Tomber dans les pommes ou sur la bonne pomme ?

lundi 10 janvier 2011 par Dr Hervé Couteaux2488 visites

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Tomber dans les pommes ou sur la bonne pomme ?

Tomber dans les pommes ou sur la bonne pomme ?

lundi 10 janvier 2011, par Dr Hervé Couteaux

Identification des cultivars de pommes hypoallergéniques par tests cutanés et tests de provocation alimentaire. : Vlieg-Boerstra, B. J., Van De Weg, W. E., Van Der Heide, S., Kerkhof, M., Arens, P., Heijerman-Peppelman, G. and Dubois, A. E. J. ,

Identification of low allergenic apple cultivars using skin prick tests and oral food challenges.

dans Allergy, no. doi : 10.1111/j.1398-9995.2010.02499.x

- Contexte :

  • Comme les symptômes du syndrome d’allergie orale (OAS) à la pomme sont fréquents, nous avons cherché à identifier les cultivars de pomme faiblement allergéniques et à valider les tests cutanés (SPT) en “prick-to-prick » comme méthode de dépistage appropriée.

- Méthodes :

  • 68 cultivars de pommiers ont été testés par tests cutanés chez 33 adultes néerlandais avec OAS, avant et pendant la saison des pollens de bouleau respectivement en 2006 et 2007.
  • Trois cultivars donnant le plus grand nombre de tests cutanés négatifs (Elise, Santana et Pink Lady ®) et un cultivar de référence (Golden Delicious) ont ensuite été testés par provocation alimentaire en simple aveugle (Simple blind food challenge : SBFC) juste après la cueillette à l’automne 2007 (pommes fraîches) et au printemps 2008 (pommes stockées), en dehors de la saison des pollens de bouleau avec des tests cutanés au préalable.
  • Au printemps, Santana a été remplacé par Modi ®.

- Résultats :

  • Pour les pommes fraîches, les symptômes d’OAS de la variété Elise, mesurés par des scores cumulatifs sur une échelle visuelle analogique (VASt), ont été nettement inférieurs à ceux des variétés Santana, Pink Lady et Golden Delicious (P = 0,021 ; 0,040 et 0,005, respectivement).
  • Les scores VASt de Santana ont été nettement inférieurs à ceux de la Golden Delicious (P = 0,049).
  • Pour les pommes entreposées, les scores VASt de la variété Elise ont été significativement plus faibles que ceux des Golden Delicious (P = 0,038).
  • Les scores VASt des pommes fraîches ne différaient pas significativement des scores des pommes entreposées, sauf pour les Golden Delicious (printemps inférieur à l’automne : P = 0,021).
  • Les tests cutanés n’ont pas pu prédire la gravité de l’OAS.

- Conclusions :

  • Les tests cutanés ne sont pas utiles pour évaluer l’allergénicité des cultivars de pomme.
  • En utilisant des tests de provocation (SBFC), Elise et Santana ont été identifiés comme des cultivars de pommes de faible allergénicité chez les patients avec OAS.
  • Nos données sur l’effet du stockage ne sont pas concluantes.

La réalisation de tests de provocation en simple aveugle a permis d’identifier des cultivars de pommes moins réactogènes chez des patients présentant un syndrome oral (allergie Mal d 1-médiée).

Cette étude présuppose qu’il existe une ou des variétés de pommes cultivées qui seraient moins allergisantes que d’autres mais cette hypothèse de départ est loin d’être validée.

Le caractère allergisant des pommes dépend en effet de nombreux facteurs parmi lesquels la variété en est un, mais est loin d’être le seul.

Cette étude vient s’ajouter à de nombreuses autres études ayant cherché à identifier des pommes à faible risque, mais les résultats ont toujours été pour le moins hétérogènes.

Déjà, il existe des différences d’allergénicité entre les pommes d’un même pommier (probablement par des différences de maturation liées à une exposition solaire différente et sans doute par d’autres facteurs non identifiés) comme il avait été montré qu’il existait des différences entre pollens d’un même arbre…

Entre pommes d’arbres différents appartenant à la même variété, la variabilité est encore plus importante, notamment selon les conditions de culture et la situation des parcelles (climats, altitude, sols différents), sans évoquer la variabilité d’une saison à l’autre.

Entre pommes fraîches et stockées, là aussi il peut y avoir des différences pertinentes comme l’avait déjà montré Van Ree, (même si l’étude du jour n’en retrouve pas) sachant qu’il existe des grosses différences dans les conditions de stockage...

Le simple fait de croquer dans une pomme modifie la teneur en Mal d 1… Comment savoir dans ces conditions si les tests cutanés ont été réalisés dans des conditions reflétant la teneur en PR-protéines ?...

Au total, pour traiter ce sujet d’une importance pratique évidente avec quelques chances d’arriver à un résultat utile au quotidien pour nos patients allergiques, on s’aperçoit que le chemin est pour le moins truffé de nombreux pépins…