Allergènes du blé : la pléthore !

lundi 6 juin 2011 par Dr Alain Thillay712 visites

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Allergènes du blé : la pléthore !

Allergènes du blé : la pléthore !

lundi 6 juin 2011, par Dr Alain Thillay

Allergènes multiples de la farine de blé et réactivité croisée avec les épitopes glucidiques croisants dans le cadre de l’asthme du boulanger. : Sander, I., Rozynek, P., Rihs, H.-P., van Kampen, V., Chew, F. T., Lee, W. S., Kotschy-Lang, N., Merget, R., Brüning, T. and Raulf-Heimsoth, M. (2011),

Multiple wheat flour allergens and cross-reactive carbohydrate determinants bind IgE in baker’s asthma.

dans Allergy, 66 : no. doi : 10.1111/j.1398-9995.2011.02636.x

- Contexte :

  • Plusieurs allergènes de la farine de blé pertinents pour leur implication dans l’asthme du boulanger ont été identifiés au cours des 25 dernières années.

- Objectif :

  • Le but de cette étude était de déterminer la fréquence de la sensibilisation à ces allergènes chez des boulangers allemands.

- Méthodes :

  • En utilisant la technologie de l’ADN recombinant, les allergènes suivants de la farine de blé ont été clonés, exprimés dans Escherichia coli et purifiés :
    • cinq sous-unités des inhibiteurs de l’α-amylase du blé (WTAI-CM1, CM2-WTAI, WTAI-CM3, WDAI-0.19 et WMAI- 0.28),
    • la thiorédoxine,
    • réductase thiol,
    • homologues 1-cys-péroxirédoxine,
    • triose-phosphate isomérase,
    • αβ-gliadine,
    • serpine,
    • la glycéraldéhyde-3-phosphate déshydrogénase,
    • une protéine de transfert lipidique (LTP),
    • déhydrine,
    • profiline
    • et la peroxydase.
  • En outre, les ImmunoCAPs de l’allergène recombinant de ω-5-gliadine et de deux déterminants carbohydrates (CCD) de réactivité croisée, la peroxydase de raifort (HRP) et la N-glycane de la broméline (MUXF), ont été utilisés.
  • Les IgE spécifiques ont été mesurées dans les sera positifs pour la farine de blé de 40 boulangers allemands souffrant d’asthme ou de rhinite en rapport avec leur activité professionnelle et les sera de 10 témoins polliniques.

- Résultats :

  • Trente boulangers (75%) ont des IgE positives à au moins l’un des 19 allergènes unitaires.
  • Les plus fréquentes étaient les IgE spécifiques de WDAI-0.19, d’HRP et de MUXF (25% chacun), suivies par WTAI-CM1 (20%), réductase thiol (16%), WTAI-CM3 (15%), thiorédoxine et WTAI-CM2 (12,5 %), WMAI-0.28, triose-phosphate isomérase, αβ-gliadine (10%), 1-cys-péroxirédoxine (7,5%), déhydrine, serpine, glycéraldéhyde-3-phosphate déshydrogénase (5%), ω-5-gliadine , LTP et profiline (2,5%).
  • Quinze boulangers (38%) ont des IgE à un inhibiteur de l’α-amylase et 12 (30%) à au moins un CCD.
  • Les contrôles ont réagi exclusivement aux déterminants CCD (80%), à la profiline (60%), à la thiorédoxine (30%), à la triose-phosphate et la LTP (10%).

- Conclusions :

  • Les profils de sensibilisation aux allergènes obtenus avec 17 allergènes recombinants de farine de blé et deux déterminants CCD n’ont révélé aucun allergène majeur chez ces boulangers allemands.
  • Les fréquences les plus élevées ont été trouvées pour les inhibiteurs de l’α-amylase et les CCD.

Les allergènes multiples de la farine de blé impliqués dans l’asthme du boulanger sont connus. Par contre, et c’est là l’objectif de cette publication allemande, nous ne savons pas s’il existe un ou plusieurs allergènes majeurs.

Parmi les 19 allergènes de la farine de blé, sélectionnés dans ce travail, aucun, de façon individuelle, ne montre une IgE réactivité chez plus de 50% de l’échantillon de ces quarante boulangers.

Je ne reprendrai pas l’ensemble des résultats qui sont clairs, il faut simplement retenir que ces boulangers ont, dans la majorité, des IgE spécifiques des inhibiteurs de l’α-amylase et des CCD.

Autre fait intéressant suggéré par cette étude, est celui que les polliniques pris comme témoin, s’ils réagissent, c’est via la profiline et les CCD pour la plupart.

Il n’y a donc pas de justification à limiter l’apport en céréales chez les allergiques aux pollens de Graminées, comme cela se voit encore trop souvent.

Pour ce qui concerne l’asthme du boulanger, lorsque nos autorités allergologiques seront en pourparler avec l’Afssaps concernant la validité des extraits allergéniques dédiés aussi bien au diagnostic qu’à l’immunothérapie spécifique, le cas de la farine de blé va se poser.

Et pour une fois, il ne faudra pas défendre un extrait allergénique de farine de blé standardisé quant à la teneur d’un ou plusieurs allergènes, mais, bien au contraire, défendre un extrait allergénique regroupant l’ensemble de la mosaïque allergénique.

Il est vrai que des travaux statistiquement significatifs manquent pour prouver l’intérêt de l’immunothérapie spécifique à la farine de blé, pourtant, il me semble que la plupart des patients ayant reçu ce traitement dans le cadre d’un asthme du boulanger étaient améliorés.

Bien sûr, répétons-le, il ne s’agit que d’une tendance à contrôler à l’aide d’études en double-aveugle contre placebo de bonne qualité.