Le temps n’a pas la même valeur pour tous dans l’asthme professionnel.

mercredi 11 juillet 2012 par Dr Philippe Carré792 visites

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Le temps n’a pas la même valeur pour tous dans l’asthme professionnel.

Le temps n’a pas la même valeur pour tous dans l’asthme professionnel.

mercredi 11 juillet 2012, par Dr Philippe Carré

Tableaux temporels distincts de réactions asthmatiques immédiates aux agents de haut et de bas poids moléculaire. : J.-L. Malo*, H. Ghezzo, J. L’Archevêque

dans Clinical & Experimental Allergy
Volume 42, Issue 7, pages 1021–1027, July 2012

- Contexte :

  • L’exposition à des agents professionnels peut entraîner des réactions asthmatiques immédiates.

- Objectif :

  • On peut émettre l’hypothèse que le type de réactions immédiates est différent pour des agents de haut poids moléculaire (HPM) ou de bas poids moléculaire (BPM)
  • Pour teste cette hypothèse, les auteurs ont étudié les caractéristiques temporelles des réactions chez des ouvriers chez qui on effectuait un test de provocation spécifique par inhalation pour un asthme professionnel possible.

- Méthodes :

  • 467 réactions immédiates ont été évaluées, 248 (53 %) à des agents de HPM, et 219 (47 %) à des agents de BPM, en termes de temps de réaction maximum et de temps de récupération.

- Résultats :

  • La durée moyenne d’exposition pour obtenir des réactions immédiates significatives était comparable pour les agents de HPM et de BPM (15 mn)
  • La chute moyenne maximum du VEMS survenait après 20 mn pour les agents de BPM en comparaison de 10 mn pour ceux de HPM (p<0.001)
  • Le temps moyen de récupération du VEMS à 10 % du taux de base était plus court pour les agents de HPM (60 mn) que pour ceux de BPM (90 mn) (p<0.01), et significativement plus de sujets récupéraient à 10 % de la valeur de base (89.5 %) pour les agents de HPM que pour ceux de BPM (72.6 %) (p<0.001)
  • Des variables confondantes comme l’âge, l’existence d’une atopie, le calibre de base des voies aériennes et la chuteb maximale du VEMS au moment de la réaction immédiate ne modifiait pas l’effet significatif de la nature de l’agent
  • Les réactions immédiates étaient suivies par une réaction asthmatique tardive plus souvent en cas d’agent de BPM (37.3 %) que de HPM (26.2 %) (p<0.05)
  • Des modifications significatives de la réactivité bronchique non spécifique étaient significativement plus fréquentes (p=0.02) après des réactions avec des agents de BPM (31.9 %) que de HPM (21.4 %)
  • Les auteurs ont trouvé des tendances similaires en comparant les réactions à la farine (n=113), la cause principale des réactions aux agents de HPM, et celle aux diisocyanates (n=111), l’agent principal de BPM.

- Conclusions et relevance clinique :

  • Cette étude montre des tableaux distincts de réactions immédiates à des agents d’exposition professionnelle
  • Ces résultats peuvent fournir des recommandations utiles pour la réalisation des tests d’inhalation spécifiques et améliorer la sécurité des procédures.

Trois types différents dans le temps de réactions bronchiques asthmatiques ont été identifiés en cas d’exposition à des pneumallergènes ubiquitaires ou professionnels : une réaction immédiate, une réaction tardive, et une réaction duale associant une réaction immédiate suivie d’une réaction tardive. En cas d’asthme professionnel, les réactions peuvent être en rapport avec des agents de HPM ou de BPM ; les agents de HPM induisent des réactions médiées par les IgE, et ceux de BPM des réactions de mécanisme inconnu mais non IgE médiées.

On ne sait pas cependant si le temps de survenue des réactions immédiates liées à une exposition à des agents de BPM est identique à celui lié à des agents de HPM. Le mécanisme des réactions étant différent dans les deux cas, il est possible qu’il résulte dans des différences de réponse dans le temps en fonction de l’agent en cause. Les auteurs ont donc caractérisé le type précis de réponse chez 467 patients ayant eu une exposition professionnelle et présenté une réaction asthmatique immédiate, après réalisation d’un test de provocation spécifique par inhalation pour un asthme professionnel possible, en rapport avec un agent de HPM dans 53 % des cas et de BPM dans 47 % des cas.

Les résultats montrent que :

  • la durée moyenne d’exposition avant la survenue de la réaction était la même quel que soit l’agent (15 mn)
  • la chute moyenne du VEMS survenait après 20 mn pour les agents de BPM et 10 mn pour ceux de HPM
  • le temps moyen de récupération du VEMS à 10 % du taux de base était plus court pour les agents de HPM que pour ceux de BPM (60 contre 90 mn)
  • l’âge, l’atopie, le calibre de base des voies aériennes et la chute maximale du VEMS ne modifiaient pas l’effet
  • les réactions immédiates étaient suivies par une réaction asthmatique tardive plus souvent en cas d’agent de BPM que de HPM (37.3 % vs 26.2 %)
  • des modifications de l’HRBNS étaient plus fréquentes lors des réactions aux agents de BPM
  • les tendances étaient similaires en comparant les réactions à la farine (principal agent de HP) et celle aux diisocyanates (agent principal de BPM).

Cette étude, réalisée par l’équipe du Pr Malo à Montréal (référence en matière d’asthme professionnel), montre qu’il existe des différences en terme de réponse bronchospastique en fonction du PM de l’agent, et qu’en particulier les réponses aux agents de HPM sont plus rapides, plus courtes, plus souvent monophasiques (moins de réaction tardive), et moins inductrices d’HRB que les réponses aux agents de BPM. Ces résultats apportent donc des renseignements utiles pour la réalisation des tests d’inhalation spécifiques et pour la surveillance des patients lors des procédures, permettant d’éviter des chutes trop importantes du VEMS en fonction de l’agent utilisé.

Les réactions aux agents de HPM sont souvent liées à un mécanisme IgE, alors que les réactions aux agents de BPM, notamment pour les isocyanates, peuvent s’accompagner d’une synthèse accrue d’IgG et de MCP-1, et qui persiste plus longtemps après retrait à l’agent d’exposition ; il est donc probable que différents mécanismes peuvent influencer le développement et l’évolution des réactions asthmatiques immédiates. Par ailleurs, le type de déposition des particules dans les voies aériennes (particules sèches pour les agents de HPM et aérosols humides pour ceux de BPM), la nécessité pour les agents de BPM de se lier à une protéine porteuse, et l’activation plus rapide de la cascade bronchospastique liée à la libération des médiateurs avec les agents de HPM, peuvent être aussi des facteurs qui expliquent le type différent de réponse.