Méditerranée + pêches : il n’y peut-être pas que les LTP !

mercredi 1er septembre 2010 par Dr Alain Thillay597 visites

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Méditerranée + pêches : il n’y peut-être pas que les LTP !

Méditerranée + pêches : il n’y peut-être pas que les LTP !

mercredi 1er septembre 2010, par Dr Alain Thillay

Caractérisation des protéines « Thaumatin-like » de la pêche et leur identification comme allergène majeur de la pêche. : 1. A. Palacín1,
2. L. Tordesillas1,
3. P. Gamboa2,
4. R. Sanchez-Monge1,
5. J. Cuesta-Herranz3,
6. M. L. Sanz4,
7. D. Barber5,
8. G. Salcedo1,
9. A. Díaz-Perales1

dans Clinical & Experimental Allergy

Volume 40, Issue 9, pages 1422–1430, September 2010

- Contexte :

  • La pêche est le fruit le plus important responsable d’allergie alimentaire dans la région méditerranéenne.
  • Pru p 3, la protéine de transfert lipidique, a été décrite comme l’allergène principal responsable de réactivités croisées avec d’autres aliments et d’autres pollens et comme étant liée à la sévérité des symptômes cliniques.
  • Toutefois, la participation d’autres familles allergéniques ne peut pas être exclue.
  • Les protéines de type « thaumatin-like protein » (TLP) ont été décrites comme des allergènes alimentaires de plusieurs fruits comme la pomme, la cerise, le kiwi, la banane mais aussi le pollen.

- Objectif :

  • Identifier les membres de la famille TLP de la pêche et caractériser les allergènes supposés.

- Méthodes :

  • A l’aide de l’électrophorèse bidimensionnelle d’un extrait de pêche et des immunodétections sur un groupe de patients allergiques à la pêche, les spots de fixation des IgE ont été identifiés et les protéines correspondantes purifiées et caractérisées comme allergènes, in vitro et in vivo.
  • Trois isoformes, appartenant à la famille TLP, ont été purifiées par différents systèmes de chromatographie et caractérisées par séquençage des acides aminés N-terminal, par la détermination du poids moléculaire et par l’analyse de l’activité enzymatique (test β-1,3-glucanase et inhibition de la croissance fungique) .
  • De la même manière, leur capacité de liaison aux IgE et leur activité allergénique ont été testées par ELISA, tests d’activation des basophiles et tests cutanés.

- Résultats :

  • Deux TLP de pêches, Pru p 2.0101 et Pru p 2.0201, ont été identifiées comme ayant des liaisons aux IgE par électrophorèse bidimensionnelle.
  • Une autre TLP de pêche, Pru p 2.0301, a été clonée et produite en tant que protéine recombinante dans un système de levures.
  • Les trois isoformes ont été purifiées et caractérisées comme TLP par immunoblot à l’aide d’anticorps anti-TLP de châtaigne et anti-plante du complexe N-asparagine glycane (déterminant anti-réactivité croisée glucidique).
  • Toutes ont fait preuve d’une activité β-1,3-glucanase et d’inhibition de la croissance fungique.
  • Les trois TLP ont été reconnues dans environ 50% des sera des 31 patients analysés par ELISA.
  • Toutes trois ont donné une réponse positive aux tests cutanés et/ou lors de l’activation des basophiles.

- Conclusion :

  • Trois isoformes, appartenant à la famille TLP, ont été identifiées dans la pêche comme allergènes principaux.
  • Leur prévalence, observée dans des analyses in vitro, ex vivo et in vivo, donne à penser qu’ils sont des allergènes importants et devraient donc être inclus dans le diagnostic de routine de l’allergie à la pêche, au moins dans la région méditerranéenne.

L’allergologie moléculaire nous a permis de mieux comprendre les différents éléments qui président aux réactions allergiques aux fruits de la famille des rosacées.

Schématiquement, au nord de l’Europe, l’allergie s’opère via la protéine PR-10 présente dans le pollen de bouleau et les fruits de cette famille.

C’est le fameux syndrome bouleau-rosacée, le patient commence par développer une IgE-réaction à l’encontre de la PR-10 du pollen de bouleau puis à celle de la pomme par exemple et/ou autres rosacées ; une des premières réactions croisées découverte.

Cette réaction croisée se solde alors par un syndrome de Lessof lorsque le patient mange un de ces fruits à l’état frais, la PR-10 étant thermolabile, la consommation à l’état cuit est sans inconvénient.

Le syndrome de Lessof est une réaction, dans la majorité des cas, bénigne et localisée à la sphère buccale.

Il en est tout autrement au sud, sur le pourtour méditerranéen, ici pas d’allergie préalable à un pollen, en tous cas dans la majorité des cas, le patient allergique à la pêche risque plus gros avec parfois des réactions anaphylactiques sévères.

Ici, la protéine responsable est la fameuse LTP (protéine de transfert lipidique), thermostable.

Les auteurs espagnols du présent travail s’intéressent à une autre molécule présente dans la pêche, la TLP (thaumatin-like protein) dont l’influence sur la clinique reste encore largement à préciser.

Les TLP sont présentes essentiellement dans le monde des plantes, il s’agit d’une protéine de stress et qui intervient dans la maturation du fruit ; le taux des TLP augmenterait avec la maturation.

La plupart des TLP a une masse moléculaire d’environ 20 kDa.

Elles ont déjà été caractérisées comme allergènes dans plusieurs fruits comme la pomme (Mal d 2), la cerise (Pru av 2), le poivron (Cap a 1), les kiwis (Act c 2), l’orange, le raisin mais aussi le pollen de cèdre (Jun a 3) et du cyprès (Cup a 3).

Sans revenir sur le détail méthodologique, pour rester simple, à partir d’un extrait de pêche, les auteurs ont identifiés et purifiées trois isoformes de TLP de pêche, Pru p 2.0101, Pru p 2.0201 et Pru p 2.0301 cette dernière ayant même été clonée et produite comme recombinant sur système levures.

Un immunoblot pratiqué avec un anti-TLP de châtaigne a permis de bien identifier ces trois isoformes comme étant bien des TLP.

Pour faire bonne mesure, la méthodologie a vérifié l’absence de réaction CCD.

De plus, l’activité biochimique est conforme à celle d’une TLP.

Il s’agit donc bien de trois isoformes de TLP.

La question à se poser arrivé à ce stade de la démonstration est simple : « Les patients présentant une allergie clinique à la pêche réagissent-ils à ces trois protéines ? ».

A priori oui, puisque les sera de la moitié d’entre eux reconnaissent les trois isoformes de TLP de pêche.

En conclusion, ce travail est essentiel, il prouve l’existence de trois isoformes de TLP de pêche et qu’elles paraissent impliquées chez les patients allergiques à la pêches.
Ce constat est très important surtout pour les allergologues qui exercent au sud de l’Europe.

Il restera à mesurer la réelle implication clinique.

Trouvera-t-on des patients uniquement réactifs à la TLP ?

Comme d’habitude, les progrès de l’allergologie moléculaire obligent à se poser de nouvelles questions mais à terme il est certain que les enquêtes allergologiques vont devenir de plus en plus pertinentes ! Et cela pour le plus grand bien du patient bien sûr…