Les atopiques ont-ils intérêt à être pro-européens ?

mardi 27 mai 2014 par Dr Philippe Carré208 visites

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Les atopiques ont-ils intérêt à être pro-européens ?

Les atopiques ont-ils intérêt à être pro-européens ?

mardi 27 mai 2014, par Dr Philippe Carré

Atopie et maladies respiratoires allergiques dans les zones rurales de la Pologne avant et après accession à l’Union Européenne. : Barbara Sozańska, Mateusz Błaszczyk, Neil Pearce, Paul Cullinan

dans The Journal of Allergy and Clinical Immunology - May 2014 (Vol. 133, Issue 5, Pages 1347-1353, DOI : 10.1016/j.jaci.2013.10.035)

- Contexte :

  • En 2003, les auteurs ont rapporté une différence frappante dans la prévalence de l’atopie entre les populations des villages et des petites villes dans le Sud-Ouest de la Pologne
  • Neuf ans plus tard, ils ont entrepris une seconde étude de surveillance de cette prévalence.

- Objectif :

  • Etudier si les modifications rapides dans les pratiques des fermes, induites par l’accession en 2004 dans l’Union Européenne, s’étaient accompagnées d’un accroissement de l’atopie, de l’asthme et de la pollinose dans ces villages.

- Méthodes :

  • En 2012, ils ont surveillé 1730 habitants âgés de plus de 5 ans (taux de réponse, 85%) ; 560 villageois et 348 habitants des villes avaient pris part à l’enquête précédente
  • Les participants ont complété un questionnaire sur les expositions liées à la ferme et les symptômes d’asthme et de pollinose
  • L’atopie était évaluée par la réalisation de prick tests cutanés.

- Résultats :

  • En 2012, beaucoup moins de villageois étaient en contact avec des vaches (4% vs 24.3% en 2003), des porcs (14% vs 33.5%), des vaches laitières (2.7% vs 12.7%), ou buvaient du lait non pasteurisé (9% vs 35%)
  • Parmi les villageois, il y avait une augmentation significative à tous les âges de la prévalence de l’atopie entre 2003 et 2012 à la fois dans la population totale (7.3% vs 19.6%, p<0.0001) et chez ceux qui ont pris part aux deux études de surveillance (7.9% vs 17.8%, p<0.0001)
  • Parmi les habitants des villes, la prévalence de l’atopie ne changeait pas de façon substantielle (20% vs 19.9% et 21.7% vs 18.5%, respectivement)
  • La pollinose augmentait deux fois plus dans les villages (3 vs 7.7%) mais pas dans les villes (7.1% vs 7.2%) ; il y avait peu ou pas de changement dans la prévalence de l’asthme dans les villages (5 vs 4.3%) ou dans les villes (4.3% vs 5%).

- Conclusions :

  • Les auteurs rapportent une augmentation substantielle de l’atopie à tous les âges et dans une période de temps particulièrement courte, dans une population polonaise dont les expositions liées aux fermes étaient considérablement réduites après l’accession de leur pays à l’Union Européenne.

Cette étude très intéressante, réalisée en 2012 en Pologne auprès de 1730 habitants qui résidaient soit à la campagne soit en ville, et dont la moitié environ avaient participé à une première enquête réalisée en 2003, confirme qu’il y a eu sur une période de 9 ans une augmentation importante de la prévalence de l’atopie dans les villages de Silésie, alors que la prévalence est restée identique chez les habitants des villes. Cette augmentation se retrouve dans toutes les tranches d’âge.

D’un autre côté, il y avait peu de changement dans la prévalence de l’asthme entre les deux populations, mais des symptômes de pollinose deux fois plus importants chez les villageois.

L’analyse de ces données suggère, avec des arguments importants, que les expositions liées à l’environnement des fermes protègent contre l’atopie et les maladies qui y sont associées ; les auteurs affirment que les changements survenus dans les villages entre 2003 et 2012 se sont accompagnés d’une réduction des expositions environnementales des fermes qui assuraient un effet protecteur jusque 2003.

Entre 2003 et 2012, la mise en place de la Politique Agricole Commune s’est accompagnée d’une modification importante des pratiques dans les fermes des villages polonais, en particulier pour les troupeaux auxquels les habitants des fermes ont été beaucoup moins exposés ; dans l’analyse de régression, le facteur protecteur le plus fort vis-à-vis de l’atopie était le fait de garder et donc d’être exposé aux vaches, et cette exposition a diminué de 24% en 2003 à 4% en 2012. La forme de cette étude ne permet pas d’éliminer d’éventuels autres facteurs dans le style de vie des habitants des villages qui pourraient s’accompagner d’une progression de l’atopie.

La réduction de l’atopie est beaucoup plus importante que celle des pathologies qui y sont associées, pollinose et surtout asthme ; ceci pourrait être lié au fait que le statut atopique se modifie plus vite que les conditions cliniques ; on ne peut éliminer aussi que les changements dans les fermes entre 2003 et 2012 induisent des réductions d’exposition à des facteurs qui protègent surtout de l’atopie mais beaucoup moins de l’asthme par exemple (un certain nombre d’asthmes ne sont d’ailleurs pas associés à des mécanismes atopiques).

Les auteurs font donc l’hypothèse qu’une augmentation rapide de l’atopie résulte d’une modernisation des anciennes techniques de l’agriculture ancestrale, et qu’il est probable que ceci ait lieu aussi non seulement dans d’autres parties de l’Europe, comme l’ont montré par exemple les autres études réalisées autour de « l’hypothèse hygiéniste », mais aussi dans les pays en voie de développement où il a été aussi retrouvé des augmentations de la prévalence des maladies allergiques au cours des dernières décades.