Tout fout le camp : la rhinite allergique n’est pas toujours atopique !

mardi 25 septembre 2012 par Dr Philippe Carré1328 visites

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Tout fout le camp : la rhinite allergique n’est pas toujours atopique !

Tout fout le camp : la rhinite allergique n’est pas toujours atopique !

mardi 25 septembre 2012, par Dr Philippe Carré

Prévalence et relevance clinique de la rhinite allergique locale. : Rondón C, Campo P, Galindo L, Blanca-López N, Cassinello MS, Rodriguez-Bada JL, Torres MJ, Blanca M

Prevalence and clinical relevance of local allergic rhinitis.

dans Allergy 2012 ; 67 : 1282–1288.

- Contexte :

  • Il existe à l’évidence une rhinite allergique locale (RAL) chez des patients non atopiques, bien que sa prévalence au sein de la population ayant une rhinite reste inconnue
  • Le but de cette étude était donc d’évaluer la prévalence, les caractéristiques cliniques et la sévérité de la RAL dans une population espagnole atteinte de rhinite, comparativement à des patients ayant une rhinite allergique classique (RA) avec une atopie systémique ou une rhinite non allergique (RNA).

- Méthodes :

  • Un groupe de 452 adultes ayant une rhinite ont été sélectionnés de façon randomisée à partir d’un total de 3860 patients consultant dans le service d’allergologie sur une période d’1 an
  • Les patients ont été évalués par un questionnaire clinique, des prick-tests cutanés (PT), une spiromètrie, et un dosage des IgE totales et spécifiques (sIgE)
  • Un test de provocation allergénique nasal a été réalisé avec des aéro-allergènes multiples (TPANM), incluant Dermatophagoides pteronyssinus, des pollens, alternaria et les épithelia de chien, chez les patients ayant des PT et des IgE sériques négatifs.

- Résultats :

  • Un total de 428 patients ont complété l’étude ; 24 ont été exclus en raison d’une hyperréactivité nasale
  • Une RAL a été diagnostiquée chez 25.7 % des patients, une RA chez 63.1 %, et une RNA chez 11.2 %
  • Les patients ayant une RAL et une RA avaient un profil clinique semblable : une femme non tabagique avec une rhinite perannuelle persistante sévère, souvent associée à une conjonctivite et un asthme
  • Plus de 36 % des patients ayant une RAL avaient une rhinite ayant débuté dans l’enfance
  • Les TPANM ont détecté une polysensibilisation allergénique chez 37.3 % des patients ayant une RAL
  • Dermatophagoides pteronyssinus était le principal aéroallergène dans les RAL et la RA (60 ù vs 54 %, p>0.05).

- Conclusions :

  • La rhinite allergique locale est une entité prévalente chez les patients évalués pour une rhinite
  • Des symptômes persistants et sévères associés à une conjonctivite et/ou un asthme et à une polysensibilisation étaient détectés dans la RAL et la RA.

La rhinite allergique locale (RAL) est caractérisée par une production locale d’IgEs, une réponse immunitaire cellulaire nasale TH2 pendant l’exposition naturelle aux pneumallergènes, et une réponse positive à un test de provocation nasal allergénique local, avec des taux locaux augmentés d’IgEs, de tryptase et de protéine cationique éosinophile. Sa relevance clinique reste à être évaluée, ce qui était le but de cette étude, en comparant la RAL aux rhinites allergiques classiques (RA) et aux rhinites non allergiques (RNA).

Un groupe de 428 patients ayant une rhinite a été évalué :

  • 25.7 % avaient une RAL, 63.1 % une RA et 11.2 % une RNA
  • Les patients avec une RAL et une RA avaient un profil clinique semblable : femme non tabagique avec rhinite perannuelle persistante sévère, et souvent une conjonctivite et un asthme
  • Plus d’ 1/3 des patients ayant une RAL avaient une rhinite ayant débuté dans l’enfance
  • Plus d’ 1/3 avaient une polysensibilisation
  • Dermatophagoides pteronyssinus (DP) était le principal pneumallergène dans les RAL et la RA (60 % vs 54 %).

Ces résultats montrent que la RAL est une maladie respiratoire allergique commune dans la population jeune, affectant environ 1 patient sur 4 ayant une rhinite, avec la même sévérité, la même persistance, des symptômes nasaux semblables, ainsi que les mêmes comorbidités et la même évolution. Une des caractéristiques les plus importantes était que chez près de 36 % des patients ayant une RAL, le début de la rhinite avait eu lieu dans l’enfance.

Cette étude apporte aussi des renseignements concernant la caractérisation phénotypique de la RNA, avec un profil clinique de patients non fumeurs, plutôt des hommes, d’âge moyen supérieur à 40 ans, sans histoire familiale d’atopie, avec un facteur déclencheur des symptômes le plus souvent à type d’irritant ; les patients étaient moins souvent des femmes et avaient moins d’asthme associé.

DP était le pneumallergène le plus fréquent chez les patients ayant une RAL ou une RA, avec une répartition différente de la sensibilisation : prédominance de la mono-sensibilisation dans la RAL, et de la poly-sensibilisation dans la RA ; des études avec un panel plus large de pneumallergènes sont à faire.

La rhinite allergique purement locale, chez des patients non atopiques, est donc une entité dont la prévalence est assez fréquente chez les patients ayant une rhinite, avec un profil clinique assez proche des patients ayant une RA. Il est important d’en faire le diagnostic, ce tableau étant souvent associé à des symptômes sévères et persistants, ainsi qu’à une association à une conjonctivite et à un asthme.