Beaucoup de petites sœurs et de petits frères pour moins d’allergie alimentaire !

vendredi 11 mai 2012 par Dr Alain Thillay663 visites

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Beaucoup de petites sœurs et de petits frères pour moins d’allergie alimentaire !

Beaucoup de petites sœurs et de petits frères pour moins d’allergie alimentaire !

vendredi 11 mai 2012, par Dr Alain Thillay

Effet de l’ordre de naissance sur l’allergie alimentaire infantile. : Kusunoki, T., Mukaida, K., Morimoto, T., Sakuma, M., Yasumi, T., Nishikomori, R. and Heike, T. (2012),

Birth order effect on childhood food allergy

dans . Pediatric Allergy and Immunology, 23 : 250–254. doi : 10.1111/j.1399-3038.2011.01246.x

- Contexte :

  • L’ordre de naissance élevé est associé à un risque plus faible d’allergie (effet d’ordre de naissance).

- Objectif :

  • Le but de cette étude était de comparer l’importance de l’effet de l’ordre de naissance sur la prévalence de certaines maladies allergiques chez des enfants d’âge scolaire :
    • asthme bronchique (AB),
    • la dermatite atopique (DA),
    • la rhinite allergique (RA),
    • la conjonctivite allergique (CA),
    • et l’allergie alimentaire (AA).

- Méthodes :

  • Une enquête par questionnaire portant sur la prévalence des maladies allergiques a été proposée aux parents de 14 669 enfants âgés de 7 à 15 ans.
  • Basée sur ces données, la prévalence de chaque maladie allergique a été comparée selon le rang de naissance (1er, 2ème et 3ème ou plus).
  • Une analyse de régression multiple a été réalisée pour tester la signification des différences.

- Résultats :

  • Il n’y avait pas de différence significative dans la prévalence de l’AB ou de la DA en fonction de l’ordre de naissance.
  • La prévalence de la RA, de la CA et de l’AA diminuait de façon significative avec l’augmentation de l’ordre de naissance.
  • Chez ces sujets, la prévalence de la AA selon le rang de naissance, 1er, 2e et 3e ou plus, était de 4,0%, 3,4% et 2,6%, respectivement (p=0,01).
  • En ce qui concerne les symptômes dans l’enfance, la prévalence des sifflements thoraciques augmentait de manière significative alors que l’allergie alimentaire et l’eczéma dans l’enfance diminuait significativement avec l’ordre de naissance.

- Conclusions :

  • Les données actuelles montrent un effet significatif de l’ordre de naissance sur l’allergie alimentaire.
  • L’effet est également observé pour la prévalence de l’AA et de la DA dans l’enfance.
  • Ces données appuient la notion de programmation précoce non spécifique de l’allergène de l’immunité IgE dépendante.

En 1989, Strachan est à l’origine de la théorie hygiéniste qui explique que l’augmentation de la prévalence des maladies IgE dépendantes est en rapport avec la diminution de la taille des familles et l’amélioration de l’hygiène de vie.

Ainsi, la pression de stimulation immunitaire due aux micro-organismes diminuant, cela favoriserait l’émergence des maladies allergiques à IgE.

A l’inverse des études ont montré une diminution des allergies dans l’enfance avec l’augmentation de la fratrie, plus il y a d’enfants dans la famille plus il existe de stimulation immunitaire par les micro-organismes.

Les auteurs japonais de ce travail ont eu recours à un questionnaire, il s’agit donc d’une étude rétrospective.

Les données concernent 14 669 enfants âgés de 7 à 15 ans.

D’après les résultats, l’ordre de naissance n’a pas d’effet sur l’asthme et la dermatite atopique.

Par contre, la prévalence de la rhinite allergique, de la conjonctivite allergique et de l’allergie alimentaire diminue avec l’ordre de naissance ; ce fait est particulièrement noté pour l’allergie alimentaire.

Les auteurs de conclure que ces notions supportent l’idée que la programmation de l’IgE réactivité est précoce et non spécifique de l’allergène.

L’effet « fratrie » n’est pas opérant sur l’ensemble des maladies allergiques, si cela semble vrai pour l’allergie alimentaire, la conjonctivite et la rhinite allergiques, la dermatite atopique, ce n’est pas le cas pour l’asthme.

On constate même une augmentation de la prévalence des sifflements thoraciques avec le nombre de membres de la fratrie.

Il y a là un décalage qui peut très bien s’expliquer ; il est en effet difficile par un questionnaire de faire le distinguo entre les différents phénotypes de l’asthme infantile.

Classiquement, en accord avec les travaux de Jocelyne Just, il existe trois phénotypes :

  • asthme intermittent non allergique (infections virales),
  • asthme allergique dans le cadre d’une grande atopie (majoritairement des garçons)
  • et l’asthme non allergique difficile à équilibrer (majoritairement des filles).

Dans la logique de cette étude qui, en fait, rend compte de l’expression des maladies IgE dépendantes en fonction du nombre de membres de la fratrie, il est logique que l’asthme, qui n’est pas toujours allergique, ne voit pas sa prévalence diminuer.

Pour les maladies clairement IgE dépendantes, plus nettement pour l’allergie alimentaire, la logique joue à plein.

Il est un peu dommage que les auteurs de ce travail n’abordent pas la problématique du phénotypage de l’asthme.