Faut-il faire ingurgiter des bacilles à nos petits allergiques pour les rendre plus tolérants ?

jeudi 30 septembre 2010 par Dr Philippe Carré491 visites

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Faut-il faire ingurgiter des bacilles à nos petits allergiques pour les rendre plus tolérants ?

Faut-il faire ingurgiter des bacilles à nos petits allergiques pour les rendre plus tolérants ?

jeudi 30 septembre 2010, par Dr Philippe Carré

Efficacité du probiotique Lactobacillus GG sur la sensibilisation allergique et l’asthme chez les enfants à risque. : Bertelsen, R. J., Instanes, C., Granum, B., Lødrup Carlsen, K. C., Hetland, G., Carlsen, K.-H., Mowinckel, P. and Løvik, M. (2010),

Gender differences in indoor allergen exposure and association with current rhinitis. Clinical & Experimental

dans Allergy, 40 : 1388–1397. doi : 10.1111/j.1365-2222.2010.03543.x

- Contexte :

  • Les probiotiques apparaissent exercer des effets bénéfiques dans la prévention et le traitement des maladies allergiques.

- Objectif :

  • Il y a des résultats divergents dans les études quant à l’impact sur la sensibilisation allergique et l’asthme.

- Méthodes :

  • Cette étude prospective randomisée en double aveugle a assigné 131 enfants (âgés de 6 à 24 mois), ayant eu au moins 2 épisodes de sifflements et une histoire familiale au premier degré de maladie atopique, pour recevoir 6 mois de Lactobacillus rhamnosus (LLG, 1010 unités formant des colonies) ou un placebo
  • La dermatite atopique et les événements liés à l’asthme (besoin d’inhalations, jours sans symptômes) étaient documentés tout au long de l’étude et pendant un suivi ultérieur de 6 mois
  • Les IgE, un panel représentatif d’IgE spécifiques, les éosinophiles, la protéine cationique éosinophile et le TGF-β étaient déterminés avant et à la fin de l’étude, et après 6 mois de suivi.

- Résultats :

  • Il n’y avait pas de différence significative pour la dermatite atopique et les événements liés à l’asthme
  • Dans un sous-groupe de patients avec des antécédents de sensibilisation allergique, les symptômes d’asthme étaient même légèrement majorés
  • Il a été trouvé moins de sensibilisations aux aéroallergènes après 6 mois de LGG (p=0.027) et après 6 mois de suivi (p=0.03)
  • La supplémentation était bien tolérée et il n’y a eu aucun effet secondaire sévère.

- Conclusions :

  • Chez les jeunes enfants avec des sifflements récurrents et une histoire familiale d’atopie, le LGG oral n’avait aucun effet clinique sur la dermatite atopique ou les symptômes d’asthme, et seulement des effets légers sur la sensibilisation allergique
  • Cet effet persistait 6 mois après la cessation de la supplémentation.

Les conditions nutritionnelles apparaissent avoir une influence sur les phénotypes atopiques.

L’hypothèse hygiéniste explique l’augmentation des maladies allergiques par une diminution de l’exposition microbienne ; il était tentant de penser que les probiotiques (qui sont des cultures de bactéries de la flore intestinale) pourraient avoir un impact sur la dermatite atopique et l’asthme.

C’est ce qu’ont étudié les auteurs de cette étude prospective randomisée en double-aveugle réalisée chez 131 enfants âgés de 6 à 24 mois, qui avaient des épisodes récurrents de sifflements et des antécédents familiaux atopiques, et qui ont été assignés à recevoir pendant 6 mois du Lactobacillus par voie orale ou un placebo, puis surveillés pendant les 6 mois suivants.

Il n’y avait aucune modification entre les 2 groupes en terme de dermatite atopique ou d’asthme ; il y avait seulement moins de sensibilisations aux allergènes chez ceux traités par le Lactobacillus, traitement qui a par ailleurs été parfaitement toléré. Par ailleurs les marqueurs biologiques de l’atopie sont restés inchangés.

Il est admis que le système immun des nouveaux-nés non atopiques est Th2 prédominant, puis va évoluer vers un type Th1 dans les premières années de la vie, ce qui va favoriser la tolérance immunitaire ; cette régulation se fait mal chez les atopiques, et les cellules Th2 sont surexprimées avec libération de médiateurs proinflammatoires. L’exposition précoce aux allergènes microbiens par le biais des probiotiques pourrait rééquilibrer la balance des sujets atopiques vers une réponse Th1 et ainsi diminuer les symptômes de l’atopie, qu’elle soit cutanée ou respiratoire.

Plusieurs études ont été faites à cet effet dans la littérature avec des probiotiques variés, et des résultats divergents. L’étude rapportée ici n’apporte pas de preuve convaincante de l’efficacité de Lactobacillus rhamnosus dans la prévention secondaire de l’atopie.

D’autres études ont par contre montré une efficacité en terme de réduction des infections respiratoires, peut-être par la production de substances inhibitrices contre certains pathogènes de la flore respiratoire.