Œsophagite à éosinophiles : une nouvelle pathologie allergique ?

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Œsophagite à éosinophiles : une nouvelle pathologie allergique ?

Œsophagite à éosinophiles : une nouvelle pathologie allergique ?

vendredi 24 mai 2013, par Dr Alain Thillay

Le traitement par anti-IL-5 réduit le nombre des mastocytes et des cellules IL-9+ chez des enfants atteints d’œsophagite à éosinophiles. : Iris M. Otani, Arjun A. Anilkumar, Robert O. Newbury, Monica Bhagat, Lisa Y. Beppu, Ranjan Dohil, David H. Broide, Seema S. Aceves

dans The Journal of Allergy and Clinical Immunology - 29 April 2013 (10.1016/j.jaci.2013.02.042)

- Contexte :

  • L’œsophagite à éosinophiles est une entité clinico-pathologique de prévalence croissante dans le monde entier.
  • L’IL-5 est essentiel pour la migration des éosinophiles et le traitement par l’anti-IL-5 diminue l’éosinophilie de l’œsophage.
  • L’œsophagite à éosinophiles est associée à une infiltration importante de mastocytes.

- Objectif :

  • Nous avons cherché à savoir si le traitement par des anticorps anti-IL-5 (mepolizumab) réduit l’accumulation de mastocytes au niveau de biopsies de l’œsophage d’enfants atteints d’œsophagite à éosinophiles à partir d’une étude randomisée antérieure concernant l’anti-IL-5.

- Méthodes :

  • Une sous-analyse a été réalisée pour les enfants traités avec 0,55, 2,5 ou 10 mg / kg mepolizumab mensuellement pendant 12 semaines, suivie d’aucun traitement jusqu’à la semaine 24.
  • L’immunochimie quantitative a été utilisée pour évaluer le nombre d’éosinophiles, les mastocytes tryptase positifs, les cellules IL-9+ et le couple mastocytes/éosinophiles avant et après traitement.

- Résultats :

  • Quarante-trois biopsies comportaient les tissus adéquats pour l’analyse couplée.
  • Quarante pour cent des sujets ont répondu à l’anti-IL-5 (défini comme une présence inférieure de 15 éosinophiles par champ à fort grossissement après la thérapie par mepolizumab) et 77% de tous les sujets avaient une diminution du nombre de mastocytes après anti-IL-5.
  • Chez les patients répondeurs le nombre de mastocytes épithéliaux passait de 62 à 19 par champ (P <0,001) et était significativement plus faible que chez les non-répondeurs après traitement (P <0,05), et en corrélation avec le nombre d’éosinophiles (r = 0,75, p <0,0001).
  • Les mastocytes et les éosinophiles ont été trouvés en paires avant le traitement, et celles-ci ont été significativement diminuées uniquement chez les répondeurs après anti-IL-5 (p <0,001).
  • Les éosinophiles œsophagiens comprenaient la majorité des cellules qui produisent le facteur de croissance des mastocytes de l’IL-9.
  • Le nombre de cellules IL-9 + diminuait de 102 à 71 par champ (P <0,001) après anti-IL-5.

- Conclusions :

  • Les enfants atteints d’œsophagite à éosinophiles avaient beaucoup moins de mastocytes, de cellules IL-9 + et de paires mastocytes-éosinophiles dans l’épithélium de l’œsophage après traitement par anti-IL-5.
  • Du fait que les éosinophiles sont une source d’IL-9, ils pourraient favoriser la mastocytose œsophagienne.

Les allergologues sont sollicités de plus en plus souvent par leurs confrères gastro-entérologues pour pratiquer le bilan d’œsophagites à éosinophiles. Rien d’étonnant dans ce constat puisque cette entité a vu sa prévalence augmenter ces dernières décennies.

Les auteurs sont partagés pour expliquer ce phénomène, pour certains, cette pathologie suit l’augmentation de la prévalence des maladies allergiques, et, pour d’autres, cela s’explique par une meilleure reconnaissance par les praticiens.
Il est facile d’imaginer que ces deux facteurs agissent simultanément.

Toutefois, nous retiendrons que les études épidémiologiques montrent une prévalence augmentée des maladies allergiques chez les patients atteints d’œsophagites à éosinophiles.

La symptomatologie chez l’adulte est classique : dysphagie, symptômes de reflux gastro-œsophagien d’autant plus si les IPP paraissent inefficaces.

Bien sûr, chez l’enfant le tableau peut être moins net et moins spécifique comme un refus alimentaire.

Outre les explorations purement digestives, le bilan allergologique est obligatoire.
Il faudra rechercher toutes autres expressions de l’allergie IgE-dépendante comme celles liées aux aéroallergènes conjonctivite, rhinite, asthme ou liées aux trophallergènes, allergie alimentaire, dermatite atopique.

Après cette anamnèse poussée, il faut pratiquer des tests cutanés concernant les aéroallergènes et les trophallergènes, en leur état natif, pour ces derniers d’un meilleur rendement diagnostique.

Il est particulièrement important d’être vigilant sur les réactivités vis-à-vis des pollens.
En effet, certains patients souffrant d’une œsophagite à éosinophiles et présentant une IgE-réactivité à l’encontre de pollens, voient leur symptomatologie digestive s’améliorer l’hiver avec diminution significative voire disparition de l’infiltration éosinophilique de la muqueuse œsophagienne.

La mesure des IgE spécifiques sériques viendra compléter le bilan.

Normalement, l’œsophage est la seule partie du tractus digestif exempt d’éosinophiles.

Dans l’œsophagite à éosinophiles, il est constaté l’apparition, l’activation et la dégranulation des éosinophiles.

Les cytokines inflammatoires y jouent un rôle.
L’IL-5 favorise la différenciation, l’activation et la migration des éosinophiles.
L’IL-9 est produite par les cellules T helper CD4+, elle active, aide à la prolifération et prévient l’apoptose des mastocytes.

Il était assez logique que dans cette étude, les auteurs américains (San Diego) s’intéressent particulièrement à l’IL-5 et aux cellules IL-9+.

Le mepolizumab, anticorps monoclonal anti-IL-5 est utilisé dans l’asthme réfractaire à éosinophiles ; l’étude DREAM montre une diminution de 50% des exacerbations sévères, des visites aux urgences et des hospitalisations chez les patients traités par rapport au groupe placebo (621 asthmatiques sévères issus de 81 centres dans 13 pays différents).

Sans revenir en détails sur l’étude, le résumé est suffisamment clair, il faut se souvenir que des enfants atteints d’œsophagite à éosinophiles ont été sélectionnés.
Ils ont reçu chaque mois de mepolizumab durant 3 mois, puis aucun traitement durant à nouveau 3 mois.

Les chercheurs ont pu ainsi étudier 43 biopsies œsophagiennes.

Clairement, les patients qui répondent bien au mepolizumab ont des biopsies qui sont le siège d’une diminution des mastocytes, des cellules IL-9+ et des couples mastocyte/éosinophile.

Les auteurs de conclure que les éosinophiles sont une source d’IL-9 susceptibles d’activer les mastocytes au sein de la muqueuse œsophagienne.

Tout cela est très intéressant mais il restera à savoir pourquoi le tissu œsophagien naturellement exempt d’éosinophiles se voit coloniser par ces cellules à fort potentiel inflammatoire.

Peut-on imaginer qu’un certain degré de reflux gastro-œsophagien favorise un état inflammatoire propice à l’IgE-réactivité spécifique des trophallergènes ?

D’autres études seront utiles pour définir les différents phénotypes de cette nouvelle pathologie digestive.