Noir c‘est noir (mais pas seulement…).

lundi 23 juin 2014 par Dr Bertrand Lovato1401 visites

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Noir c‘est noir (mais pas seulement…).

Noir c‘est noir (mais pas seulement…).

lundi 23 juin 2014, par Dr Bertrand Lovato

Relation positive entre l’intensité de la réponse au patch-test à la para-phenylènediamine (PPD) et réactions croisées avec des allergènes apparentés. : Thomas, B. R., White, I. R., McFadden, J. P. and Banerjee, P. (2014), Positive relationship – intensity of response to p-phenylenediamine on patch testing and cross-reactions with related allergens.

dans Contact Dermatitis. doi : 10.1111/cod.12255

- Objectifs :

  • Démontrer qu’une forte réaction au patch-test à la PPD (3+ plutôt que 1+) (habituellement testée dans la vaseline à 1%) est associée à une propension accrue de réactions croisées.

- Méthodes :

  • A partir des dossiers cliniques de 230 patients présentant des réactions allergiques à la PPD sur des patch-tests identifiés entre 2007 et 2012, 221 patients ont été inclus.
  • Les données ont été recueillies pour l’âge, le sexe et le degré de réaction à la PPD selon les critères de l’ICDRG.
  • Des réactions croisées ont été étudiées avec les allergènes croisants connus suivants : Disperse Yellow 3, N-isopropyl-N’phényl-paraphénylènediamine (IPPD) et caïne mix.
  • Vingt trois réactions douteuses ont été écartées, 198 patients ont été examinés.

- Résultats :

  • Parmi les patients, 75.3% (n=149) étaient des femmes, l’âge moyen était de 48.6 ans (12 à 82 ans).
  • Parmi les patients allergiques à la PPD, 16.6% (n=33) ont montré des réactions croisées avec un ou plusieurs allergènes croisants connus.
  • Des réactions croisées ont été observées dans 16% des réactions 1+, 14.5% des réactions 2+, 28.6% des réactions 3+ quand PPD testée à 1% et 50% quand PPD testée à 0.1-0.001% avec des tests arbitrairement considérés 4+ (p=0.02).

- Conclusion :

  • Une probabilité croissante de réaction au Disperse Yellow 3, à l’IPPD et au Caïne mix a été observée suivant l’intensité de la réaction à la PPD en patch-test mais la pertinence clinique des ces réactions n’est pas établie.

La PPD (ou 1,4-diaminobenzène) est bien connue des allergologues. Elle est utilisée comme teinture capillaire noire (colorant azoïque), on la retrouve aussi classiquement dans les tatouages au « henné » noir grands pourvoyeurs d’eczémas de contact aigus. Son utilisation est beaucoup plus vaste puisqu’elle est aussi utilisée comme révélateur photographique, comme anti-oxydant et accélérateur dans l’industrie du caoutchouc, comme réactif de laboratoire, dans les graisses et huiles de coupe, dans la photocopie et la lithographie.

Les allergènes croisants de la PPD sont :
- médicaments= sulfamides (antibiotiques, antidiabétiques, diurétiques)
- anesthésiques locaux du groupe ester (benzocaïne, procaïne...)
- colorants azoïques : Disperse Yellow 3, disperse orange, disperse blue...
- IPPD (utilisé comme antioxydant des caoutchoucs noirs)
- PABA (acide para-aminobenzoique= écran solaire )
- PAS (acide paraaminosalicylique utilisé dans la tuberculose ou certaines MICI)
- composés avec fonction en para (ex :parabens).

Les auteurs de l’étude ont clairement montré qu’une forte réaction au patch-test à la PPD était corrélée à une plus forte expression des réactions croisées avec le Disperse Yellow 3, l’IPPD et le Caïne mix.

Ceci était bien connu avec l’IPPD et s’explique par une assez forte homologie de structure et peut expliquer des réactions chez des patients travaillant dans l’industrie du caoutchouc.

Par contre faut-il respecter une éviction au Disperse Yellow 3 en cas d’allergie à la PPD ? De même avec les anesthésiques locaux de la famille des esters (benzocaïne, procaïne, tétracaïne...) ?

Tout dépendra de la clinique, l’allergologue devra alors compléter son interrogatoire à la recherche d’antécédents de réactions à des vêtements jaunes par exemple ou chez son dentiste bien que celui-ci utilise plus généralement de l’articaïne ou de la bupivaïne qui appartiennent au groupe amide tout comme la lidocaïne.