Attention aux enfants : une allergie peut en cacher une autre.

vendredi 8 novembre 2013 par Dr Philippe Carré560 visites

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Attention aux enfants : une allergie peut en cacher une autre.

Attention aux enfants : une allergie peut en cacher une autre.

vendredi 8 novembre 2013, par Dr Philippe Carré

Analyse des comorbidités et de l’approche thérapeutique de la rhinite allergique dans une population pédiatrique espagnole. : Ibáñez MD, Valero AL, Montoro J, Jauregui I, Ferrer M, Dávila I, Bartra J, del Cuvillo A, Mullol J, Sastre J. Analysis of comorbidities and therapeutic approach for allergic rhinitis in a pediatric population in Spain.

dans Pediatr Allergy Immunol 2013 : 24 : 678–684.

- Contexte :

  • La rhinite allergique (RA) est la maladie chronique la plus fréquente chez l’enfant
  • L’objectif principal de cette étude était d’analyser les comorbidités et l’approche thérapeutique de la rhinite allergique dans une population pédiatrique espagnole.

- Méthodes :

  • 1275 enfants ont été recrutés dans 271 centres
  • la RA était intermittente dans 59.5% des cas, persistante dans 40.5%, saisonnière dans 60.7% et perannuelle dans 39.3%
  • Les comorbidités les plus fréquentes étaient la conjonctivite (53.6%), l’asthme (49.5%), la dermatite atopique (40%), la rhinosinusite (26.1%), l’otite moyenne (23.8%) et l’hypertrophie amygdalienne (17.3%)
  • Globalement, les patients avec une RA persistante, modérée ou sévère, étaient plus sujet à présenter des comorbidités, excepté pour l’allergie alimentaire et l’urticaire
  • Les médicaments les plus utilisés pour le traitement de la RA étaient les antihistaminiques oraux (76%), les corticoïdes nasaux (49%), et une combinaison des deux (45%)
  • Les antihistaminiques et les corticoïdes nasaux étaient utilisés à la demande (<18j) chez 38 et 41% des patients respectivement ; pour 18 à 30 jours chez 22 et 27% ; pour 1 à 3 mois chez 31 et 29% ; et pour plus de 3 mois chez 8 et 3 %, respectivement
  • Les collyres étaient utilisés chez 32% et l’immunothérapie spécifique chez 21% des patients.

- Conclusions :

  • Les comorbidités sont fréquentes chez les enfants ayant une RA, ce qui conforte la notion de l’allergie en tant que maladie systémique
  • La sévérité et la durée de la RA étaient associées de façon significative à la présence de la plupart des comorbidités
  • Les médicaments les plus utilisés pour le traitement de la RA étaient les antihistaminiques oraux, suivis par les corticoïdes nasaux, et une combinaison des deux en utilisation à la demande.

Dans cette étude de population descriptive espagnole, les auteurs ont recherché les comorbidités chez 1275 enfants d’âge moyen de 9 ans (6-12 ans) ayant une RA ; celle-ci a été classée selon les recommandations ARIA : la forme intermittente modérée était la plus fréquente (35%), suivie par la forme persistante modérée (24%) ; l’allergie principale était pollinique, suivie par les acariens et les phanères d’animaux.

La plupart des patients (76.5%) avaient des comorbidités ; globalement, ce sont les patients ayant une RA persistante, qu’elle soit modérée ou sévère, qui en avaient le plus : la sévérité et la durée sont donc les éléments déterminants.

La sévérité des symptômes oculaires était associée de façon significative à la sévérité de la RA ; la fréquence de l’asthme et de la dermatite atopique était associée significativement à la sévérité de la RA.

Les autres comorbidités les plus fréquentes étaient liées aux voies aériennes supérieures (rhinosinusite, otite moyenne…), ce qui confirme l’hypothèse que l’inflammation des structures contigües à la muqueuse nasale est habituelle.

Toutes ces données supportent la notion que l’allergie est une maladie systémique et nécessite une approche diagnostique et thérapeutique globale.

Les médicaments utilisés pour le traitement de la RA étaient dans un registre classique :

  • les corticoïdes nasaux étant plus utilisés dans la RA perannuelle
  • mais 45% des patients recevaient à la fois des corticoïdes locaux et des antiH1 par voie générale, ce qui contraste avec le peu d’évidence pour un bénéfice supplémentaire des antiH1 par rapport aux corticoïdes
  • bien qu’indiqués dans les recommandations, les antiH1 nasaux et les anti-leucotriènes (antiLT) étaient peu utilisés dans la RA ; y compris pour ce qui est des antiLT chez les sujets étant aussi asthmatiques.

Quant à l’immunothérapie spécifique, elle est prescrite chez seulement 21% des sujets, sous forme sublinguale dans 30.5% des cas et sous-cutanée dans 69.5% (ce qui est en accord avec les pratiques allergologiques en Espagne).

En conclusion, les comorbidités sont fréquentes dans la RA de l’enfant, ce qui conforte la notion de l’allergie en tant que maladie systémique et devrait orienter la prise en charge thérapeutique vers une approche plus globale.