Modalités de l’accouchement : déterminant pour l’allergie ?

lundi 13 septembre 2010 par Dr Philippe Carré1579 visites

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Modalités de l’accouchement : déterminant pour l’allergie ?

Modalités de l’accouchement : déterminant pour l’allergie ?

lundi 13 septembre 2010, par Dr Philippe Carré

Facteurs liés à la naissance, diagnostic médical de sifflements et sensibilisation allergique dans la première enfance. : Keski-Nisula, L., Karvonen, A., Pfefferle, P. I., Renz, H., Büchele, G. and Pekkanen, J. (2010),

Birth-related factors and doctor-diagnosed wheezing and allergic sensitization in early childhood.

dans Allergy, 65 : 1116–1125. doi : 10.1111/j.1398-9995.2009.02322.x

- Contexte :

  • Les auteurs ont évalué les associations entre les facteurs cliniques obstétricaux au moment de la naissance, les sifflements diagnostiqués médicalement et la sensibilisation allergique pendant la première enfance.

- Méthodes :

  • Les auteurs ont suivi 410 femmes finlandaises entre la fin de leur grossesse jusqu’à l’âge de 18 mois de leurs enfants
  • Tous les enfants ont eu une délivrance à terme
  • Le diagnostic médical de sifflements était établi à partir de questionnaires, alors que les IgE spécifiques aux allergènes inhalés et alimentaires étaient mesurés à l’âge d’1 an chez 338 enfants
  • Les données sur les variables obstétricales maternelles étaient recueillies au moment de la délivrance.

- Résultats :

  • Les enfants des mères ayant eu une plus longue durée de rupture des membranes fœtales avant la naissance avaient un risque significativement plus élevé de sifflements pendant la petite enfance comparés à ceux avec une période plus courte de rupture des membranes foetales (quartile III vs I : OR 6.65, IC à 95% 1.99-22.18 ; p<0.002 et quartile IV vs I : OR 3.88, IC à 95% 1.05-14.36, p<0.043)
  • Les enfants nés après césarienne avaient significativement une sensibilisation allergique plus faible à l’âge de 1 an, comparativement à ceux nés par voie vaginale (16% vs 32.2% ; OR 0.34, IC à 95% 0.14-0.80, p<0.013)
  • De plus, les sensibilisations allergiques tendaient à être plus fréquentes chez les enfants ayant eu une durée de travail plus longue avant la naissance
  • Aucun autre facteur obstétrical lié à la naissance, comme l’induction, le type de rupture des membranes ou la qualité du liquide amniotique, n’était associé significativement aux données examinées dans l’étude.

- Conclusion :

  • La durée plus longue de rupture des membranes fœtales reflétait peut-être le risque plus élevé d’infection intra-utérine à la naissance, et augmentait de plus le risque de sifflements chez les enfants nés de ces mères.

Les auteurs ont trouvé, dans cette étude sur 410 femmes suivies pendant 18 mois à partir de leur accouchement, une association significative entre la durée de la rupture des membranes avant la naissance et l’apparition de sifflements dans la petite enfance chez leurs enfants.

On sait que des facteurs maternels spécifiques et des complications survenant au cours de la grossesse ou de l’accouchement peuvent augmenter le risque d’asthme et de sifflements chez les enfants ; les auteurs avaient montré dans une étude antérieure qu’une croissance bactérienne intra-utérine lors d’une césarienne, peut-être liée à une infection intra-utérine infraclinique, augmentait le risque d’asthme chez les adolescents nés de ces mères.

L’association rupture des membranes/sifflements dans la petite enfance pourrait être expliquée par le fait que plus la durée de rupture augmente, plus la probabilité d’une infection chorio-amniotique néonatale augmente. L’ajustement des données selon l’administration néonatale d’antibiotiques ne modifiait pas les résultats, même si les raisons de cette administration et l’étude de la flore bactériologique n’ont pas été malheureusement analysées.

Les enfants dont la délivrance s’est faite par voie vaginale (333 sur 410) avaient la prévalence significativement la plus élevée de sensibilisation allergique, qui semblait aussi être augmentée par la durée du travail.

Cette étude comporte quelques biais :
- la période du suivi des enfants était courte (18 mois)
- le diagnostic de sifflements était basé uniquement sur des questionnaires
- le taux des IgE spécifiques à cet âge précoce de 1 an pourrait n’être qu’un phénomène physiologique transitoire, non représentatif d’une sensibilisation ultérieure
- le nombre d’enfants nés par césarienne était faible, et les conclusions sur l’effet du mode de délivrance doivent être prises avec précaution
- des données bactériologiques précises sont absentes.

Cette étude pourrait être en accord avec une hypothèse antérieure d’un plus grand risque de sifflements et d’asthme chez les enfants dont les mères auraient une invasion microbienne intra-utérine à la naissance, et donc un risque plus élevé d’infection congénitale. Ce qui reste à confirmer par des études bactériologiques.