Bien fait pour ta pomme !

mardi 1er février 2011 par Dr Hervé Couteaux857 visites

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Bien fait pour ta pomme !

Bien fait pour ta pomme !

mardi 1er février 2011, par Dr Hervé Couteaux

Anaphylaxie à la pomme : le jeûne est-il un facteur de risque pour les patients allergiques aux LTP ? : Arena A.

Ambulatorio di Allergologia, Azienda Sanitaria Provinciale di Messina.

dans Eur Ann Allergy Clin Immunol. 2010 Aug ;42(4):155-8.

- Contexte :

  • L’allergie primaire à la pomme est fréquente dans les pays méditerranéens où l’hypersensibilité aux protéines de transfert lipidique (LTP) est commune.
  • En raison de sa stabilité lors de la digestion par la pepsine, les LTP peuvent causer des réactions allergiques systémiques.
  • Cette étude a examiné les risques potentiels associés à une ingestion isolée de pomme en période de jeûne chez les patients hypersensibles aux LTP, cliniquement allergiques à la pêche, mais pas à la pomme.

- Patients et méthodes :

  • L’étude est basée sur l’observation de 6 patients ayant subi 7 réactions anaphylactiques induites par la pomme, ayant suivi l’ingestion du fruit après une période de jeûne dans 6 cas.
  • Les tests de provocation alimentaires ouverts ont été réalisés chez 12 patients hypersensibles aux LTP, allergiques à la pêche mais tolérant la pomme.

- Résultats :

  • 4 des 12 patients (33%) ont réagi à la pomme lors des tests de provocation.

- Conclusion :

  • Le jeûne semble jouer un rôle important dans l’expression clinique de l’allergie aux LTP.
  • Il est possible que, dans un tractus gastro-intestinal vide, l’allergène soit absorbé plus rapidement.
  • Alternativement, la pepsine peut digérer la matrice alimentaire plus efficacement, augmentant ainsi la concentration de l’allergène purifié qui vient en contact avec la muqueuse intestinale.

Certains patients allergiques à la pêche via les LTP mais tolérant habituellement la pomme peuvent réagir cliniquement à la pomme si l’ingestion suit une période de jeûne.

A côté de certains médicaments (AINS, AAS, bêtabloqueurs) voila un nouveau facteur de risque pour la survenue d’accidents allergiques : le jeûne…

Les auteurs fournissent une explication plausible à ce phénomène peu connu, qui mérite confirmation.

Quelques éléments d’appréciations sont peu précis : les fruits consommés lors des tests de provocations étaient-ils pelés ? Les patients « tolérants » avaient-ils l’habitude de peler les pommes qu’ils consommaient sans problème ? (Selon les variétés cultivées, Mal d 3 est 3 à 30 fois plus concentré dans la peau que dans la pulpe…)

Par ailleurs, les auteurs parlent de réactions anaphylactiques : s’agit-il d’anaphylaxie « vraie » (si oui, de quel grade ?) ou de simples réactions immédiates du type d’un syndrome oral ?

L’histoire ne dit pas si les patients catalogués tolérants à la pomme devront désormais être considérés comme allergiques à la pomme…

La question est d’une importance pratique évidente, ne serait-ce que pour les recommandations d’éviction.

Nous sommes loin de comprendre l’ensemble des déterminants des réactions allergiques : Les résultats de cette étude, montrant la survenue d’une réaction à un fruit jusque là bien toléré par 6 patients, doit-elle nous faire élargir nos évictions ?

Les questions sans réponses sont certes encore légions :

  • Comment quantifier l’effet matrice ?
  • Comment avoir une idée du contenu des aliments en telle ou telle protéine ?
  • Quelle est l’influence de la variété du fruit, de sa maturité, des conditions de cultures, de stockage, de transport…

Diagnostiquer une IgE-réactivité aux LTP est cependant un progrès considérable qui ne prendra sa dimension pleine et entière que lorsque nous aurons en main toutes les cartes d’une compréhension en profondeur des mécanismes allergiques vis-à-vis de ce type d’allergènes mais aussi des facteurs qui modulent l’expression d’une réactivité clinique pour tel ou tel produit chez tel ou tel sujet dans tel ou tel environnement.