Quand le lapin pleure, son maître éternue. C’est n’est pas une fable !

vendredi 21 mars 2014 par Dr Céline Palussière1226 visites

Accueil du site > Allergènes > Aériens > Animaux > Quand le lapin pleure, son maître éternue. C’est n’est pas une fable (...)

Quand le lapin pleure, son maître éternue. C’est n’est pas une fable !

Quand le lapin pleure, son maître éternue. C’est n’est pas une fable !

vendredi 21 mars 2014, par Dr Céline Palussière

Identification et isolation d’une molécule Fel d 1-like en tant qu’allergène majeur du lapin. : Christiane Hilger, Stéphanie Kler, Karthik Arumugam, Dominique Revets, Claude P. Muller, Catherine Charpentier, Christiane Lehners, Martine Morisset, François Hentges

dans The Journal of Allergy and Clinical Immunology - March 2014 (Vol. 133, Issue 3, Pages 759-766, DOI : 10.1016/j.jaci.2013.04.034)

- Contexte} :

  • Les lapins sont de plus en plus gardés comme animaux domestiques.
  • Plusieurs allergènes de lapin ont déjà été caractérisés.
  • Leurs séquences restent toutefois incomplètement connues, et aucune de ces molécules n’est disponible pour le diagnostic.

- Objectifs :

  • Nous avons cherché à isoler les allergènes majeurs du lapin Oryctolagus cuniculus et à analyser leur importance chez les patients sensibilisés.

- Méthodes :

  • Les protéines ont été extraites à partir de phanères de lapin, et les protéines IgE réactives ont été purifiées par chromatographie séquentielle.
  • Les allergènes ont été caractérisés au moyen d’un séquençage de la portion N-terminale et par spectrométrie de masse.
  • L’IgE-réactivité d’un nouvel allergène a été analysée dans les sera de 35 patients sensibilisés aux lapins dans la sphère domestique.
  • Un modèle de structure cristal des protéines isolées a été élaboré.

- Résultats :

  • Un nouvel allergène IgE-réactif, Ory c 3, a été identifié comme une lipophiline du lapin.
  • Cette molécule, qui appartient à la famille des sécrétoglobulines, est un hétérodimère de 18 à 19 kDa, composé de 2 chaines polypeptidiques, CL2 et AL.
  • CL2 possède un site de glycolysation prédite sur la portion N, confirmée par la spectrométrie de masse.
  • Sur les 35 patients souffrant d’allergie au lapin étudiés, 27 (77%) possédaient des IgE pour les deux hétérodimères de Ory c 3, glycosylé et déglycosylé.
  • L’allergénicité de Ory c 3 était confirmée grâce à des prick-tests cutanés et grâce à des tests d’activation des basophiles.
  • La modélisation de la structure a révélé une homologie marquée avec Fel d 1, l’allergène majeur du chat.
  • Aucune réactivité croisée n’a toutefois été détectée entre Fel d 1 et Ory c 3.

- Conclusion :

  • La lipophiline hétérodimère AL-CL2 de lapin a été identifiée comme un allergène majeur de lapin.
  • Après Fel d 1, Ory c 3 est la seconde sécrétoglobuline de mammifère dont on a prouvé qu’elle en était l’allergène majeur.

Le lapin peut être source d’allergie par l’exposition en milieu professionnel ou domestique. Les auteurs de l’étude ont cherché à identifier les molécules IgE réactives des phanères de lapin, et à en dégager un allergène majeur.

Ils ont donc analysé les sera de 35 patients allergiques au lapin, exposés en milieu domestique, et souffrant de symptômes cutanés ou respiratoires.

Ory c 3 est le nouvel allergène identifié par les chercheurs, de structure tridimensionnelle proche de Fel d 1 du chat. Il s’agit d’une protéine glycosylée, dimérique, de la famille des sécrétoglobulines, dont la conformation repose sur des ponts disulfures.

La séquence de la portion N-terminale et la structure en cristallographie ont été établies. Il est intéressant de souligner que les auteurs ont contrôlé la pertinence clinique de cet allergène chez 5 patients, avec des tests in vivo par prick-tests.
Il ne s’agit donc pas uniquement d’une IgE-réactivité.

Ces travaux sont donc très importants pour comprendre et donc mieux prendre en charge l’allergie au lapin. Les patients allergiques aux phanères ont le plus souvent une sensibilisation à des protéines cross-réactives des mammifères, comme les lipocalines et les albumines sériques. Ils peuvent donc présenter également une réactivité vis à vis de cette famille moléculaire, dont seul Fel d 1 était connu comme allergène majeur.

Les sécrétoglobulines sont de petites protéines multimériques sécrétées dans divers tissus des mammifères. L’expression de certaines sous-unités varie selon le sexe de l’animal. Les deux sous-unités identifiées dans l’article sont retrouvées dans les glandes lacrymales et les larmes du lapin. Ory c 3 a été identifié dans la poussière de maison de 6 sujets testés, ce qui renforce la pertinence clinique de la molécule.

Malgré la conformation de l’allergène proche de celle de Fel d 1 du chat, les auteurs n’ont pas retrouvé de réactivité croisée entre les deux allergènes. La réactivité pour cet allergène pourrait donc signer une sensibilisation primaire au lapin et non une réactivité croisée avec le chat.