A quand des filtres anti-pollens au dessus des berceaux et des poussettes des plus petits ?

jeudi 24 janvier 2013 par Dr Cécilia Nocent843 visites

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A quand des filtres anti-pollens au dessus des berceaux et des poussettes des plus petits ?

A quand des filtres anti-pollens au dessus des berceaux et des poussettes des plus petits ?

jeudi 24 janvier 2013, par Dr Cécilia Nocent

L’exposition permanente aux pollens pendant la petite enfance est associée à une augmentation du risque d’asthme et de rhume des foins plus tard dans l’enfance. : Bircan Erbas1, Adrian J Lowe2,3, Caroline J Lodge2, Melanie C Matheson2, Clifford S. Hosking4, David J Hill3, Don Vicendese1, Katrina J. Allen3, Michael J Abramson5, Shyamali C Dharmage2,*
DOI : 10.1111/cea.12071

dans Clinical & Experimental Allergy

- Contexte :

  • Beaucoup d’études se sont intéressées à l’exposition pollinique et à l’asthme des enfants.
  • Aucune n’a examiné les associations entre l’exposition persistante aux pollens dans la petite enfance et la sensibilisation aux aéro-allergènes et à l’asthme plus tard dans l’enfance.

- Objectifs :

  • Examiner l’association entre des niveaux élevés de pollens dans l’air ambiant entre 3 et 6 mois de vie et le risque d’eczéma, d’allergie alimentaire ou aux aéro-allergènes à 2 ans et le risque d’asthme et de rhume des foins vers 6-7 ans.

- Méthodes :

  • L’étude est basée sur une cohorte de 620 enfants ayant des antécédents familiaux d’allergie, nés entre 1990 et 1994.
  • Les auteurs ont examiné le risque d’eczéma ou de sensibilisation allergénique à l’âge de 2 ans (tests cutanés supérieurs à 3 mm pour au moins un allergène parmi le lait de vache, le blanc d’œuf, l’arachide, les acariens, les pollens d’ivraie ou les phanères de chat) et l’existence d’un asthme ou d’un rhume des foins à l’âge de 6-7 ans.
  • Le niveau de pollens ambiant était mesuré quotidiennement pendant cette période.

- Résultats :

  • L’exposition cumulée à des concentrations importantes de pollens pendant plus de 6 mois est associée avec une sensibilisation aux aéro-allergènes avec un risque maximal autour de 3 mois (OR : 1.34, 95%IC : 1.06-1.72).
  • L’exposition cumulée aux pollens plus de 3 mois est associée au rhume des foins (OR : 1.14, 95%IC : 1.009-1.29) et l’exposition cumulée entre 4 et 6 mois est associée à un asthme (OR : 1.35, 95%IC : 1.07-1.72).

- Conclusion :

  • L’exposition prolongée aux pollens dans les premiers mois de vie semble augmenter le risque d’asthme et de rhume des foins dans l’enfance.
  • Ces résultats étayent l’hypothèse qu’il existe des interventions dans le développement précoce des enfants qui modifient la réponse ultérieure aux allergènes.

Il s’agit d’une étude menée par des chercheurs australiens et publiée dans « Clinical et Experimental Allergy ».

Les auteurs se sont intéressés à la relation possible entre une exposition allergénique très importante dans les premiers mois de vie et le développement ultérieur d’une sensibilisation ou d’une maladie allergique.

Les auteurs se sont basés sur une cohorte d’enfants nés entre 1990 et 1994 dont les parents ont une histoire d’allergie. Ils ont regardé l’existence d’une atopie ou d’une maladie allergique (eczéma, asthme ou rhume des foins) à plusieurs âges (2 ans et 6-7 ans). Cette cohorte comprend « seulement » 620 enfants ce qui est un effectif plutôt bas pour de l’épidémiologie. Le niveau d’exposition allergénique n’avait pas été mesuré lors des naissances mais a été mesuré ultérieurement et une extrapolation a été réalisée.

Cette étude montre qu’il existe une relation entre exposition forte aux pollens et apparition plus tard d’une sensibilisation ou d’asthme ou de rhume des foins.

Les auteurs en concluent donc que la qualité du milieu de vie dans les premiers mois de vie semble modifier le risque d’apparition ultérieure de maladie. On peut donc penser que le système immunitaire évolue encore après la naissance et que la génétique seule ne suffit pas à expliquer l’existence ou non d’une atopie ou d’un asthme.

Cependant la théorie hygiéniste repose également sur l’existence d’interactions entre la qualité du milieu de vie (infections…) et l’existence de maladies allergiques. Se pose ensuite la question de la durée de la période pendant laquelle le milieu modifie le terrain allergique ultérieur.

De plus il peut exister beaucoup de facteurs confondants comme les infections, les autres polluants (exposition au tabagisme passif…), la présence d’animaux au domicile (rôle des endotoxines…).

A la lecture de cet article, on imagine des dérives « marketing » possibles avec la fabrication de filtres pour protéger les nouveau-nés des « pollens toxiques » alors que le reste de l’environnement de l’enfant ne sera pas forcément sain.