Attention la meurtrière porte une veste jaune !

jeudi 6 décembre 2012 par Dr Alain Thillay1059 visites

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Attention la meurtrière porte une veste jaune !

Attention la meurtrière porte une veste jaune !

jeudi 6 décembre 2012, par Dr Alain Thillay

Diagnostic résolu par les composants allergéniques de l’allergie au venin de guêpe Vespula. : DG Ebo*, M. Faber, V. Sabato, J. Leysen, C. Bridts, LS De Clerck
DOI : 10.1111/cea.12057

dans
Clinical & Experimental Allergy

- Contexte :

  • L’allergie au venin de guêpe est potentiellement mortelle ce qui implique des conséquences graves en cas d’erreur diagnostique.

- Objectif :

  • Afin de déterminer si le diagnostic résolu par les composants allergéniques en utilisant les composants allergéniques recombinants non glycolysés de la guêpe Vespula peut ajouter au diagnostic de l’allergie au venin de guêpe.

- Méthodes :

  • Un total de 148 patients présentant une allergie à la guêpe Vespula ont été inclus, 91 ayant des tests sans équivoque, 26 ayant une double positivité les IgE spécifiques sériques aux deux venins, 21 avec des résultats divergents pour les IgE spécifiques et les tests cutanés, et, enfin 10 ayant leur diagnostic seulement confirmé par le test d’activation des basophiles (IgE spécifiques et tests cutanés négatifs).
  • Les IgE spécifiques des composants allergéniques recombinants spécifiques d’espèce, Ves v 1 et Ves v 5 de la guêpe Vespula, Api m 1 de l’abeille et de venin de guêpe complété par Ves v 5 ont été testés par ImmunoCAP.

- Résultats :

  • Globalement, l’utilisation combinée des IgE spécifiques rVes v 1 et v rVes 5 a permis un diagnostic correct chez 139 des 148 patients (94%) et rApi m 1 a été démonstratif chez un seul patient.
  • Le test classique venin de guêpe Vespula enrichi en rVes v 5 a permis de diagnostiquer correctement l’allergie à la guêpe chez les patients sensibilisés à Ves v 5, mais démontrant une négativité des IgE spécifiques du venin de guêpe.

- Conclusion :

  • Le diagnostic résolu par les composants allergéniques spécifiques de la guêpe, Ves v 1 et Ves v 5, est une méthode fiable pour diagnostiquer l’allergie à la guêpe Vespula et peut aider ainsi à résoudre les cas difficiles.
  • Cependant, comme le nombre de patients douteux après les tests conventionnels est petit, de plus grandes études collaboratives sont nécessaires pour tirer des conclusions plus définitives.
  • Si la supplémentation en rVes v 5 de l’ImmunoCAP classique guêpe Vespula constitue un atout dans la prise en charge diagnostique de l’allergie au venin de guêpe, cette démarche nécessite d’être confirmée.

Cette étude émise par une équipe de chercheurs belges (Antwerpen) remet en lumière la problématique du diagnostic positif de l’allergie au venin de la guêpe Vespula et son corollaire le diagnostic différentiel de l’allergie au venin d’abeille. Il est évident que l’erreur diagnostique peut avoir des conséquences catastrophiques pour le patient.

Encore une fois, dans le cadre de l’allergologie, le diagnostic passe avant tout par le recueil des éléments anamnestiques comme la profession, l’activité lors de la piqûre, la reconnaissance éventuelle de l’hyménoptère, la présence ou non du dard, mais aussi, l’évaluation de la gravité de la réaction dont le degré posera ou non l’indication de l’immunothérapie allergénique.

Ensuite, les tests cutanés s’imposent dans la démarche.

Toutefois, ces tests n’ont qu’une valeur qualitative et leur spécificité n’a pas été évaluée de façon précise.

Enfin, en pratique courante, vient le tour des tests sériques.

Pour le sujet qui nous concerne dans cet article, celui du diagnostic positif de l’allergie au venin de guêpe Vespula, il faut savoir que l’ImmunoCAP (i3), est un mélange de plusieurs type de Vespula, Vespula vulgaris, germanica et maculifrons.
L’ImmunoCAP (i3) manque de spécificité du fait des réactions croisées et de la présence de CCD.

D’où l’intérêt des molécules recombinantes de venins qui sont exemptes de ces fameux CCD ce qui limite grandement le risque de mauvaise spécificité (trop de faux positifs) et de réactions croisées sachant que la double positivité –être allergique au venin de guêpe Vespula et au venin d’Apis mellifera- est rare.

Les auteurs ont donc eu recours aux ImmunoCAP des molécules recombinantes rVes v 1 (phospholipase A1), rVes v 5 (Antigène 5) et rApi m1 (phospholipase A2) tous dénués de CCD.

Sans revenir en détail sur la méthodologie, nous retiendrons l’essentiel, sélection de 148 patients allergiques avérés au venin de guêpe Vespula dont la majorité ont un bilan en faveur de la guêpe, 26 une double positivité et 21 des tests divergents.

Tous ces patients ont fait l’objet d’un bilan complémentaire comprenant les ImmunoCAP rVes v 1, rVes v 5, rApi m1 et i3 enrichi en rVes v 5.

Le résultat est net en faveur du recours à ces recombinants.

Ainsi, le diagnostic positif à la guêpe Vespula est fait chez 139 des 148 patients, un seul était allergique à l’abeille tout en étant diagnostiqué comme allergique à la guêpe.

Pour i3 enrichi en rVes v 5, l’intérêt est là de diagnostiquer des patients réellement allergiques à la guêpe Vespula avec un i3 négatif.

Je trouve cette étude très démonstrative, bien sûr, comme les auteurs ont la modestie de le rappeler, il faudra confirmer avec des études larges, collaboratives donc multicentriques.

Il semble donc tentant de passer outre les i3, i1 et autre i75 et s’en tenir à la prescription des molécules recombinantes de venins sans CCD et plus spécifiques.