L’allaitement maternel est-il bon pour les bronches ?

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L’allaitement maternel est-il bon pour les bronches ?

L’allaitement maternel est-il bon pour les bronches ?

mercredi 10 décembre 2014, par Dr Philippe Carré

Protéines anti-infectieuses dans le lait maternel et phénotypes associés à l’asthme dans la petite enfance. : Zhang G, Lai CT, Hartmann P, Oddy WH, Kusel MMH, Sly PD, Holt PG.

Anti-infective proteins in breast milk and asthma-associated phenotypes during early childhood.

dans Pediatr Allergy Immunol 2014 : 25 : 544–551.

- Contexte :

  • L’impact de l’alimentation au lait maternel sur la susceptibilité à l’asthme pendant l’enfance est très controversé, dû en partie au manque de la majorité des études sur ce sujet à considérer correctement les facteurs de confusion, illustrés par l’histoire infectieuse respiratoire, en plus des biais liés au recueil des données.

- Méthodes :

  • Dans le cadre d’une étude prospective de cohorte sur le rôle des infections respiratoires dans le développement de l’asthme chez des enfants à haut risque, les auteurs ont mesuré la concentration d’un panel de protéines anti-infectieuses dans des échantillons de lait maternel, et analysé de façon prospective les associations entre ces protéines et l’atopie, l’infection, et les données liées à l’asthme à l’âge de 10 ans.

- Résultats :

  • Les auteurs ont observé des associations inverses significatives mais transitoires entre la concentration de protéines du lait et la susceptibilité aux infections des voies aériennes supérieures uniquement au cours de la première année, et des associations transitoires parallèles mais positives avec les infections précoces des voies respiratoires inférieures et l’atopie
  • Aucune association n’a été mise en évidence avec les données liées à l’asthme.

- Conclusions :

  • L’allaitement maternel peut influencer l’expression de symptômes inflammatoires associés aux infections respiratoires et à l’atopie au cours de la vie précoce, mais ces effets semblent être inconsistants et transitoires
  • La nature hétérogène des effets de l’allaitement maternel suggère qu’il peut influencer la fonction immuno-inflammatoire systémique à plusieurs niveaux différents.

L’allaitement maternel est considéré comme ayant des effets protecteurs sur un certain nombre de problèmes de santé chez l’enfant, et notamment des recommandations sur l’allaitement maternel exclusif dans les 6 premiers mois de la vie ont été édictées de façon à prévenir le développement des maladies allergiques.

Mais un certain nombre de données, à partir d’études de cohortes, ont remis en cause ce paradigme, et cette protection est aujourd’hui controversée.

Les effets protecteurs de l’allaitement maternel sont considérés comme liés grandement aux protéines du lait maternel, et en particulier aux IgA sécrétoires, au lysozyme et à la lactoferrine, protéines connues pour leurs propriétés immuno-modulatrices.

Dans cette étude provenant d’un sous-groupe de l’étude australienne CAS évaluant les infections respiratoires infantiles, les auteurs ont évalué si ces trois protéines (ainsi que le taux de protides totaux) avaient un effet de protection des 137 enfants inclus dans l’étude contre les infections, l’asthme et l’allergie jusqu’à l’âge de 10 ans.

Les résultats montrent une association inverse entre la concentration de protéines du lait et le risque d’infections des voies aériennes supérieures uniquement au cours de la première année ; cet effet protecteur n’était pas retrouvé pour les infections des voies respiratoires inférieures, et les taux étaient au contraire associés positivement aux infections sifflantes et à l’atopie ; aucune association n’a été mise en évidence avec les données liées à l’asthme.

Les causes de ces effets divergents sur les voies aériennes supérieures et inférieures ne sont pas claires ; en dehors d’éventuels effets liés à l’étude (échantillon faible, population à haut risque d’atopie non représentative de la population générale), il est possible que le lait maternel ait des effets immuno-modulateurs différents en fonction du site respiratoire, et que ces effets soient inconstants et transitoires en fonction de l’évolution du système immunitaire infantile.