Guérison de l’allergie à l’œuf : œuf dur ou œuf à la coque, il faut choisir !

mercredi 25 mai 2011 par Dr Alain Thillay2507 visites

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Guérison de l’allergie à l’œuf : œuf dur ou œuf à la coque, il faut choisir !

Guérison de l’allergie à l’œuf : œuf dur ou œuf à la coque, il faut choisir !

mercredi 25 mai 2011, par Dr Alain Thillay

Etude longitudinale de la guérison de l’allergie à l’œuf cru ou bien cuit. : Clark, A., Islam, S., King, Y., Deighton, J., Szun, S., Anagnostou, K. and Ewan, P. (2011),

A longitudinal study of resolution of allergy to well-cooked and uncooked egg.

dans Clinical & Experimental Allergy, 41 : 706–712. doi : 10.1111/j.1365-2222.2011.03697.x

- Contexte :

  • L’allergie à l’œuf est fréquente et bien que la guérison à l’œuf cru a été démontrée, il y a un manque de preuves quant à la place de la réintroduction de l’œuf bien cuit.

- Objectifs :

  • Examiner le taux de guérison à l’œuf bien cuit par rapport à l’œuf cru chez l’enfant et la sécurité du test de provocation à l’œuf.

- Méthode :

  • Nous avons mené une étude longitudinale sur des enfants allergiques à l’œuf, de 2004 à 2010, qui ont subi un test de provocation à l’œuf bien cuit, et si négatif, à l’œuf cru.
  • Les participants ont subi répétitivement tous les ans un test de provocation et la mesure des IgE spécifiques de l’œuf.

- Résultats :

  • Cent quatre-vingt un tests de provocation à l’œuf, pratiqués en ouvert, ont été effectués chez 95 enfants dont l’âge médian de survenue de l’allergie était de 12 mois.
  • Cinquante-trois des 95 enfants (56%) ont eu au moins un test de provocation de contrôle annuel.
  • L’historique des réactions avant l’étude montrait que celles-ci s’étaient produites à l’œuf cuit chez cinq sujets (5%), à l’œuf légèrement cuit chez 58 (61%) et à l’œuf cru chez neuf (9%) ; des réactions respiratoires sont survenues chez 11 sujets (12%) et sept (7%) ont subi une réaction anaphylactique ; l’adrénaline a été utilisée pour cinq réactions.
  • Il a été pratiqué 77 tests de provocation à l’œuf bien cuit et 104 à l’œuf cru.
  • La tolérance a été acquise deux fois plus rapidement avec l’œuf bien cuit qu’avec l’œuf cru (médiane 5,6 contre 10,3 années ; P <0,0001) et s’est poursuivi à 13 ans ; OR 2,23 (intervalle de confiance à 95% 1,6 à 3,9).
  • Près d’un tiers avait guéri de l’allergie à l’œuf bien cuit à 3 ans et 2/3 à 6 ans.
  • Des 28/77 (37%) ayant un test de provocation positif à l’œuf bien cuit, 65% présentaient des symptômes cutanés, 68% des symptômes gastro-intestinaux et 39% de la rhinite, sans autres réactions respiratoires.
  • Le recours à l’adrénaline n’a pas été nécessaire.

- Conclusions et pertinence clinique :

  • La guérison de l’allergie à l’œuf s’effectue sur plusieurs années, deux fois plus vite chez les enfants prenant de l’œuf bien cuit que chez ceux prenant de l’œuf cru.
  • Il n’ya pas eu de réactions graves lors du test de provocation à l’œuf bien cuit, et le recours à l’adrénaline n’a pas été nécessaire.
  • Nos données supportent l’initiation de la réintroduction de l’œuf bien cuit à la maison chez les enfants âgés de 2 à 3 ans ayant déjà eu des réactions bénignes et sans asthme.
  • La guérison se maintient chez les enfants plus âgés, de sorte que, malgré un test de provocation positif antérieur, les tentatives de réintroduction devraient être poursuivies.

Cette étude qui nous vient de l’hôpital universitaire de Cambridge a le mérite d’aborder un problème pratique, celui de la réintroduction de l’œuf chez les enfants qui y sont allergiques.

Œuf cuit, œuf cru, dans quelles conditions de sécurité ? Voici les questions auxquelles ce travail tente de répondre.

Il s’agit d’une étude longitudinale qui s’est étalée sur 6 ans regroupant 95 enfants allergiques avérés à l’œuf.

Les 181 tests de provocation orale (TPO) ont été pratiqués en ouvert.

La majorité des réactions rapportées avaient eu lieu avec la consommation d’œuf peu cuit ou cru avec 12% de réactions respiratoires et 7% de réactions anaphylactiques.

La tolérance à l’œuf a été obtenue, de façon statistiquement significative, deux fois plus vite avec l’œuf cuit que l’œuf cru, médiane de 5 ans contre 10 ans.

Ainsi, de façon pratique, étant donné qu’il n’y a pas de réaction grave lors du TPO à l’œuf bien cuit, sa réintroduction peut s’opérer facilement au domicile à condition que l’enfant ne soit pas asthmatique.

Les conclusions de cette étude me vont parfaitement dans la mesure où je pratique de longue date la réintroduction de l’œuf bien cuit à mon cabinet après test de provocation labiale négatif et maintien ensuite au domicile.

Ne pas oublier que la mesure de l’IgE-réactivité au niveau sérique spécifique de l’ovomucoïde permet de préciser le risque de l’allergie à l’œuf.

En cas d’absence d’IgE spécifique de l’ovomucoïde, il y a peu de risque de réaction lors de la prise d’œuf bien cuit, par contre en cas de présence de ces IgE, il y a risque plus élevé de persistance de l’allergie à l’œuf.