Diversification alimentaire du nourrisson : de l’œuf dans le biberon.

jeudi 28 octobre 2010 par Dr Céline Palussière1837 visites

Accueil du site > Maladies > Atopie > Diversification alimentaire du nourrisson : de l’œuf dans le biberon.

Diversification alimentaire du nourrisson : de l’œuf dans le biberon.

Diversification alimentaire du nourrisson : de l’œuf dans le biberon.

jeudi 28 octobre 2010, par Dr Céline Palussière

L’introduction précoce de l’œuf peut-elle prévenir l’allergie à l’œuf du nourrisson ? Une étude de population. : # Jennifer J. Koplin,
, Nicholas J. Osborne, PhD, Melissa Wake, MD, FRACP, MBBS , Pamela E. Martin, BBiomedSc , Lyle C. Gurrin, PhD , Marnie N. Robinson, MBBS, , Dean Tey, , Marjolein Slaa, , Leone Thiele, BA, RN, RM, MNSc , Lucy Miles, BNurs , Deborah Anderson, BNurs/BAppSc , Tina Tan, BSc, Thanh D. Dang, , David J. Hill, MBBS, FRACP, Adrian J. Lowe, PhD , Melanie C. Matheson, PhD, Anne-Louise Ponsonby, MBBS, FAFPHM, FRACP, PhD , Mimi L.K. Tang, MBBS, FRACP, FRCPA, FAAAAI, PhD, Katrina J. Allen, MBBS, FRACP, PhD

Affiliations
* Murdoch Childrens Research Institute, Parkville, Australia
* Department of Paediatrics, University of Melbourne, Melbourne, Australia
* Department of Allergy and Immunology, the Royal Children’s Hospital, Parkville, Australia

dans The Journal of Allergy and Clinical Immunology
Volume 126, Issue 4 , Pages 807-813, October 2010

- Contexte :

  • Les recommandations en matière d’alimentation ont longtemps conseillé de retarder l’introduction des aliments solides et allergéniques afin de prévenir les allergies des nourrissons à haut-risque d’allergie, malgré le manque de preuves.

- Objectifs :

  • Nous avons cherché à déterminer si l’allergie à l’œuf chez le nourrisson de 12 mois était associée à (1) la durée de l’allaitement maternel, et (2) l’âge de l’introduction de l’œuf et des aliments solides.

- Méthodes :

  • Dans une étude transversale de population (HealthNuts), les parents ont décrit l’alimentation de leur enfant et les facteurs confondants potentiels, avant la réalisation de tests cutanés avec le blanc d’œuf.
  • Il était alors proposé un test de réintroduction par voie orale aux nourrissons sensibilisés à l’œuf.
  • Une analyse de régression logistique multiple a été utilisée afin d’étudier les associations entre le régime et l’allergie à l’œuf, ajustée aux facteurs potentiels de confusion.

- Résultats :

  • Un total de 2589 nourrissons (73% de réponse) a participé.
  • Par comparaison à une introduction à l’âge de 4 à 6 mois, l’introduction de l’œuf dans le régime plus tardivement était associée avec des risques supérieurs d’allergie à l’œuf (odd radio ajusté [ORs], 1.6 [IC 95%, 1.0-2.6] et 3.4 [IC95%, 1.8-6.5] pour l’introduction de l’œuf à 10-12 mois et après 12 mois, respectivement).
  • A l’âge de 4 à 6 mois, la première exposition sous forme d’œuf cuit réduisait le risque d’allergie à l’œuf, comparé avec une première exposition sous forme cuisinée dans des préparations de boulangerie (OR, 0.2 [IC 95%, 0.006-0.71].
  • La durée de l’allaitement au sein et l’age lors la diversification alimentaire n’étaient pas associés à l’allergie à l’œuf.

- Conclusions :

  • L’introduction de l’œuf cuit à l’age de 4 à 6 mois pourrait protéger de l’allergie à l’œuf.
  • Des modifications dans les recommandations portant sur l’alimentation pourraient avoir un effet significatif sur l’allergie à l’œuf de l’enfant, et potentiellement sur les allergies alimentaires de façon générale.

L’allergie alimentaire touche 2 à 5% des enfants, et les hospitalisations pour anaphylaxie par allergie alimentaire ont été multipliées par 5 depuis 1990, chez les enfants âgés de 0 à 4 ans. Dans ce contexte, les recommandations en matière d’alimentation du nourrisson et de l’enfant prennent une importance capitale.

Les auteurs de cette étude australienne ont ainsi cherché à déterminer l’âge d’introduction de l’œuf qui était associé à la moindre fréquence d’allergie à l’œuf.

2589 enfants de la région de Melbourne ont été reçus au cours d’une consultation pour un vaccin. Ils ont tous été testés par prick-test au blanc d’œuf. Parallèlement, un questionnaire était remis aux parents, concernant l’alimentation du nourrisson, l’allaitement maternel, les antécédents familiaux et les éventuelles manifestations de type allergique.

448 (17%) ont eu des tests cutanés positifs. Parmi eux, 340 ont accepté de réaliser un TPO à l’œuf (jusqu’à la dose de 60g de blanc d’œuf), 8 enfants avaient déjà une histoire clinique d’allergie.

Le TPO a été considéré négatif dans 108 cas, et positif dans 231 cas. Soit deux tiers seulement de tests cutanés relevant cliniquement.

L’analyse des résultats tient compte des antécédents familiaux d’allergie. Le risque le plus faible d’allergie était retrouvé chez les nourrissons ayant consommé de l’œuf entre 4 et 6 mois, en particulier lorsque l’œuf était donné sous forme d’œuf cuit, par rapport aux pâtisseries.

La durée de l’allaitement maternel n’était pas associée à la fréquence de l’allergie à l’œuf chez ces enfants.

Cette étude est intéressante du fait de la grande taille de l’échantillon étudié, avec plusieurs centaines de prick tests et de TPO réalisés. Une limite est cependant liée à l’auto questionnaire rempli de façon rétrospective par les parents, sur une période de 1 an.

Elle a en tout cas le mérite de remettre en question des recommandations largement diffusées, reposant sur peu de preuves scientifiques, en matière de diversification alimentaire du nourrisson. Les auteurs vont assez loin dans leur raisonnement : selon eux, le retard à l’introduction d’aliments solides chez le nourrisson pourrait même être en cause dans l’augmentation de la prévalence de l’allergie alimentaire depuis 20 ans.

Sans aller jusque là, cette étude apport un argument solide pour proposer une alimentation diversifiée de façon relativement précoce aux nourrissons.

Ce travail va donc dans le sens de nombreuses recherches faisant état d’une « fenêtre de tolérance », située entre 4 et 6 mois, mettant le système immunitaire au contact de nombreuses protéines alimentaires, et permettant l’acquisition d’une tolérance durable.