Le risque asthmatique chez l’enfant est une vraie chimère chez la mère !

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Le risque asthmatique chez l’enfant est une vraie chimère chez la mère !

Le risque asthmatique chez l’enfant est une vraie chimère chez la mère !

mercredi 9 octobre 2013, par Dr Philippe Carré

Le microchimérisme maternel protège contre le développement de l’asthme. : Emma E. Thompson, Rachel A. Myers, Gaixin Du, Tessa M. Aydelotte, Christopher J. Tisler, Debra A. Stern, Michael D. Evans, Penelope E. Graves, Daniel J. Jackson, Fernando D. Martinez, James E. Gern, Anne L. Wright, Robert F. Lemanske, Carole Ober

dans The Journal of Allergy and Clinical Immunology - July 2013 (Vol. 132, Issue 1, Pages 39-44.e4, DOI : 10.1016/j.jaci.2012.12.1575)

- Contexte :

  • L’asthme maternel et le sexe de l’enfant sont parmi les facteurs de risque les plus significatifs et reproductibles pour le développement de l’asthme
  • Bien que les mécanismes de ces effets soient inconnus, ils font intervenir probablement des mécanismes génétiques non classiques
  • Un des mécanismes pourrait associer le transfert et la persistance de cellules maternelles de la mère à ses enfants, un mécanisme général connu sous le terme de microchimérisme maternel (MCM)
  • Le MCM a été associé à beaucoup de maladies auto-immunes, mais n’a pas été étudié quant à son rôle dans l’asthme ou les maladies allergiques.

- Objectif :

  • Les auteurs ont émis l’hypothèse que certains des facteurs de risque d’asthme observés pourraient être liés à des fréquences différentes de transmission ou de persistance de cellules maternelles aux enfants ayant des mères asthmatiques, comparativement aux enfants de mères n’ayant pas d’asthme, ou aux garçons par rapport aux filles
  • Ils ont aussi émis l’hypothèse que les fréquences de MCM étaient différentes entre les enfants avec ou sans asthme.

- Méthodes :

  • Ces hypothèses ont été testées chez 317 sujets provenant de trois cohortes indépendantes, en utilisant une technique quantitative de PCR en temps réel pour détecter un allèle HLA non hérité chez l’enfant.

- Résultats :

  • Un MCM a été détecté chez 20.5% des sujets (de 16.8% à 27.1% dans les trois cohortes)
  • Des fréquences plus basses d’asthme ont été observées chez les sujets avec MCM que chez ceux n’ayant pas de MCM (OR 0.38 ; IC à 95%, 0.19-0.79 ; p=0.029)
  • Ni l’asthme maternel ni le sexe de l’enfant n’étaient un facteur prédictif significatif de MCM chez l’enfant (p=0.81 et 0.15, respectivement).

- Conclusion :

  • Ces résultats suggèrent pour la première fois que le MCM peut protéger contre le développement de l’asthme.

Les études épidémiologiques et de cohortes de naissance concernant l’asthme ont montré des effets liés au sexe sur le risque de développer la maladie ; ces effets sont mal expliqués par des mécanismes purement génétiques ou hormonaux, ce qui a fait suggérer que des mécanismes actuellement non identifiés pourraient jouer un rôle.

Les auteurs se sont intéressés au microchimérisme (MC), qui se définit par la persistance en faible quantité dans un organisme de cellules allogéniques ou d’ADN provenant d’un autre individu génétiquement différent ; il s’agit d’une forme d’hérédité différente de l’hérédité génétique.

Le MC maternel (qui est le sujet de ce travail) est la persistance de cellules maternelles chez les enfants, alors que le MC fœtal est la persistance de cellules fœtales chez la mère. Le rôle du MC maternel en tant que facteur bénéfique ou pathologique dans certaines pathologies est controversé (cancer, maladies auto-immunes…), et son rôle dans l’asthme ou l’allergie n’a pas été étudié.

Pour tester l’hypothèse que le MC pourrait être différent entre les enfants de mères asthmatiques ou non et/ou les enfants asthmatiques eux-mêmes ou non, les auteurs ont étudié 91 sujets asthmatiques et 226 sujets non asthmatiques, provenant de 3 cohortes différentes, en détectant le MCM par la présence d’un allèle HLA non hérité chez l’enfant.

Les résultats montrent que :

  • un MCM a été détecté chez 20.5% des sujets
  • les sujets avec MCM avaient une fréquence plus basse d’asthme
  • l’asthme maternel et le sexe de l’enfant n’étaient pas prédictifs de MCM chez l’enfant
  • ces résultats étaient mis en évidence dans les 3 cohortes.

Cette étude implique donc pour la première fois le MCM dans le risque asthmatique, suggérant que les cellules maternelles persistantes auraient un rôle protecteur contre l’asthme chez leurs enfants.

Alors que des études antérieures ont montré des variants dans beaucoup des mêmes gènes associés à la fois à l’asthme et aux maladies auto-immunes, leur effet est souvent opposé, l’allèle associé au risque de maladie auto-immune étant souvent protecteur pour l’asthme ou les maladies allergiques, et vice-versa ; combinés au résultat de cette étude, ces observations sont en accord avec un modèle de dysrégulation immunitaire opposée dans l’asthme et les maladies auto-immunes, dans lequel le MCM pourrait prédisposer les enfants à l’auto-immunité et les protéger contre l’asthme et les maladies allergiques.

Des études complémentaires sont nécessaires pour valider ces résultats et élucider les mécanismes qui moduleraient le risque pathologique différent du transfert et de la persistance de cellules maternelles aux enfants au cours de la grossesse. La protection contre le développement de l’asthme du MCM était un mécanisme antérieurement non exploré dans la physiopathologie de l’asthme.