2 épitopes à l’arrache, 2 ! ça marche !

jeudi 17 février 2011 par Dr Hervé Couteaux429 visites

Accueil du site > Allergènes > Alimentaires > 2 épitopes à l’arrache, 2 ! ça marche !

2 épitopes à l’arrache, 2 ! ça marche !

2 épitopes à l’arrache, 2 ! ça marche !

jeudi 17 février 2011, par Dr Hervé Couteaux

Ara h 2 : structure cristalline et liaison aux IgE permettent de distinguer deux sous-populations de patients allergiques à l’arachide par diversité épitopique. : Mueller, G. A., Gosavi, R. A., Pomés, A., Wünschmann, S., Moon, A. F., London, R. E. and Pedersen, L. C. ,

Ara h 2 : crystal structure and IgE binding distinguish two subpopulations of peanut allergic patients by epitope diversity.

dans Allergy, no. doi : 10.1111/j.1398-9995.2010.02532.x

- Contexte :

  • L’allergie à l’arachide touche 1% de la population et provoque le plus de réactions anaphylactiques fatales liées à l’alimentation.
  • La protéine Ara h 2 est le plus puissant allergène de l’arachide reconnue par 80-90% des patients allergiques à l’arachide.

- Méthodes :

  • La structure cristalline d’Ara h 2, l’allergène majeur de l’arachide, a été déterminée pour la première fois à 2,7 Å de résolution en utilisant une protéine personnalisée du système de fusion liant le maltose (MBP).
  • On a comparé les liaisons des anticorps IgE à la protéine de fusion MBP-Ara h 2 vs à l’allergène naturel par ELISA en utilisant des sérums de patients allergiques à l’arachide.

- Résultats :

  • La structure d’Ara h 2 est un ensemble de cinq hélices maintenues ensemble par quatre ponts disulfure relié à la superfamille des prolamines.
  • La conformation est très similaire à l’amylase et aux autres inhibiteurs de la trypsine.
  • La protéine de fusion construite MBP-Ara h 2 a été reconnue par les IgE de 76% des patients allergiques (25/33).
  • Deux populations de patients ont pu être identifiées.
  • Une sous-population 1 (n = 14) a montré une excellente corrélation pour les liaisons d’anticorps IgE à nAra h 2 vs rAra h 2.
  • Une sous-population 2 (n = 15) a montré une réduction significative de la liaison des IgE à la protéine de fusion MBP.
  • Fait intéressant, environ 20% des liaisons des IgE dans la sous-population 2 aurait pu être récupérées en augmentant la distance entre MBP et Ara h 2 dans une deuxième construction.

- Discussion :

  • La réduction des liaisons IgE à MBP-Ara h 2 dans la sous-population 2 indique que la molécule MBP protège une région épitope immunodominante près de la première hélice d’Ara h 2.
  • Les résidus impliqués dans l’épitope (s) sont suggérés par la structure cristalline.
  • La protéine de fusion construite MBP-Ara h 2 sera utile pour élucider la pertinence de certains épitopes de l’allergie à l’arachide.

La synthèse d’une protéine fusionnant Ara h 2 et une MBP a permis de comparer les liaisons IgE entre d’une part Ara h 2 et d’autre part cette protéine « construite ».

Les différences observées pour ces liaisons ont permis aux auteurs de localiser un épitope immunodominant à proximité d’une des 5 hélices alpha constituant Ara h 2.

Ce genre de protéine « construite » pourra être utile dans l’étude du rôle d’autres épitopes impliqués dans l’allergie à l’arachide.

C’est bien évidemment la sévérité potentielle des réactions allergiques à l’arachide qui est le premier moteur des nombreux travaux qui lui sont consacrés.

Les allergènes des différents produits sont loin d’avoir été tous identifiés (y compris probablement pour l’arachide…), ce qui complique encore la compréhension plus globale que l’on pourrait espérer si cela était le cas.

Il faut dire que la question n’est ni simple ni complètement précisée : les allergènes de l’arachide ne sont pas des molécules « uniques » précisément définies, mais plutôt des « représentants » d’un groupe d’allergènes au sein de différents isotopes, de remaniements polypeptidiques, voir de polymères…

De plus, le praticien allergologue arrive à peine à saisir les subtilités du diagnostic moléculaire et ses apports en allergologie que déjà se profilent les données concernant les épitopes, fragments de molécules impliqués dans la reconnaissance par les IgE pour les épitopes B et par les cellules T pour les épitopes T.

L’allergologue doit rester vigilant : il ne doit pas laisser s’instaurer une « vérité » purement biologique (fut-elle immunologique !) mais sans cesse guetter les validations de la pertinence clinique de ces notions complexes, qui doivent seules (dans l’idéal !...) être retenues au moment de faire le lien entre les laboratoires et nos patients…

La recherche est là, dans son rôle innovant, mais c’est en sachant ce qui est important pour lui que l’allergologue ne cédera pas au vertige !