Rentabilité des hydrolysats de lait dans la prévention de la DA : une étude à boire du petit lait !

mardi 3 juillet 2012 par Dr Alain Thillay363 visites

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Rentabilité des hydrolysats de lait dans la prévention de la DA : une étude à boire du petit lait !

Rentabilité des hydrolysats de lait dans la prévention de la DA : une étude à boire du petit lait !

mardi 3 juillet 2012, par Dr Alain Thillay

La prévention de la dermatite atopique par les formules de lait hydrolysé est-elle rentable ? Une évaluation d’économie de la santé allemande. : Mertens, J., Stock, S., Lüngen, M., Berg, A. v., Krämer, U., Filipiak-Pittroff, B., Heinrich, J., Koletzko, S., Grübl, A., Wichmann, H.-E., Bauer, C.-P., Reinhardt, D., Berdel, D. and Gerber, A. (2012),

Is prevention of atopic eczema with hydrolyzed formulas cost-effective ? A health economic evaluation from Germany.

dans Pediatric Allergy and Immunology. doi : 10.1111/j.1399-3038.2012.01304.x

- Contexte :

  • L’étude GINI (German Infant Nutritional Intervention), étude prospective, randomisée, en double aveugle, a enrôlé des enfants ayant un risque héréditaire d’eczéma atopique (EA).
  • Lorsque nourris avec certaines formules hydrolysées durant les 4 premiers mois de la vie, le risque à l’âge de 6 ans est réduit de 26-45% en analyse per-protocole (PP) et de 8-29% en analyse d’intention de traiter (ITT) par rapport aux enfants nourris avec du lait de vache ordinaire.

- Objectif :

  • L’objectif était d’évaluer la rentabilité de l’alimentation avec ces formules hydrolysées.

- Patients et méthodes :

  • La rentabilité a été évaluée avec un modèle d’arbre décisionnel programmé en fonction de l’âge.
  • Les coûts et les effets ont été analysés sur une période de 6 ans du point de vue de l’assurance maladie légale allemande (SHI) et d’un point de vue social en fonction d’un taux effectif d’économie de 3% suivi par des analyses de sensibilité.

- Résultats :

  • Dans la perspective sociale, la formule d’hydrolysat poussé de caséine serait la stratégie la meilleure du point de vue de la réduction des coûts avec des économies de 478 € par enfant traité dans l’analyse en ITT (IC 95% : 12 € ; 852 €) et 979 € dans l’analyse en PP (IC 95% : 355 € ; 1455 €).
  • Si on considère les cas évités, la formule de lactosérum partiellement hydrolysé est économique (ITT -5404 €, PP -6358 €).
  • Du point de vue du SHI, la formule de lactosérum partiellement hydrolysé est rentable, mais cette rentabilité peut être aussi dépendante de la réduction des coûts en fonction du scénario.
  • Une formule de lactosérum fortement hydrolysé également inclus dans l’analyse était inférieure dans toutes les analyses.

- Conclusions :

  • Pour la prévention de l’eczéma atopique, deux formules peuvent être rentables, voire apporter une réduction des coûts.
  • Nous recommandons que la SHI puisse rembourser le lait maternisé ou du moins la différence entre les coûts de la formule du lait de vache et de la formule la plus rentable.

Les études montrent un intérêt de l’alimentation, durant les 4 premiers mois de vie, avec certaines formules de lait plus ou moins hydrolysé pour prévenir l’apparition d’une dermatite atopique chez les enfants à risque héréditaire. Toutefois, cette étude pose une question essentielle. Quelle est la formule lactée hydrolysée qui a la meilleure rentabilité ?

Les auteurs allemands de ce travail ont eu recours à deux types d’analyse.

D’une part, une analyse en ITT pour intention-to-treat, en français, on dit analyse en intention de traiter.

Tous les patients randomisés doivent être pris en compte dans l’analyse et ceci en maintenant leur répartition dans les différents groupes de l’essai par la randomisation indépendamment de leur devenir au cours de l’étude.

Ainsi, les patients inclus par erreur ou les patients ayant interrompu le traitement resteront dans l’étude.

Le but dans cette analyse est d’éliminer le biais d’attribution induit par l’exclusion de patients au cours de l’étude.

L’analyse en ITT s’oppose à l’analyse en per-protocole (PP) qui sélectionne les patients analysés sur le respect du protocole et la disponibilité des données.

Il semblerait que seule l’analyse en ITT donne des résultats non biaisés de l’effet du traitement ; l’exclusion des patients présentant des données manquantes dans une analyse en PP ne permet pas de se rapprocher d’une analyse en ITT.

L’intérêt d’associer les deux analyses dans un essai est que si celles-ci donnent les mêmes conclusions, la confiance dans les résultats est renforcée.

Ici, les analyses démontrent que la prévention de la dermatite atopique par la prescription des formules hydrolysées de lait est efficace sur le plan du coût et même produisant une diminution des coûts par enfant traité et par le nombre de cas évités dans tous les scénarios de l’investigation.

D’un point de vue social (coût des absences des parents, soins complémentaires, médecines dites douces, même le coût de l’homéopathie), c’est l’hydrolysat poussé de caséine qui permet de faire le plus d’économies par enfant traité alors que l’hydrolysat poussé de lactosérum est inférieur dans tous les cas de figure.

Maintenant, dans la perspective des coûts supportés par la sécurité sociale allemande, SHI, c’est-à-dire les soins en ambulatoires, les soins d’hospitalisation, les programmes d’enseignement aux parents, le coût des médicaments, la palme est remportée par l’hydrolysat partiel de lactosérum.

Ainsi, les auteurs concluent que les formules de lait hydrolysé (hydrolysat poussé de caséine et hydrolysat partiel de lactosérum) sont rentables dans la prévention de la DA chez les enfants à risque héréditaire.

Nous voyons tout l’intérêt de ce type d’étude qui ménage l’aspect scientifique et celui des coûts dans ces périodes de grandes disettes économiques.

Chaque praticien impliqué doit donc tenir compte de ces résultats et modifier, si nécessaire, ses habitudes thérapeutiques.

Enfin, un dernier mot, pour parler d’un rêve.

Pourquoi ne pas pratiquer ces types d’études, ITT et PP, dans le domaine allergologique.

Ces études concerneraient cette fois-ci le retentissement de l’immunothérapie spécifique sur les coûts à venir.

Quelques études existent mais sont trop petites, trop partielles et sans méthodologie commune.

Elles vont toutefois, pour la plupart, dans le sens d’une diminution des coûts des soins et des coûts sociaux.

Cette grande étude allergologique devrait, à mon sens, être prise en charge par les laboratoires impliqués mais aussi par les pouvoirs publics.
Il y va d’un intérêt commun.