Il faut parfois savoir bien s’« aRa h »er pour faire le bon diagnostic en allergologie !

mercredi 30 octobre 2013 par Dr Philippe Carré471 visites

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Il faut parfois savoir bien s’« aRa h »er  pour faire le bon diagnostic en allergologie !

Il faut parfois savoir bien s’« aRa h »er pour faire le bon diagnostic en allergologie !

mercredi 30 octobre 2013, par Dr Philippe Carré

Diagnostic moléculaire dans l’évaluation de l’allergie à l’arachide dans une région de faible prévalence. : Suratannon N, Ngamphaiboon J, Wongpiyabovorn J, Puripokai P, Chatchatee P. Component-resolved diagnostics for the evaluation of peanut allergy in a low-prevalence area.

dans Pediatr Allergy Immunol 2013 : 24 : 665–670.

- Contexte :

  • Les composants allergéniques majeurs de l’arachide, dans des régions géographiques distinctes, sont très différents
  • La plupart des études diagnostiques proviennent de pays à haute prévalence
  • Il y a eu seulement quelques études sur la sensibilisation aux composants allergéniques dans des pays à faible prévalence d’allergie à l’arachide.

- Objectif :

  • Etudier les rôles du diagnostic basé sur l’analyse moléculaire, pour différencier la tolérance et l’allergie à l’arachide dans la population asiatique, dans un pays à faible prévalence d’allergie à l’arachide.

- Méthodes :

  • Les sujets avec une sensibilisation à l’arachide ont été inclus
  • Les réactions cliniques ont été recherchées
  • Les prick-tests cutanés (PTC) et le dosage des IgE spécifiques (IgEs) à l’arachide et aux composants allergéniques ont été réalisés.

- Résultats :

  • 40 sujets avec une sensibilisation à l’arachide ont été inclus
  • La taille moyenne de l’œdème induit par les PTC et les IgEs à l’arachide n’étaient pas de bons éléments prédictifs pour différencier les réactions à l’arachide
  • Les IgEs à rAra h 2 étaient plus souvent retrouvées chez les sujets avec une allergie à l’arachide et une anaphylaxie
  • Les IgEs à rAra h 9 étaient aussi retrouvées de façon plus fréquente dans le groupe des sujets allergiques à l’arachide, mais sans relation à la sévérité des réactions
  • Dans le groupe des sujets tolérants à l’arachide, malgré des PTC et/ou des IgEs positifs à l’arachide, 90% avaient des IgEs négatives à rAra h 2 et rAra h 9
  • La combinaison de rAra h 2 et rAra h 9 résultait bien une performance accrue du test avec une sensibilité, une spécificité, une valeur prédictive positive et une valeur prédictive négative respectivement de 84%, 90%, 0.89, et 0.86
  • Le rapport de 0.6 entre les IgEs à rAra h 2 et les IgEs à l’arachide peut être utile pour prédire les patients qui développeront une réaction sévère
  • Les IgEs aux déterminants croisés carbohydrates (CCD) étaient retrouvées exclusivement dans le groupe tolérant à l’arachide (33.3% vs 0%, p=0.012).

- Conclusions :

  • Cette étude montre que 3 composants allergéniques : rAra h 2, rAra h 9 et CCD sont des composants importants dans le diagnostic de l’allergie à l’arachide dans un pays asiatique de faible prévalence
  • Le rapport des IgEs à rAra h 2 comparativement aux IgEs à l’arachide peut être utilisé pour prédire les patients qui développeront une anaphylaxie.

La prévalence de l’allergie à l’arachide est variable selon les zones géographiques ; dans une cohorte récente en Grande-Bretagne, elle était de 1.8% ; elle paraît beaucoup plus faible dans les pays asiatiques, sans que l’on sache pourquoi.

Pour le diagnostic de cette allergie, les résultats des PTC et des IgEs à l’arachide ont une faible valeur prédictive positive puisque beaucoup de sujets sensibilisés tolèrent l’arachide ; ceci est dû au fait que les tests courants utilisent les extraits allergéniques naturels qui contiennent à la fois des molécules allergéniques spécifiques et d’autres qui ont une réactivité croisée avec d’autres déterminants (PR-10, profilines, CCD, LTP).

Les nouvelles techniques d’allergologie moléculaire utilisent des allergènes sélectifs purs qui permettent de différencier une sensibilisation primaire d’une sensibilisation croisée ; Ara h 1, Ara h 2 et Ara h 3 sont les allergènes moléculaires majeurs de l’arachide.

Le but de cette étude thaïlandaise était d’étudier les différents types de sensibilisation à l’arachide chez 40 sujets, ainsi que de comparer le rôle des différents tests diagnostiques, de façon à différencier l’allergie vraie de la tolérance, dans un pays à faible prévalence allergique. Les résultats montrent que :

  • rAra h 2 a la prévalence la plus élevée chez les vrais allergiques à l’arachide
  • rAra h 9 a aussi une prévalence élevée, mais non liée à la sévérité clinique
  • Chez les tolérants à l’arachide, 90% étaient négatifs pour rAra h 2 et rAra h 9 (malgré des PTC et/ou des IgEs positifs à l’arachide)
  • La combinaison de rAra h 2 et rAra h 9 avait la plus grande valeur
  • Les CCD étaient retrouvés exclusivement chez les tolérants à l’arachide.

Il apparaît donc que les allergènes moléculaires sont un outil utile au diagnostic de l’allergie à l’arachide dans la population asiatique à faible prévalence d’allergie ; rAra h 2 est le plus important et reste un marqueur de la sévérité clinique ; s’il est négatif, rAra h 9 devrait être utilisé ; en cas de négativité des deux, la mesure des CCD peut aider à différencier les tolérants des allergiques.