IgE spécifiques des allergènes in utero : une légende ?

mercredi 17 octobre 2012 par Dr Alain Thillay1174 visites

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IgE spécifiques des allergènes in utero : une légende ?

IgE spécifiques des allergènes in utero : une légende ?

mercredi 17 octobre 2012, par Dr Alain Thillay

La sensibilisation intra-utérine par les IgE spécifiques analysée grâce à une nouvelle puce de haute sensibilité de détection des allergènes. : Norio Kamemura, Hitomi Tada, Naoki Shimojo, Yoshinori Morita, Yoichi Kohno, Takao Ichioka, Koichi Suzuki, Kenji Kubota, Mineyoshi Hiyoshi, Hiroshi Kido

dans The Journal of Allergy and Clinical Immunology - July 2012 (Vol. 130, Issue 1, Pages 113-121.e2, DOI : 10.1016/j.jaci.2012.02.023)

- Contexte :

  • Afin de concevoir un programme rationnel de prévention de l’allergie, il est important de déterminer si une sensibilisation allergique commence in utero dans le cadre du système immunitaire maternel.

- Objectif :

  • Enquêter sur l’origine des IgE spécifiques d’allergènes dans le sang du cordon et sur le transfert materno-fœtal des immunoglobulines.

- Méthodes :

  • Les taux des IgE, IgA, IgG et IgG4 spécifiques des aéroallergènes et des trophallergènes du sang maternel et du sang du cordon de 92 nouveau-nés et de leurs mères respectives, en bonne santé, ont été mesurés à l’aide d’une nouvelle puce de type « diamond-like-carbon-coated chip », ayant une haute sensibilité de détection des anticorps spécifiques de l’allergène et permettant ainsi une détermination du profil allergénique.

- Résultats :

  • Le taux d’IgE spécifiques des aéroallergènes et des trophallergènes et les profils allergéniques étaient identiques dans le sang du cordon et le sang des nouveau-nés, mais ces taux et profils, en particulier à l’encontre des aéroallergènes, étaient différents de ceux du sang maternel.
  • Le taux des IgA spécifiques d’allergènes était en dessous du seuil de détection au niveau du sang du cordon en dépit d’une détection claire au niveau du sang maternel.
  • De fait, la contamination du sang du cordon par le sang maternel a été exclue sur la base des niveaux extrêmement faibles d’IgA dans le sang du cordon et du fait de l’inadéquation évidente des profils allergéniques IgA et IgE entre sang du cordon et sang maternel.
  • Toutefois, les taux d’IgG et d’IgG4 spécifiques des allergènes et leurs profils allergéniques étaient presque identiques dans les deux, sang du cordon et sang maternel.

- Conclusion :

  • Les taux des IgE et des IgA spécifiques des allergènes et leurs profils allergéniques analysés par la puce de type « diamond-like-carbon-coated chip » indiquent que les IgE du sang du cordon sont d’origine fœtale.
  • Les IgE spécifiques des trophallergènes ont été détectées plus souvent que les IgE spécifiques des aéroallergènes au niveau du sang du cordon, la raison de ce constat n’a pas été élucidé.

Le débat concernant l’origine des IgE spécifiques du sang du cordon fait toujours rage. Ces IgE ont-elles été synthétisées par le fœtus ou sont-elles dues à un transfert materno-fœtal ?

Pour ces auteurs japonais, ce fait vient sans doute du niveau de détection des immunoglobulines.

Pour cette raison, ils ont eu recours à une nouvelle puce de détection de type « diamond-like-carbon-coated chip » ou DLC qui autorise une plus grande sensibilité de détection des immunoglobulines.

Ainsi, ayant mesuré les taux des IgE, des IgA, des IgG et des IgG4 spécifiques de trophallergènes et d’aéroallergènes, ils ont pu montrer que la sensibilité de détection des IgE est 5 fois supérieure en DLC qu’en UniCAP system, au niveau du sang maternel, du sang du cordon –où là les IgE sont indétectables en UniCAP- et chez des patients allergiques.

Les allergènes recherchés étaient, pour les aéroallergènes, les acariens DP et DF, le cèdre du Japon, pour les trophallergènes, alpha-caséine, bêta-caséine, alpha-lactoglobuline, bêta- lactoglobuline, ovalbumine, ovomucoïde, lait de vache et blanc d’œuf.

La DLC permet de détecter au moins un allergène via les IgE spécifiques chez 83,7% des nouveau-nés sur le sang du cordon.

Les résultats pour le sang du cordon et le sang maternel montrent des profils allergéniques différents.

Ce qui confirme que cette différence est en relation avec un faible passage des IgE maternelles dans le sang du fœtus ; la production est due au fœtus.

Il a été décrit que les IgA ne traversent pas la barrière placentaire, d’ailleurs, le dosage des IgA totales du sang du cordon est un test pour évaluer l’intégrité de la barrière placentaire.

Ici, le taux des IgA totales dans le sang du cordon est inférieur à 50 µg/L ce qui montre l’absence de contamination par le sang maternel.

Par contre, le fait de constater un profil allergénique comparable pour les IgG et les IgG4 plaide en faveur d’un transfert de cet isotype via la membrane placentaire.

Le rapport IgE spécifiques des trophallergènes du sang du cordon/IgE spécifiques des trophallergènes du sang maternel est de 86,4%, alors, que le même rapport pour les aéroallergènes est de 20,7% soit 4 fois moins.

Ces données vont dans le sens, assez logique, que la barrière placentaire laisse passer les protéines des trophallergènes plus aisément que celles des aéroallergènes.

Bien sûr, il restera à démontrer ce passage, nous sommes là en présence d’une preuve indirecte.

A l’inverse, il y a équilibre pour ce qui concerne des IgG spécifiques de l’ensemble des allergènes.

Il n’a pas été retrouvés d’IgG4 spécifiques des aéroallergènes tant dans le sang maternel que dans le sang du cordon.

Grâce à cette nouvelle puce de haute détection de type DLC, les auteurs montrent une différence des profils allergéniques entre la mère et l’enfant suggérant fortement une sensibilisation in utero.

Dans cette étude, les paires enfant/mère n’ont pas été sélectionnées en fonction d’un état allergique maternel, c’est du tout-venant.

Il serait intéressant de pratiquer un suivi de ces enfants sur plusieurs années pour déterminer leur évolution dans une marche allergique ou non.