Mettez une pomme sous la langue, vous n’aurez plus la gorge qui gratte !

lundi 14 janvier 2013 par Dr Céline Palussière2455 visites

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Mettez une pomme sous la langue, vous n’aurez plus la gorge qui gratte !

Mettez une pomme sous la langue, vous n’aurez plus la gorge qui gratte !

lundi 14 janvier 2013, par Dr Céline Palussière

L’exposition orale à Mal d 1 affecte la réponse immunitaire des patients allergiques au pollen de bouleau. : Marija Geroldinger-Simic, Tamar Kinaciyan, Birgit Nagl, Ursula Baumgartner-Durchschlag, Hans Huber, Christof Ebner, Jonas Lidholm, Detlef Bartel, Stefan Vieths, Beatrice Jahn-Schmid, Barbara Bohle

dans The Journal of Allergy and Clinical Immunology - January 2013 (Vol. 131, Issue 1, Pages 94-102, DOI : 10.1016/j.jaci.2012.06.039)

- Contexte :

  • Les anticorps et les cellules T spécifiques de l’allergène majeur du pollen de bouleau Bet v 1 ont une réactivité croisée avec les allergènes alimentaires de structure semblable, comme Mal d 1 dans la pomme.

- Objectif :

  • Nous avons cherché à évaluer les effets de la prise orale de Mal d 1 sur la réponse immunitaire spécifique d’allergène chez des patients ayant une allergie au pollen de bouleau.

- Méthodes :

  • Les patients recevaient 50µg de rBet v 1 par voie sublinguale, sur deux jours consécutifs en dehors de la saison pollinique du bouleau.
  • Une année plus tard, les quantités identiques de rMal d 1 étaient administrées.
  • Des échantillons de sérum étaient collectés avant et après l’exposition orale, ainsi que avant et après la saison pollinique de bouleau intermédiaire.
  • Les taux d’IgE spécifiques étaient déterminés par technique ImmunoCAP.
  • La prolifération de lymphocytes sanguins périphériques stimulés par l’allergène était mesurée, ainsi que l’expression d’ IL-5, IL-13, IL-10, IFN-γ, et de la protéine Foxp3 ( forkhead box protein 3) dans des cellules T isolées (PCR en temps réel).
  • Les lignées de cellules T spécifiques d’allergène étaient analysées concernant leur reconnaissance des épitopes.

- Résultats :

  • L’administration orale de Bet v 1 a transitoirement réduit les taux sériques d’IgE spécifiques de Bet v 1, ainsi que la prolifération cellulaire de lymphocytes T induite par Bet v 1 et Mal d 1.
  • Elle a également augmenté l’expression d’IL-5, IL-10 et Foxp3.
  • L’application orale de Mal d 1 a significativement diminué les taux d’IgE spécifiques de Bet v 1 et Mal d et induit une expression d’IL-5 et IL-10, mais pas de Foxp3.
  • Contrairement à Bet v 1, Mal d 1 a entraîné une production d’IFN-gamma et de cellules T ayant un répertoire épitopique différent.
  • L’inhalation de pollen de bouleau a significativement augmenté les taux d’allergènes spécifiques, la prolifération de cellules T spécifiques et l’expression d’IL-5, IL-10, IL-13 et Foxp3.

- Conclusion :

  • Les deux administrations sublinguales de 50µg de Mal d 1 étaient bien tolérées et induisaient une réponse immunitaire transitoire, observée dans le développement d’une tolérance périphérique.
  • Le recombinant de Mal d 1 pourrait ainsi être approprié et pertinent pour un traitement sublingual de l’allergie à la pomme par réactivité croisée au pollen de bouleau.

Les allergies croisées entre le pollen de bouleau et de nombreux aliments végétaux compliquent la vie de nombreux patients allergiques, pour qui la consommation de ces aliments provoque tout au moins un syndrome oral.

L’effet de l’immunothérapie spécifique du bouleau est tout à fait inconstant sur ces symptômes alimentaires, alors même qu’une nette amélioration est observée au niveau respiratoire.

Le but de cette étude était d’évaluer l’efficacité d’une pseudo-immunothérapie sublinguale avec l’allergène de la pomme Mal d 1, homologue de l’allergène majeur du bouleau, Bet v 1.

Les auteurs de l’essai ont appliqué par voie sublinguale un extrait de l’allergène recombinant du bouleau rBet v 1 pendant deux jours seulement, et ont mesuré les taux d’IgE spécifiques, la prolifération lymphocytaire T spécifique, la production de médiateurs de l’allergie.

Ces résultats ont été comparés l’année suivante avec l’application de l’extrait de l’homologue de la pomme, Mal d 1 ; ainsi qu’avec les analyses réalisées à la fin de la période pollinique du bouleau.

Ces deux courtes immunothérapies ont permis d’observer une diminution de la réactivité à médiation humorale et cellulaire.

Le répertoire de cellules T activées par Mal d 1 était sensiblement différent de celui de Bet v 1. Mal d 1 était aussi capable d’activer l’expression d’IFN-gamma, qui régule la production des IgE spécifiques.

Les auteurs suggèrent donc que l’extrait de pomme, et notamment de l’allergène recombinant Mal d 1, pourrait être utilisé dans le traitement des allergies à la pomme reposant sur une allergie croisée au pollen de bouleau.

Ces conclusions semblent assez logiques lorsqu’on sait que l’homologie séquentielle entre Bet v 1 et Mal d 1 est relativement faible (55%). Elle est supérieure au niveau conformationnel, mais il existe de nombreux isoformes pour ce même allergène. On ne sait pas quel est l’isoforme qui a été utilisé dans cette étude.

La parenté entre Bet v 1 et Mal d 1 semble ainsi mieux fonctionner dans un sens que dans l’autre : leur proximité explique la réactivité croisée entre pollen de bouleau et pomme, mais leurs différences expliquent le manque d’efficacité de l’immunothérapie spécifique concernant les symptômes alimentaires.

Certes ces résultats demandent à être complétés, deux jours de désensibilisation, c’est un peu court. De même, rien n’est analysé en ce qui concerne les symptômes cliniques des patients. Si ceux-ci ne sentent pas d’amélioration, ils ne se satisferont probablement pas de savoir que leur taux d’INF-gamma a augmenté.

La question sera ensuite de savoir si l’effet bénéfique observé ne concerne que la pomme, et s’il faudra réaliser le même type de traitement pour la pêche, la cerise, la noisette...

Cette étude est toutefois très intéressante, en se penchant sur un réel problème quotidien de nombreux allergiques au bouleau et en leur donnant des perspectives de traitement.