Le rhinitique risque de claudiquer !

mercredi 9 avril 2014 par Dr Alain Thillay919 visites

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Le rhinitique risque de claudiquer !

Le rhinitique risque de claudiquer !

mercredi 9 avril 2014, par Dr Alain Thillay

La rhinite chez l’adulte est associée à un plus grand risque de claudication intermittente. : Ferrari M, Pesce G, Marcon A, Vallerio P, Fratta Pasini AM, de Marco R. Rhinitis is associated with a greater risk of intermittent claudication in adults.

dans Allergy 2014 ; 69 : 472–478.

- Contexte :

  • Les troubles inflammatoires des voies respiratoires chroniques ont été signalés comme pouvant être associés à des maladies cardiovasculaires et du système nerveux central, mais l’association avec la maladie artérielle périphérique (MAP), une maladie vasculaire à haute prévalence, n’a pas été étudiée.

- Objectif :

  • Evaluer l’association de l’asthme et de la rhinite avec la claudication intermittente, symptôme typique de la MAP.

- Méthodes :

  • Les données ont été recueillies à partir de l’étude « interaction gène – environnement » et maladies respiratoires, une étude de population cas multiples-témoins.
  • Les participants ont subi un entretien standardisé, des tests cutanés et des tests de la fonction respiratoire.
  • Les associations entre les maladies respiratoires et la claudication intermittente
    (douleur de la jambe lors de la marche qui disparaît en 10 minutes après arrêt) ont été estimées par les rapports de risque relatif (RRR) sur des modèles de régression logistique multinomiale.

- Résultats :

  • 1174 sujets (âgés de 20-64 ans, dont 52 % étaient des femmes) ont subi des examens cliniques et ont été classés en quatre groupes :
    • asthme seulement (n=81),
    • rhinite et asthme (n=292),
    • rhinite seule (n=299)
    • et les témoins (n=345).
  • La prévalence de la claudication intermittente dans ces groupes était de, respectivement, 2,5 %, 3,4 %, 6,4 % et 2,3%.
  • Après ajustement pour le tabagisme et un large éventail de facteurs de risque vasculaire potentiel, la rhinite sans asthme étaient associée à la claudication intermittente (RRR : 4,63, IC à 95% : 1,72-12 0,5), alors qu’aucune association significative n’a été observée avec l’asthme seul (RRR : 1,45, IC à 95% : 0,27-7 0,76) ou de rhinite et d’asthme (RRR : 2,89, IC à 95% : 0,91-9 ,18).
    -* L’atopie ne modifie pas l’association observée entre la claudication intermittente et la rhinite.

- Conclusions :

  • Nos résultats suggèrent que la rhinite est associée à la maladie artérielle périphérique, facteur prédictif d’événements cérébrovasculaires et cardiovasculaires futurs, indépendamment de la présence d’atopie.

Peu de travaux concernent la relation entre rhinite et maladies cardiovasculaires. Quelques études suggèrent que la rhinosinusite peut être associée à l’ischémie myocardique voire à l’infarctus du myocarde. Cette étude italienne tente d’établir un rapport entre rhinite et artérite des membres inférieurs.

Les auteurs ont repris les données d’une étude concernant la relation entre génétique et environnement.

Quatre groupes ont été ainsi déterminés, asthme isolé, rhinite isolée, rhinite et asthme et les cas témoins.

Bien sûr, l’étude statistique des résultats a pris en compte les facteurs de confusion comme le tabagisme et les facteurs de risque cardiovasculaire, elle montre que seul le groupe rhinite isolée a un rapport significatif avec la claudication intermittente.

En outre, la présence d’une atopie (tests cutanés positifs, antécédents) ne joue pas de rôle dans l’association, tous les types de rhinite sont donc concernés.

Les auteurs avancent l’idée que l’existence d’une rhinite chronique peut être considérée comme un facteur de risque de la maladie artérielle périphérique.

Il restera, outre le fait de confirmer les résultats de cette étude, de découvrir quels sont les liens physiopathologiques entre rhinite et cette maladie artérielle périphérique.

Hansson GK en 2005 mettait en évidence un faisceau de preuves allant dans la sens de la rhinite produisant une inflammation systémique dépendante des cytokines et des peptides vasomoteurs, ces facteurs étant susceptibles d’être libérer dans le courant circulatoire et ainsi promouvoir l’artériosclérose.

D’autres travaux, Poeckle D, Wang J, Matheson EM, rapportent la notion d’association significative entre rhinite allergique et maladies cardiovasculaires et suggèrent que les IgE et les leucotriènes y auraient un rôle crucial.

Le fait que dans cette étude, tous les types de rhinite sont impliqués, l’atopie ne jouant pas un rôle significatif, il faut chercher un mécanisme inflammatoire non IgE dépendant.

Les auteurs de la présente étude ont constaté que les patients atteints de rhinite seule ou de rhinite et asthme présentent les plus forts taux d’éosinophiles sanguins, et, que les patients atteints de claudication intermittente ont des taux d’éosinophiles
supérieurs à ceux non atteints à la fois chez les rhinitiques et les témoins.

Ces constatations sont en faveur du rôle des éosinophiles dans l’artériosclérose.

En outre, les auteurs, analysant les résultats de l’étude de Rosenfeld ME de 2011, attirent l’attention sur le rôle des infections virales et bactériennes qui peuvent contribuer à l’artériosclérose par la mise en œuvre de facteurs inflammatoires comme les cytokines.

De plus, l’association rhinite et artériosclérose pourrait être due à une susceptibilité à la fois aux deux pathologies.

D’ailleurs des études, Hirshoren N, Danesh J et Torzewski M, ont montré que les patients atteints de rhinosinusites avaient des niveaux de C-reactive protein (CRP) plus élevés que les contrôles et dépendant de la sévérité symptomatologique.
Une CRP élevée est prédictive de l’apparition d’évènements cardiovasculaires associés avec une augmentation de la mortalité chez les patients atteints de maladie artérielle périphérique.

Toutefois, il est possible de raisonner en réciprocité pour dire que l’inflammation de l’artériosclérose peut faciliter les infections d’une manière générale et au niveau ORL en particulier.
De plus, les médicaments utilisés pour traiter les maladies cardiovasculaires (et surtout l’HTA) comme les IEC, les bêtabloquants et la Prazosine peuvent provoquer de la rhinite chronique.

Cependant, dans la présente étude, l’association rhinite/MAP n’est pas modifiée après contrôle pour l’HTA et les traitements antihypertenseur.
Les auteurs expliquent mal pourquoi il n’y a pas d’association entre asthme et MAP, sachant que l’asthme est une grande maladie inflammatoire.
Ils suggèrent que certaines médications de l’asthme comme les anti-leucotriènes et les corticoïdes inhalés pourraient avoir un rôle protecteur vis-à-vis des maladies cardiovasculaires.

Il est sûr aussi que la maladie asthmatique recouvre de nombreux phénotypes et que dans cette étude le distinguo entre eux n’a pu être établi.
L’étude tend à montrer que les patients atteints de rhino-asthme n’ont pas d’augmentation statistiquement significative du risque de claudication intermittente comparativement au groupe témoin.
Pourtant, le risque relatif pour les patients atteints de rhino-asthme est plus important que le groupe asthme seul, tout en étant non significatif.
C’est là une autre limite de cette étude qui ne comporte sans doute pas suffisamment de sujets, il est donc nécessaire de vérifier cela dans des études de grande ampleur.

A noter aussi, pour poursuivre avec les biais, que la maladie artérielle périphérique a été évaluée cliniquement, pas d’élément paraclinique.
Il est vrai qu’ici le risque est de sous-estimer la maladie artérielle plus que de la surestimer.

Si ces constats devaient être confirmés dans le cadre de grandes études longitudinales, il faudrait bien admettre que la rhinite, qui touche environ 20% de la population européenne, représente une charge importante pour la santé publique.
Un argument de plus pour s’occuper correctement des patients rhinitiques.