Allergie à l’arachide : grillée vs bouillie !

mercredi 18 mars 2015 par Dr Alain Thillay559 visites

Accueil du site > Allergènes > Alimentaires > Allergie à l’arachide : grillée vs bouillie !

Allergie à l’arachide : grillée vs bouillie !

Allergie à l’arachide : grillée vs bouillie !

mercredi 18 mars 2015, par Dr Alain Thillay

La tolérance clinique naturelle de l’arachide chez les patients africains est due à une faible activité allergénique des IgE spécifiques de l’arachide. : E. Wollmann1, C. Hamsten2,3,†, E. Sibanda4,†, M. Ochome1, M. Focke-Tejkl1, A. Asarnoj2,5, A. Önell6, G. Lilja7, D. Gallerano1, C. Lupinek1, T. Thalhamer8, R. Weiss8, J. Thalhamer8, M. Wickman7,9, R. Valenta1 andM. van Hage2,*

dans Vol. 70 Issue
Allergy

- Contexte :

  • En Afrique les cacahuètes sont très consommées mais les réactions allergiques graves sont rares.

- Objectifs :

  • Nous avons étudié les modèles immunologiques de tolérance clinique à l’arachide chez des sensibilisés à l’arachide asymptomatiques de l’Afrique centrale comparés à des allergiques à l’arachide et à des patients suédois sensibilisés asymptomatiques.

- Méthodes :

  • Les sera de patients allergiques (n = 54) du Zimbabwe sensibilisés à l’arachide mais sans symptômes lors de sa consommation , pour comparaison, les sera d’allergiques à l’arachide (n = 25) et les sera de patients sensibilisés mais asymptomatiques (n = 25) recrutés en Suède, ont été analysés pour ce qui concerne les composants allergéniques (Ara h 1-3, 6, 8-9) et d’autres molécules allergéniques provenant de sources d’allergènes importants à l’aide d’une biopuce.
  • Les IgE spécifiques d’épitopes peptidiques d’Ara h 2 on été analysées et l’activité allergénique a été évaluée par le test d’activation des basophiles.

- Résultats :

  • Quarante-six pour cent des africains et tous les patients suédois allergiques à l’arachide montraient des IgE spécifiques d’un des allergènes de l’arachide hautement allergéniques (Ara h 1-3, 6, 9).
  • Cependant, 48% des patients africains avaient des IgE spécifiques des CCD avec une faible activité allergénique et 60% des patients asymptomatiques suédois avaient des IgE spécifiques de la PR-10, Ara h 8.
  • Les niveaux et les spécificités des IgG et des IgG4 ne permettaient pas de discriminer les africains asymptomatiques et les patients suédois allergiques à l’arachide.
  • Les patients asymptomatiques manquaient presque tous d’IgE spécifiques d’Ara h 2 qui était reconnu par les patients allergiques à l’arachide.
  • Les IgE spécifiques de l’arachide des patients asymptomatiques montraient une faible activité allergénique par rapport aux IgE des patients allergiques à l’arachide.

- Conclusions :

  • La tolérance naturelle clinique à l’arachide chez les patients africains est peut-être due à des IgE spécifiques de composants faiblement allergéniques de l’arachide et à une faible activité allergénique des IgE spécifiques de l’arachide.

L’allergie à l’arachide est d’une grande prévalence dans l’ensemble du monde et peut mettre en jeu le pronostic vital lors de réactions sévères. Pourtant, il existe des régions où l’arachide est très consommée sans pour autant entraîner des réactions allergiques. C’est l’exemple bien connu du continent africain.

Ce travail a mobilisé plusieurs équipes de chercheurs originaires de différents pays, Zimbabwe, Suède, Autriche (R. Valenta).

Trois groupes de patients ont été créés, 54 patients du Zimbabwe IgE réactifs à l’arachide mais non allergiques, 50 patients suédois dont 25 IgE réactifs asymptomatiques et 25 à la fois IgE réactifs et symptomatiques.

Le but était d’étudier les sera de ces différents patients pour connaître le modèle immunologique de la tolérance à l’arachide chez l’africain.

D’emblée, à la lecture des résultats, il est facile de constater que, très probablement, les mécanismes immunologiques sont complexes.

De suite, le rôle des IgG et des IgG4 est à éliminer, ces immunoglobulines ne permettent pas de partager africain et suédois.

Les africains avaient tous des IgE spécifiques du produit arachide (f13) à un taux modeste, 2,5 kUA/L ; IQR 0,64-10.20, parmi ceux-ci, seulement 46% avaient des IgE spécifiques de composants hautement allergéniques Ara h 1-3, 6,9.

Les sera des 25 suédois symptomatiques montraient tous des réactivités vis-à-vis d’Ara h 1, Ara h 2, Ara h 6 et Ara h 3, aucun ne réagissait à la LTP Ara h 9.

Les patients suédois asymptomatiques différaient des patients africains par une réactivité à l’encontre de la PR-10 Ara h 8.

Les patients africains démontraient plus de réactivités spécifiques des CCD.

Autre aspect, les patients africains et suédois asymptomatiques différaient des patients symptomatiques par une faible réactivité à l’égard des peptides d’Ara h 2.

Ainsi, cette étude semble dessiner deux phénotypes de l’IgE réactivité spécifique de l’arachide en fonction du mode de vie.

Le mode de consommation de l’arachide n’est pas le même dans les pays développés que dans des pays en voie de développement.

En Afrique, dès le plus jeune âge l’enfant est nourri de cacahuètes mais bouillies, alors, qu’ailleurs, Europe, Etats-Unis… celles-ci sont consommées grillées ce qui facilite les contacts extra-digestifs (peau, muqueuses respiratoires) commandant probablement une IgE réactivité différente, sans parler des modifications moléculaires apportées par ce mode de préparation.

Ainsi, cette étude nous rappelle que le patient allergique doit toujours être exploré compte tenu de son environnement au sens large.