C’est le riz ? Non, céleri !

mardi 13 juillet 2010 par Dr Hervé Couteaux3497 visites

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C’est le riz ? Non, céleri !

C’est le riz ? Non, céleri !

mardi 13 juillet 2010, par Dr Hervé Couteaux

Malgré les nombreux travaux qui lui ont été consacrés, l’anaphylaxie induite par l’effort garde ses mystères. La grande variété d’aliments en cause (d’origine végétale aussi bien qu’animale), une physiopathologie non encore élucidée et la sévérité des atteintes cliniques en font un sujet de première importance en allergologie.

Anaphylaxie aliment-dépendante induite par l’exercice dans le syndrome céleri-armoise-bouleau-épices : C.-H. Baek, Y.-J. Bae, Y. S. Cho, H.-B. Moon, T.-B. Kim*

Correspondence to *Division of Allergy and Clinical Immunology
Department of Internal Medicine

dans Allergy
Volume 65 Issue 6, Pages 792 - 793

- Contexte :

  • L’anaphylaxie aliment-dépendante induite par l’effort (FDEIA) est un sous-type de anaphylaxie induite par l’effort qui se produit seulement quand il y a exercice physique après ingestion d’aliments spécifiques.
  • À ce jour, des FDEIA associés à l’ingestion de blé, céleri, fruits de mer, chou, pêche, raisin et pomme ont été signalées.
  • Le syndrome céleri-armoise-bouleau-épices (CMBS : Celery Mugwort Birch Syndrome) décrit la réactivité croisée entre Artemisia et des aliments végétaux issus d’espèces appartenant à la famille des Apiacées ainsi que la sensibilisation de groupe au sein des espèces de la famille des Apiacées (ex-ombellifères).
  • L’intolérance au céleri et à d’autres légumes, ainsi qu’à des légumes/épices de la famille des Apiacées (ex-ombellifères) (par exemple carottes, graines de carvi, persil, fenouil, graines de coriandre, anis), est fréquemment observée (par des tests d’hypersensibilité médiée par les IgE) chez des patients allergiques au pollen de bouleau, et, moins fréquemment chez des sujets allergiques aux pollens d’armoise.

- Objectifs :

  • Nous rapportons ici le cas d’un patient présentant un syndrome CMBS qui a développé une FDEIA induite par le céleri.

- Méthode :

  • Un garçon de 18 ans a consulté dans notre clinique d’allergie, se plaignant de réactions anaphylactiques répétées.
  • Il avait une rhinite allergique, avec des symptômes aggravés chaque année au printemps et en automne.
  • Sa première réaction anaphylactique, 3 ans plus tôt, était survenue après avoir couru pendant 10 min, après qu’il ait consommé une soupe contenant des algues brunes, de la campanule chinoise, de l’ail, du céleri et des légumes.
  • Lors de cet épisode, il présentait une rhinorrhée, une obstruction nasale, une respiration sifflante, une dyspnée, et une éruption cutanée généralisée ; le diagnostic d’anaphylaxie avait été posé en salle d’urgence.
  • Depuis lors, il a eu des réactions similaires après des efforts physiques suivant la consommation de bibimbab (riz avec des mélanges de légumes divers) ou de riz au curry avec des légumes.
  • Toutefois, il n’a jamais présenté d’anaphylaxie lors de la seule consommation
    de ces denrées alimentaires, l’exercice a toujours été indispensable pour induire la réaction.

- Il a été hospitalisé pour bilan.

  • Son examen physique était normal, tout comme ses examens sanguins, les électrolytes sériques, la biochimie et ses analyses d’urine.
  • Sa concentration sérique des IgE totales était de 246 kU / l.
  • Le test de provocation bronchique à la métacholine était négatif.
  • Les tests cutanés (Allergopharma, Reinbek, Allemagne) pour les aliments n’étaient positifs que pour le céleri.
  • Les prick-tests (Allergopharma) pour les « aéroallergènes », étaient fortement positifs pour les pollens, (dont bouleau, chrysanthème, armoise, ambroisie) ainsi que pour les acariens.

- Résultats :

  • Nous avons effectué un test de provocation afin de déterminer si l’anaphylaxie survenait après l’exercice ou après l’ingestion d’aliments.
  • Ni l’exercice seul, ni l’ingestion de céleri seul, n’ont donné lieu à des symptômes.
  • Toutefois, l’exercice pendant 30 minutes après l’ingestion de céleri a entraîné une réaction anaphylactique avec urticaire généralisée, un angio-œdème du visage, une dyspnée et une diminution du VEMS de 22% par rapport à ses valeurs de base .
  • Les symptômes ont disparu après injection de corticoïdes par voie intraveineuse et de phéniramine, et nébulisation de salbutamol.
  • Au cours des 6 mois suivants, nous avons effectué des tests d’exercice après l’ingestion d’épinards, d’ail, de campanule chinoise, de poudre de curry, et d’algues brunes, mais ils ont été négatifs pour tous ces autres aliments suspects.
  • Au final, nous avons diagnostiqué chez ce patient un FDEIA au céleri et lui avons recommandé d’éviter l’exercice physique après ingestion de céleri.
  • Nous avons également prescrit de l’adrénaline auto-injectable pour toute réaction anaphylactique.
  • A notre connaissance, ce rapport est le premier cas de FDEIA chez un patient présentant un syndrome CMBS.

- Discussion :

  • Parmi les hypothèses visant à expliquer l’association entre pollinose et sensibilisation alimentaire, la plus largement acceptée et la plus documentée expérimentalement est que cette association est attribuable à des anticorps IgE dirigés contre des structures communes de réactivité croisée partagées par le pollen et les aliments d’origine végétale.
  • Il existe certaines preuves suggérant que les pollens sont les sources de sensibilisation primaire, conduisant à l’induction d’anticorps IgE qui sont capables de réactions croisées avec des allergènes alimentaires homologues.
  • La raison pour laquelle l’ingestion de céleri seule, en l’absence d’exercice, n’a provoqué aucune réaction allergique, c’est peut-être parce que la libération d’histamine augmente lors de l’exercice.
  • Ceci étant, les réactions anaphylactiques mettant en jeu le pronostic vital survenant dans le cadre d’un FDEIA peuvent résulter d’une augmentation de la libération d’histamine déclenchée par l’effort physique, entraînant une hyperosmolarité sérique transitoire après exposition à des allergènes alimentaires « sensibilisants ».

- Conclusion :

  • En résumé, l’ingestion de céleri par un patient présentant un syndrome CMBS peut induire une FDEIA, et non une simple anaphylaxie alimentaire .

Cette étude Coréenne rapporte le premier cas d’anaphylaxie induite par l’effort (AIE) au céleri, dans le cadre d’un syndrome bouleau-armoise-Apiacées.

Les auteurs, rappelant que l’histamine-release était augmenté par l’effort, font l’hypothèse d’un surcroît d’augmentation de cette histamine-release par une hyperosmolarité sérique transitoire consécutive à une réaction IgE-médiée au céleri.

L’AIE peut s’observer avec de nombreux aliments : blé, fruits de mer (Crustacés notamment), chou, pêche, raisin, pomme, œufs, tomate, oignon, fruits à coque, kiwi, poulet, escargot, graine de pavot, vin, maïs, céleri, lentilles…

Les manifestations observées dans l’AIE ne sont pas constantes en intensité d’un épisode à l’autre, le fait que la récidive ne soit pas toujours la règle, l’ignorance de la physiopathologie (cofacteurs ? facteurs individuels ? environnementaux ?)...

Force est de constater que cette entité complexe reste encore très mal connue

N.B. L’usage de guillemets pour certains mots utilisés par les auteurs m’a paru utile pour souligner les manques d’un vocabulaire certes consacré par l’usage mais inapproprié en regard des connaissances actuelles : ainsi, l’hyperosmolarité sérique transitoire, invoquée par les auteurs, serait une conséquence de l’exposition à des allergènes alimentaires « sensibilisants » or il est bien précisé plus haut que la sensibilisation semblait bien devoir être imputée aux pollens et non au céleri…

Quant aux aéroallergènes (traduction approximative de inhalant allergens) il ne s’agit pas d’allergènes mais de produits contenant des allergènes…

Ces constatations ne font que souligner l’impérieuse nécessité d’une mise à jour adaptée du vocabulaire allergologique…

Vos commentaires

  • Le 7 mai 2016 à 16:06, par mercenier En réponse à : C’est le riz ? Non, céleri !

    Après l’ingestion d’une préparation de viande de veau comprenant : des morceaux de céleri rave, de carottes, champignons, oignons, feuilles de coriandre et basilic et un peu d’herbes de provence, épaississant et crème - le tout réchauffé au micro-ondes - vers 21 h, les maux de ventre et d’estomac ont commencé, d’abord un peu dérangeant, mais vers 1 h du matin (au lit), la douleur est devenue très forte avec battements de coeur plus rapides et légères gêne respiratoire. J’ai avalé beaucoup d’au fraîche, sans amélioration et ai pris finalement 2 gélules de Chardon Marie. J’ignore si c’est cela qui ma soulagée mais j’ai fini par m’endormir. Ce matin, c’était terminé.
    Je n’ai fait aucun effort après le repas mais suis déjà allergique aux fumées de moisissures qu’on trouve dans les composts ou broyats de branches (asthme). Aucune allergie connue aux pollens.