Petites histoires d’allergies alimentaires… ou pas !

vendredi 15 octobre 2010 par Dr Geneviève DEMONET1113 visites

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Petites histoires d’allergies alimentaires… ou pas !

Petites histoires d’allergies alimentaires… ou pas !

vendredi 15 octobre 2010, par Dr Geneviève DEMONET

Allergie à la noix de macadamia : résultats potentiellement trompeur des IgE spécifiques

Des observations d’allergies alimentaires un peu inhabituelles sont rapportées dans le numéro d’octobre d’Allergy.

La première concerne un jeune anglais de 4 ans ayant présenté, dans les minutes suivant l’ingestion d’une noix de macadamia, des pleurs, un œdème oculaire et une difficulté respiratoire avec sibilants. L’enfant signalait immédiatement un goût bizarre dans la bouche…

Le bilan allergologique suivit.

Le prick-test cutané réalisé avec une noix de macadamia (extrait natif) provoquait une papule de 7 mm et confirmait ainsi l’allergie alimentaire.

Le dosage d’IgE spécifiques (Phadia ImmunoCAP system) était inférieur à 0,10 kUA/l pour amande, noix du Brésil, noix de cajou, noisette, arachide, noix et de seulement 0,21 kUA/l pour la noix de macadamia.

Ce faible taux aurait été considéré comme négatif chez l’adulte et peu significatif chez l’enfant.

Des cas d’allergie à la noix de macadamia (Macadamia integrifolia et Macadamia
Tetrophylla) ont déjà été rapportés dans la littérature mais sont assez rares.

La noix de macadamia est le fruit d’un arbre tropical originaire d’Australie cultivé dans diverses parties du monde.

L’allergène majeur n’est pas encore totalement caractérisé. Ce pourrait être une protéine de 17 kDa présente à la fois dans la noix crue et cuite.

Les faux-négatifs pour le dosage des IgE spécifiques de la noix de macadamia seraient fréquents conformément à ce que rapporte ce cas clinique.

Il pourrait exister une réactivité croisée partielle entre la noisette et la noix de macadamia.

L’histoire de la réaction allergique et les prick-tests cutanés ont donc une place de choix dans le diagnostic de cette allergie alimentaire.

Se contenter d’un dosage d’IgE spécifique pourrait conduire à une erreur de diagnostic.

Mais qui aurait eu cette idée ?...

Anaphylaxie orale aux acariens

Dans un tout autre registre, une équipe espagnole s’est intéressée à l’anaphylaxie orale aux acariens.

Les personnes susceptibles d’avoir présenté ce type de réaction ont été recensées parmi les patients vus jusqu’en août 2009 : 42 cas potentiels ont ainsi été identifiés.

Tous avaient une histoire de réaction immédiate lors de la consommation d’aliments à base de farine évocatrice d’une hypersensibilité IgE-dépendante mais sans allergie alimentaire.

Ils avaient tous également une rhino-conjonctivite avec ou sans asthme par sensibilisation aux acariens.

Prick-tests, dosage d’IgE spécifiques et test de provocation orale contre placebo en simple aveugle ont permis d’exclure une allergie alimentaire.

Onze farines incriminées ont pu être analysées : 9 d’entre elles étaient contaminées par des acariens de l’espèce Thyreophagus entomophagus.

Au vu de ces résultats, des prick-tests cutanés ont été réalisés avec une batterie d’aéroallergènes comprenant les acariens habituels mais aussi Thyreophagus entomophagus.

Les 42 patients avaient un test positif pour Thyreophagus entomophagus.

Un test de provocation orale en simple aveugle contre placebo a été pratiqué chez 5 personnes avec un extrait lyophilisé de Thyreophagus entomophagus (1 mg/ml) .La dose de départ était de 0,1 ml avec doublement de la quantité d’extrait protéique toutes les 60 minutes.

Les 5 tests de provocation ont tous été négatifs…

Une prévalence étonnement élevée d’hypersensibilité aux AINS était alors notée chez ces patients.

Des travaux antérieurs avaient montré la présence d’analogues d’aldéhyde salicylique dans certaines farines infestées par des acariens.

Les auteurs suggèrent donc que la présence seule de protéines d’acariens dans l’aliment ne serait pas suffisante pour déclencher la réaction allergique, celle d’une substance ayant une activité inhibitrice de la cyclo-oxygénase devrait lui être associée.

Ce qui pourrait expliquer la rareté de ces réactions allergiques.

Mais tout ceci reste à confirmer à plus vaste échelle…