Du bon gras durant la grossesse, intérêt pour le bébé allergique ?

vendredi 4 octobre 2013 par Dr Alain Thillay422 visites

Accueil du site > Maladies > Atopie > Du bon gras durant la grossesse, intérêt pour le bébé allergique (...)

Du bon gras durant la grossesse, intérêt pour le bébé allergique ?

Du bon gras durant la grossesse, intérêt pour le bébé allergique ?

vendredi 4 octobre 2013, par Dr Alain Thillay

Etude contrôlée et randomisée concernant la supplémentation en huile de poisson durant la grossesse sur les allergies infantiles. : D. J. Palmer1,2, T. Sullivan3, M. S. Gold4, S. L. Prescott2, R. Heddle5,6, R. A. Gibson7, M. Makrides1,4,*

dans Vol. 68 Issue 9
Allergy

- Contexte :

  • Les régimes riches en acides gras polyinsaturés à longue chaîne N-3 (AGPI-LC N-3) sont susceptibles de moduler le développement de la maladie allergique IgE-dépendante et ont été proposés comme une stratégie possible de prévention de l’allergie.

- Objectif :

  • Le but de cette étude était de déterminer si la supplémentation en AGPI-LC N-3 de femmes enceintes réduisait les maladies allergiques IgE-dépendantes chez leurs enfants.

- Méthodes :

  • Des enfants (n = 706) à risque héréditaire de maladie allergique ont été suivis dans le cadre d’une étude contrôlée, randomisée, « Optimiser les apports en acide docosahexaénoïque de la mère et de l’enfant ».
  • Le groupe d’intervention (n = 368) a été réparti au hasard pour recevoir des capsules d’huile de poisson (fournissant 900 mg d’AGPI-LC N-3 par jour) à partir de 21 semaines de gestation jusqu’à la naissance, les sujets du groupe contrôle (n = 338) ont reçu des capsules d’huiles végétales adaptées sans AGPI-LC N-3.
  • Le diagnostic des maladies allergiques a été fait lors des examens médicaux à 1 et 3 ans.

- Résultats :

  • Aucune différence n’a été observée dans le pourcentage global des enfants atteints de maladies allergiques IgE-dépendante dans les 3 premières années de la vie entre le groupe AGPI-LC N-3 et le groupe témoin (64/368 (17,3%) vs 76/338 (22,6%) ; risque relatif ajusté 0,78, IC 95% 0,58 à 1,06 ; P = 0,11).
  • L’eczéma est la maladie allergique la plus courante ; 13,8% des enfants du groupe AGPI-LC N-3 avait de l’eczéma avec sensibilisation par rapport à 19,0% dans le groupe témoin (risque relatif ajusté 0,75, IC 95% 0,53 à 1,05, P = 0,10).

- Conclusions :

  • Globalement, la supplémentation en AGPI-LC N-3 pendant la grossesse n’a pas réduit de façon significative la maladie allergique IgE-dépendante dans les 3 premières années de vie.
  • D’autres études devraient chercher à savoir si les réductions non significatives dans les allergies IgE-dépendantes sont d’une importance clinique et de santé publique.

Des études ont suggéré que l’apport en acides gras polyinsaturés à longue chaîne N-3 pourrait diminuer le risque de voir s’exprimer la maladie allergique IgE-dépendante. Cette équipe de chercheurs australiens a tenté de démontrer que l’optimisation de l’apport en AGPI-LC N-3 de la femme enceinte permettait de constater une diminution significative de l’incidence des manifestations d’allergie IgE-dépendante de la progéniture.

Lorsque l’on parle des acides gras polyinsaturés il est toujours intéressant de faire un petit rappel pour mieux comprendre les enjeux de ce type d’étude.

Les acides gras sont des molécules organiques comprenant une chaîne carbonée terminée par un groupe carboxylique.
Dépourvue de double liaison, cette chaîne est dite saturée (AGS).
Si la chaîne présente une ou plusieurs double liaisons, on la qualifie de mono-insaturée (AGMI) ou de polyinsaturée (AGPI).

Les AGPI des familles oméga 6 et oméga 3 sont essentiels car non synthétisables par l’organisme humain.

Pour ce qui concerne la famille des oméga 3, la première double liaison se situe à 3 carbones de l’extrémité méthyle et à 6 carbones pour les oméga 6.
Les sources alimentaires des oméga 3 et oméga 6 sont les huiles végétales, tournesol et maïs pour l’acide linoléique, oméga 6, et, colza, soja pour l’alpha-linolénique, oméga 3.

Dans l’alimentation courante les AGPI-LC de la famille des oméga 6 sont apportés par viandes, œufs et lait maternel.
Les poissons et autres animaux marins, le lait maternel et animaux terrestres apportent des quantités plus ou moins importantes d’AGPI-LC oméga 3.
Le métabolisme de ces deux familles d’AG participe à la synthèse des prostaglandines, des thromboxanes et des leucotriènes.

D’après l’étude SU.VI.MAX, les besoins de la population en acide linolénique sont largement couverts, alors que la population étudiée n’atteint pas l’apport nutritionnel conseillé (ANC) de l’acide alpha-linolénique.

Ainsi, les apports de ces AGPI oméga 3 semblent insuffisants.

Nombre d’études ont suggéré un intérêt des AGPI-LC dans la prévention des maladies cardiovasculaires, neurologiques, endocriniennes et même allergiques.

Dans cette étude, le but était d’améliorer l’ANC en oméga 3 de femmes enceintes dont les enfants présentaient un risque accru d’être atteints d’une manifestation de la maladie allergique IgE dépendante.

Un groupe de femmes enceintes a été supplémenté en oméga 3 durant la grossesse et un autre non.

D’après les résultats, le groupe supplémenté ne voit pas diminuer le risque de l’allergie IgE dépendante de la progéniture.

Il serait sans doute intéressant de pratiquer ce type d’étude sur une plus grande population en sériant des groupes en fonction du déficit d’apport en oméga 3.