Allergie à la noisette : un bon bilan pour éviter la casse.

jeudi 23 octobre 2014 par Dr Céline Palussière2949 visites

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Allergie à la noisette : un bon bilan pour éviter la casse.

Allergie à la noisette : un bon bilan pour éviter la casse.

jeudi 23 octobre 2014, par Dr Céline Palussière

Cor a 14 : le chaînon manquant du diagnostic moléculaire dans l’allergie à la noisette ? : Faber M.A. · De Graag M. · Van Der Heijden C. · Sabato V. · Hagendorens M.M. · Bridts C.H. · De Clerck L.S. · Ebo D.G.
aDepartment of Immunology-Allergology-Rheumatology, Faculty of Medicine and Health Sciences, University of Antwerp, and bDepartment of Pediatrics, Antwerp University Hospital, Antwerp, Belgium

dans Int Arch Allergy Immunol 2014 ;164:200-206

- Contexte :

  • L’allergie à la noisette provoque différents types de réactions cliniques, qui peuvent être prédites grâce au diagnostic moléculaire.
  • L’identification des profils de sensibilisation demeure toutefois incomplète.

- Méthodes :

  • L’étude a porté sur les sera de 75 patients allergiques à la noisette, 14 enfants souffrant de dermatite atopique (DA) avec sensibilisation à la noisette, 15 sujets tolérant la noisette ayant des IgE spécifiques positifs pour la noisette, et 15 sujets contrôles.
  • Les séra étaient testés pour l’IgE réactivité vis à vis de rCor a 1.04, rCor a 9, nCor a 11, rCor a 14, rBetv 1, rBet v 2 et les résidus glucidiques croisants (CCD).

- Résultats :

  • La sensibilisation à Cor a 14 était observée chez 18 des 20 enfants d’âge préscolaire, chez 8 des 10 enfants d’âge scolaire et chez 2 des 7 adultes ayant présenté des réactions généralisées, et chez 3 des 14 enfants souffrant de dermatite atopique.
  • Seuls 2 des 38 patients ayant un syndrome allergique oral étaient sensibilisés à Cor a 14.
  • Aucune sensibilisation à Cor a 14 n’était observée dans le groupe des sujets tolérant la noisette et des individus sains contrôles.
  • La sensibilisation à Cor a 1.04 était retrouvée chez 36 des 38 ayant un syndrome oral, et chez 14 des 37 patients ayant des réactions généralisées.
  • Toutefois, seuls 3 patients ayant des réactions généralisées étaient monosensibilisés à Cor a 1.04.
  • La sensibilisation à Cor a 9 était observée chez 26 des 37 patients ayant des réactions généralisées et chez 4 des 14 patients avec une dermatite atopique.
  • La sensibilisation à Cor a 11, Cor a 8, rBet v 2 et CCD était rare.

- Conclusions :

  • La sensibilisation à Cor a 14 peut survenir précocement, et fait preuve de variations avec l’âge.
  • Avec Cor a 9, Cor a 14 nous permet d’identifier correctement près de 90% des enfants ayant réactions généralisées avec la noisette.

L’allergologie moléculaire permet au clinicien de mieux comprendre les profils de réactivité de ses patients, ce qui s’avère fort utile dans les allergies aux fruits à coque. Les réactions cliniques sont en effet extrêmement variables d’un sujet à l’autre, et les tests cutanés n’apportent pas toujours d’éclairage franc sur la pertinence des sensibilisations.

On sait que les protéines de stockage sont responsables des réactions allergiques les plus sévères chez les sujets sensibilisés à l’arachide et aux fruits à coque.
Or leur degré de réactivité croisée est très variable.

Jusqu’à récemment, nous ne disposions que du test ImmunoCap Ara h 2 de l’arachide pour rechercher une sensibilisation aux 2S-albumines. Or cet allergène est peu représentatif de la famille moléculaire, avec peu de réactivité croisée avec les 2S-albumines des fruits à coque.

Nous disposons depuis quelques mois de deux autres représentants de cette famille moléculaire : rBer e 1 de la noix du Brésil et rCor a 14 de la noisette. Ce dernier allergène nous est plus particulièrement utile en France, où la sensibilisation à la noisette est fréquente.

Cet article donne les résultats statistiques de l’IgE réactivité vis à vis des différents allergènes de noisette, sur des séra de patients allergiques à la noisette, de sujets sensibilisés mais tolérants et de sujets contrôles.

Aucun des sujets tolérant la noisette n’étaient IgE réactif pour la protéine de stockage. La grande majorité des personnes présentant un syndrome oral avec la noisette était réactive pour la PR-10 de la noisette, Cor a 1.04, et il s’agissait en majorité d’adultes. On retrouve ici le tableau le plus fréquent des allergies aux fruits chez l’adulte.

Les sujets ayant présenté des réactions généralisées, quel que soit leur âge, étaient majoritairement réactifs pour Cor a 14, mais le plus souvent en association avec Cor a 9, qui est une autre protéine de stockage (11S-globuline).

Les protéines de stockage confirmeraient donc leur capacité de provoquer des réactions sévères.

Il est intéressant de souligner que cette sensibilisation a fréquemment été retrouvée chez de jeunes enfants (moins de 3 ans).

La recherche d’IgE réactivité pour cet allergène, qui est donc maintenant disponible en pratique courante, semble donc permettre de préciser le risque potentiel en cas d’ingestion de noisette. Il faut y associer la recherche d’IgE vis à vis de Cor a 9.

Il faut toutefois nuancer ces résultats alléchants en soulignant que cet article ne fait pas état de tests in vivo pour vérifier la pertinence clinique de cet allergène : pas de test cutané, évidemment pas de TPO, mais même pas de Test d’activation des basophiles. Certes les associations entre IgE réactivité sérique et réactions cliniques sont parlantes, mais l’enjeu est tel que ces tests demeurent nécessaires.