Faut-il laisser les petits enfants préparer leur avenir en respirant le moisi ?

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Faut-il laisser les petits enfants préparer leur avenir en respirant le moisi ?

Faut-il laisser les petits enfants préparer leur avenir en respirant le moisi ?

mardi 29 novembre 2011, par Dr Philippe Carré

Méta-analyse des effets de l’exposition aux moisissures et à l’humidité sur l’asthme et l’allergie dans huit cohortes de naissance européennes : une initiative ENRIECO. : Tischer, C. G.1 ; Hohmann, C.2 ; Thiering, E.1 ; Herbarth, O.3 ; Müller, A.4 ; Henderson, J.5 ; Granell, R.5 ; Fantini, M. P.6 ; Luciano, L.6 ; Bergström, A.7 ; Kull, I. ; Link, E.8 ; von Berg, A.9 ; Kuehni, C. E. ; Strippoli, M.-P. F.10 ; Gehring, U.11 ; Wijga, A.12 ; Eller, E.13 ; Bindslev-Jensen, C.13 ; Keil, T.2 ; Heinrich, J.1 ; as part of the ENRIECO consortiumcr22,

dans : Allergy, Volume 66, Number 12, 1 December 2011 , pp. 1570-1579(10)

- Contexte :

  • Plusieurs études transversales réalisées ces dernières années ont observé un risque accru d’événements allergiques chez des enfants vivant dans des environnements humides ou moisis.

- Objectif :

  • Etudier si l’exposition aux moisissures ou à l’humidité dans la prime enfance est associée au développement de phénomènes allergiques chez les enfants, dans huit cohortes de naissance Européennes.

- Méthodes :

  • Les auteurs ont analysé les données de 31 742 enfants à partir de huit cohortes de naissance Européennes
  • L’exposition aux moisissures et les données concernant les manifestations d’allergie étaient évaluées par des questionnaires parentaux à différentes périodes
  • Des méta-analyses à partir de modèles fixés et aléatoires ont été appliquées
  • Le nombre des études inclues dans chaque analyse était variables en fonction des données disponibles pour chaque cohorte.

- Résultats :

  • L’exposition aux moisissures visibles et/ou à l’humidité pendant les deux premières années de la vie était associée avec un risque accru de développer de l’asthme : il y avait une association significative aux symptômes précoces d’asthme dans les méta-analyses de quatre cohortes (0- 2 ans : OR ajusté :ORa 1.39, IC à 95% :1.05-1.84) et avec l’asthme plus tardif dans l’adolescence dans six cohortes (6-8 ans : ORa : 1.09, IC 0.90-1.32, et 3-10 ans : ORa : 1.10, IC 0.90-1.34)
  • Une association statistiquement significative était observée dans six cohortes avec les symptômes de rhinite allergique à l’âge scolaire (6-8 ans : ORa 1.12, IC 1.02-1.23) et à n’importe quelle période entre 3 et 10 ans : ORa : 1.18, IC 1.09-1.28).

- Conclusion :

  • Ces données suggèrent qu’un environnement précoce avec exposition à des moisissures à domicile est associé à un risque accru d’asthme (particulièrement chez les jeunes enfants) et de symptômes de rhinite allergique chez les enfants à l’âge scolaire.

L’étude des risques sur la santé de l’exposition environnementale, dans des cohortes de naissance européennes (ENRIECO), évaluait la survenue d’événements allergiques depuis la naissance jusqu’à l’âge de 10 ans, de façon longitudinale, à partir des données de huit pays européens.

L’objectif était d’évaluer si l’exposition résidentielle précoce à des moisissures et à l’humidité jusqu’à l’âge de 2 ans était associée au développement de l’asthme, de symptômes de rhinite allergique, et de sensibilisation des enfants entre leur naissance et l’âge de 10 ans. L’exposition environnementale était évaluée à partir de questionnaires remplis par les parents.

La méta-analyse montrait que l’exposition précoce à des moisissures visibles et/ou à l’humidité :

  • augmentait le risque de symptômes de rhinite allergique jusqu’à l’âge de 10 ans
  • augmentait de façon significative le risque d’asthme avant l’âge de 3 ans
  • et augmentait de façon non significative le risque d’asthme plus tardif (6-8 et 3-10 ans)
  • aucune association n’a été observée quant à la sensibilisation contre les aéro-allergènes à l’âge scolaire (évaluée par dosage des IgE spécifiques entre 6 et 8 ans).

Le caractère prospectif de ces cohortes de naissance constitue la meilleure approche pour affirmer la relation temporelle entre l’exposition dans la petite enfance et les conséquences sur la santé.

Le fait que l’exposition aux moisissures ait été affirmée à partir des réponses des parents en fonction du caractère visible des moisissures dans l’habitat pourrait être source d’erreur (si par exemple les moisissures étaient présentes mais non visibles à l’œil nu, ou présentes mais non aérosolisées et donc non inhalées) ; mais des études antérieures ont montré que cette approche épidémiologique était un bon indicateur de l’environnement intérieur.

Il est surprenant qu’aucune association n’ait été trouvée avec la sensibilisation aux aéro-allergènes, qui est considérée habituellement comme un facteur de risque de développement des manifestations cliniques de l’allergie (asthme ou rhinite) ; des mécanismes non IgE-dépendants pourraient-ils être associés et impliqués dans ce type d’exposition ? Des techniques d’analyse moléculaire ou de mesure de l’activité enzymatique des particules inhalées, ainsi de que la production des anticorps par les enfants exposés, pourraient permettre d’identifier les mécanismes précis de la sensibilisation.