Quand j’étais vieux, je serai moins allergique aux crevettes que quand je serai jeune.

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Quand j’étais vieux, je serai moins allergique aux crevettes que quand je serai jeune.

Quand j’étais vieux, je serai moins allergique aux crevettes que quand je serai jeune.

lundi 28 juin 2010, par Dr Hervé Couteaux

L’introduction de cette étude rappelle que l’allergie aux crustacées est surtout le fait des adultes. Le titre de cette étude suggérant une diminution de la sensibilisation aux crevettes avec l’âge, il faudrait être de marbre pour ne point se précipiter sur la lumière qui va nécessairement jaillir du contenu de cette étude !

la reconnaissance accrue d’épitopes d’allergènes de la crevette chez les enfants par rapport aux adultes suggère une diminution de la sensibilisation aux crevettes avec l’âge. : Rosalía Ayuso, MD, PhDaCorresponding Author Informationemail address, Silvia Sánchez-Garcia, MDbc, Jing Lin, PhDa, Zhiyan Fu, PhDa, María Dolores Ibáñez, MD, PhDc, Teresa Carrillo, MD, PhDd, Carlos Blanco, MD, PhDe, Marina Goldis, MDa, Ludmila Bardina, MSa, Joaquín Sastre, MD, PhDb, Hugh A. Sampson, MDa

a Division of Allergy and Immunology and the Jaffe Food Allergy Research Institute, Mount Sinai School of Medicine, New York, NY

b Allergy Section, Fundación Jiménez-Díaz, Madrid, Spain

c Section of Allergy, Hospital Infantil Universitario Niño Jesús, Madrid, Spain

d Section of Allergy and Respiratory Diseases, Hospital Universitario Dr. Negrín, Las Palmas de Gran Canaria, Spain

e Section of Allergy, Hospital Universitario de la Princesa, Madrid, Spain

dans JACI Volume 125, Issue 6, Pages 1286-1293.e3 (June 2010)

- Contexte :

  • L’allergie aux Crustacés est une maladie de longue durée qui affecte généralement les adultes.
  • Malgré sa prévalence élevée, nous avons peu d’information sur les protéines allergéniques de crevette et les épitopes impliqués dans ces réactions allergiques.

- Objectifs :

  • Nous avons cherché à identifier les épitopes se liant aux IgE de 4 allergènes de crevette et à caractériser les profils de reconnaissance des épitopes chez des enfants et des adultes présentant une allergie aux crevettes.

- Méthodes :

  • 53 sujets, 34 enfants et 19 adultes, ont été sélectionnés avec des réactions allergiques immédiates aux crevettes, des taux d’IgE spécifiques-crevettes augmentés, et un immunoblot positif aux crevettes.
  • Les patients de l’étude et 7 sujets témoins non atopiques ont été testés par des puces à ADN pour des liaisons IgE-peptides synthétiques chevauchants couvrant les séquences de tropomyosine de crevette Litopenaeus vannamei, de l’arginine kinase (AK), de la chaîne légère de la myosine (MLC), et des protéines sarcoplasmiques liant le calcium (SCP).
  • Le test de Wilcoxon a été utilisé pour déterminer les différences significatives en z scores entre les patients et les sujets témoins.

- Résultats :

  • Le niveau médian des IgE-crevettes a été 4 fois plus élevé chez les enfants que chez les adultes (47 vs 12,5 kUA / L).
  • La fréquence de reconnaissance des allergènes a été plus élevée chez les enfants :
    • 81% pour la tropomyosine, (94% pour les enfants et 61% pour les adultes)
    • 57% pour MLC, (70% pour les enfants et 31% pour les adultes)
    • 51% pour AK, (67% pour enfants et 21% pour les adultes)
    • 45% pour SCP, (59% pour les enfants et 21% pour les adultes)
  • Les liaisons IgE sont restées négligeables chez les sujets témoins.
  • 7 régions se liant aux IgE ont été identifiées dans la tropomyosine par le biais des puces peptides, confirmant les épitopes de crevette préalablement identifiés.
  • En outre, 3 nouveaux épitopes ont été identifiés dans la tropomyosine (épitopes 1, 3 et 5b-c), 5 épitopes ont été identifiés dans MLC, 3 épitopes ont été identifiés dans SCP, et 7 épitopes ont été identifiés dans AK.
  • Fait intéressant, la fréquence individuelle de reconnaissance des épitopes, ainsi que l’intensité de la liaison des IgE, s’est avérée significativement plus élevée chez les enfants que chez les adultes pour les 4 protéines.

- Conclusion :

  • Les enfants ayant une allergie aux crevettes ont des niveaux d’IgE spécifiques plus élevés et montrent des liaisons plus intenses à des peptides de crevette et une plus grande diversité d’épitopes que les adultes.

En France, l’allergie aux crevettes est plus fréquente chez les adultes que chez les enfants, mais ces derniers ont des tests IgE plus élevés pour la crevette.

Evalué sur 4 allergènes différents, le taux de reconnaissance des enfants allergiques à la crevette est supérieur de façon significative à ceux des adultes également allergiques à la crevette.

L’allergie à la crevette (aux crevettes devrait-on dire si l’on ne précise pas de quelle crevette on parle…) est un sujet complexe :

Les IgE réactivités aux crevettes sont considérablement plus fréquentes que les allergies et nombre d’études laissent planer quelque flou sur les critères de sélections des patients étudiés.

Le contenu en allergènes des extraits de crevette dépend non seulement des espèces prise en compte pour la fabrication de l’extrait, mais aussi des différents process appliqués aux aliments qui font varier notablement la représentativité de l’extrait.

Cette allergie, comme bien d’autres est dépendante de la géographie (probablement déjà par le biais d’habitudes alimentaires variées) : lors de l’EAACI 2008, Monserrat Fernandez-Rivas a rapporté des données d’EuroPrevall, une étude transversale multicentrique, prospective, qui a démarré à l’automne 2005.

Sur les 5 produits les plus fréquemment en cause dans l’allergie alimentaire dans 12 pays, la crevette n’apparaît que 2 fois ; en tête en Islande et en 3e position en Espagne

Il ya donc une importante variation géographique, qui ne peut, par nature être révélée par une étude monocentrique…

Cette complexité accouche de résultats parfois discordants avec l’étude du jour comme dans cette étude danoise rapportée par Alain Thillay.

Cohorte de 1834 sujets, ne se limitant pas au simple questionnaire, puisque l’on est allé jusqu’au test de provocation orale.

Parmi les conclusions : l’allergie à la morue et à la crevette sont présentes chez l’adulte mais pas chez l’enfant…

Pour « terminer » mais pas pour en finir, rappelons que la grande majorité des études rapportant des allergies aux crustacés trouvent des prévalences d’allergie (ou TC positifs) pour les acariens allant de 80 à 100% ou un doublement de la prévalence habituelle localement.

Ceci n’empêche pas certains auteurs de classer les allergies à la crevette dans les allergies primaires par opposition aux syndromes pollens-aliments.

Ici comme ailleurs, on progresse certes en connaissance, mais, curieusement, le chemin à parcourir semble de plus en plus long…