Rognon : attention à l’αGal !

vendredi 4 mai 2012 par Dr Alain Thillay2402 visites

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Rognon : attention à l’αGal !

Rognon : attention à l’αGal !

vendredi 4 mai 2012, par Dr Alain Thillay

L’anaphylaxie au rognon de porc est liée à des IgE spécifiques de la galactose-alpha-1,3-galactose. : M. Morisset1,6,*, C. Richard2, C. Astier3, S. Jacquenet2, A. Croizier1, E. Beaudouin5, V. Cordebar1, F. Morel-Codreanu6, N. Petit1,4, D. A. Moneret-Vautrin1,5, G. Kanny1

dans Allergy Volume 67, Issue 5, pages 699–704, May 2012

- Contexte :

  • Des IgE spécifiques des glucides présents sur les protéines de mammifères non primates ont été incriminées récemment dans l’anaphylaxie retardée à la viande.

- Objectif :

  • Le but de cette étude était d’explorer si l’anaphylaxie au rein de mammifères est associée à des IgE spécifiques de la galactose-α-1,3-galactose (αGal).

- Méthodes :

  • Quatorze patients atteints d’anaphylaxie au rognon de porc ou de bœuf ont subi des tests cutanés à la viande et au rognon.
  • Certains patients ont également subi des tests cutanés avec l’Erbitux ® (cetuximab).
  • Les IgE spécifiques d’ αGal, des protéines urinaires porcines, de la viande de bœuf et de porc, des albumines sériques, du chat et de rFel d 1 ont été mesurées par ImmunoCAP ®.
  • Les taux d’αGal ont été estimés au sein des viandes et des rognons au moyen d’un test d’inhibition ELISA.
  • La réactivité croisée entre le rognon de porc et l’αGal a été étudiée à l’aide du test d’inhibition de l’ImmunoCAP ®.

- résultats :

  • Parmi les 14 patients, douze avaient présenté un choc anaphylactique.
  • Les réactions ont eu lieu dans les 2 h après l’exposition chez 67% des patients.
  • Des facteurs de risque associés ont été observés dans 10 cas, l’alcool était le principal cofacteur.
  • Trois patients ont subi une provocation orale au rognon de porc, l’anaphylaxie est survenue après l’ingestion de petites quantités (1 à 2 g).
  • Les tests cutanés aux rognons étaient positifs chez 54% des patients.
  • Tous les patients testés ont montré des tests cutanés positifs à Erbitux ®.
  • Tous les patients ont été testés positifs pour les IgE à αGal avec des taux allant de 0,4 à 294 kU/l.
  • La liaison des IgE à l’αGal était inhibée par l’extrait de rognon de porc cru (moyenne, 77% ; variations des valeurs, 55-87%) qui montrait une grande quantité de déterminants αGal.

- Conclusions :

  • L’anaphylaxie aux rognons de porc ou de bœuf est liée aux IgE spécifiques d’αGal.
  • Sa sévérité particulière pourrait être due à une teneur élevée en épitopes αGal dans les rognons.

L’allergie à la viande de mammifères et particulièrement au rognon est rare. De fait, les publications bien documentées à propos des réactions anaphylactiques restent insuffisantes surtout du point de vue des allergènes impliqués.

La notion d’épitope glucidique croisant, ce que l’on a coutume d’appeler les CCD de l’anglais « Cross-reactive carbohydrate Determinant », est apparue au début des années 80.

Il s’agit de copules glucidiques portées par les chaînes de certaines protéines, les glycoprotéines.

Ces CCD posent le problème d’une discordance entre leur IgE réactivité et l’expression clinique ; en un mot, ces motifs moléculaires entraînent la présence in vitro d’IgE spécifiques sans pour autant entraîner de symptomatologie clinique pertinente, ni de tests cutanés positifs.

Autre fait terriblement important, mais très rarement pris en compte dans les études évaluant les réactions croisées, il s’agit justement de la réactivité croisée dont peuvent être responsables ces fameux épitopes glucidiques croisants ; ce qui constitue là un biais évident.

La galactose-α-1,3-galactose (αGal) est un CCD particulier issu du monde animal non présent chez l’Homme, il est donc possiblement immunogène.

Ainsi, l’étude de Chung et coll. de 2008 a été un vrai coup de tonnerre.

Chez des patients ayant reçu du cetuximab, anticorps monoclonal chimérique (souris-homme) IgG1, et ayant des réactions allergiques à ce produit, ces auteurs ont pu montrer la présence d’IgE spécifiques de cette galactose-α-1,3-galactose (αGal) épitope glucidique porté par le Fab du cetuximab.

Autre aspect, deux études en 2009 et 2011, l’une en Australie et l’autre aux Etats-Unis, ont permis de mettre en évidence une relation entre piqûres de tiques (Ixodes et Amblyomma) et présence d’IgE spécifiques d’αGal ; ce qui a pu expliquer des réactions anaphylactiques chez des patients recevant pour la première fois du cetuximab.

En outre d’autres études ont pu montrer la présence d’IgE-anti αGal chez des patients allergiques aux viandes rouges tout en mettant en évidence l’existence de ce CCD dans ces viandes.

L’objectif de cette étude française (Nancy, Epinal, Verdun) et Luxembourgeoise était de montrer que chez des patients allergiques au rognon de porc il existait une association avec la présence d’IgE-anti αGal.

Bien sûr, il a été vérifié que le rognon de porc, de bœuf et des autres viandes réactives chez ces patients contenaient bien de l’αGal, ce qui fut fait par test d’inhibition ELISA qui est très probant pour le rognon de porc cru.

Les résultats montrent aussi que cette allergie est sévère, 12 patients sur 14 ont subi un choc anaphylactique dont quatre ont perdu conscience.

Dans 9 cas, il existait un cofacteur, le facteur alcool était le plus représenté.

Lors du test de provocation orale en double aveugle, pratiqué chez trois patients, il est suggéré que la quantité de rognon déclenchante est faible de 1 à 2 grammes.

Le test cutané pratiqué avec le rognon natif n’est pas très spécifique puisque positif chez seulement 54% des patients.

Alors que la spécificité est de 100% pour le test cutané au cetuximab, il en est de même, spécificité de 100%, pour les IgE spécifiques d’αGal.

Dans la discussion de cet article, les auteurs ont cherché à savoir pourquoi ces patients avaient développé la production d’IgE anti-αGal.

Aucun n’avait reçu de Cetuximab, par contre, 6 patients rapportaient la notion de piqûres de tique antérieurement.

Enfin, troisième possibilité, les urines porcines contenant beaucoup d’αGal les auteurs spéculent sur la possibilité de la présence de ce CCD dans les urines des chats, chiens, chevaux et lapins (présence de glycoprotéines urinaires connus), l’exposition à ces urines pourrait expliquer le phénomène ; il serait intéressant d’en faire la démonstration.

La galactose-α-1,3-galactose est une exception dans le monde des épitopes glucidiques croisants.

Jusqu’alors aucun CCD du monde végétal n’a fait la démonstration d’une réactivité clinique.

La galactose-α-1,3-galactose est d’origine animale et rappelons absente chez l’homme donc immunogène.

Il faut noter que la symptomatologie allergique peut être retardée jusqu’à deux heures chez les patients de la présente étude.

Enfin, le test cutané au cetuximab n’étant pas très pratique et surtout trop onéreux en allergologie courante, nous attendons avec impatience l’arrivée d’un ImmunoCAP αGal.

NB. Ces commentaires doivent beaucoup à la lecture de l’excellent article concernant l’αGal sur www.allerdata.com.