que le corticoïde inhalé par voie nasale c’est bien mais d’apprendre aux patients à se servir de leur nez c’est encore mieux.

Il y a là une certaine logique.

Cette étude apporte un argument complémentaire à la prise en charge globale de ce que l’on peut appeler le rhino-asthme, cette inflammation qui s’étend des muqueuses du nez à celles des bronchioles.