Prédire pour prévenir dans l’asthme ?

lundi 6 avril 2015 par Dr Philippe Carré485 visites

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Prédire pour prévenir dans l’asthme ?

Prédire pour prévenir dans l’asthme ?

lundi 6 avril 2015, par Dr Philippe Carré

Prédiction du risque d’asthme de l’enfance à partir de facteurs antérieurs à la grossesse, périnataux et postnataux. : Hui-Ju Wen1,2, Tung-Liang Chiang3, Shio-Jean Lin4 andYue Leon Guo2,*
DOI : 10.1111/pai.12374

dans Pediatric Allergy and Immunology

- Contexte :

  • Les symptômes de maladie atopique débutent précocement au cours de la vie humaine
  • Prédire le risque d’asthme de l’enfance à partir d’une exposition précoce pourrait contribuer à la prévention de la maladie
  • Une étude de cohorte de naissance a été réalisée pour étudier les facteurs de risque précoces d’asthme infantile, et pour développer un modèle prédictif de développement de l’asthme.

- Méthodes :

  • Des échantillons nationaux représentatifs des bébés nouveaux-nés ont été obtenus par recueil systématique stratifié multiple à partir du registre de naissance taiwanais de 2005
  • L’information sur les facteurs de risque potentiels et l’état de santé des enfants a été recueillie à partir d’interviews à domicile à l’âge de 6 mois des bébés et à l’âge de 5 ans
  • L’analyse en régression rétrograde a été utilisée pour identifier les facteurs de risque d’asthme de l’enfance par des modèles prédictifs qui étaient utilisés pour calculer la probabilité d’asthme infantile.

- Résultats :

  • Un total de 19.192 enfants ont complété l’étude de façon satisfaisante
  • Un asthme diagnostiqué par un médecin était rapporté chez 6.6% des enfants à l’âge de 5 ans
  • Les facteurs antérieurs à la grossesse (atopie parentale et statut socioéconomique) les facteurs périnataux (lieu de résidence, exposition à des moisissures intérieures et à des travaux de peinture et rénovation pendant la grossesse), et les facteurs postnataux (dépression maternelle du post-partum et présence d’une dermatite atopique avant l’âge de 6 mois) étaient choisis pour les modèles prédictifs, et la probabilité prédictive la plus élevée d’asthme chez les enfants âgés de 5 ans était de 68.1% chez les garçons et 78.1% chez les filles ; la probabilité la plus faible était respectivement de 4.1% chez les garçons et 3.2% chez les filles.

- Conclusion :

  • Cette étude propose une technique de prédiction du risque d’asthme de l’enfance qui peut être utilisée pour développer une stratégie préventive contre l’asthme.

Les auteurs de cette étude taïwanaise ont utilisé une cohorte de naissance (19192 enfants) pour établir un modèle prédictif qui permettrait d’évaluer la probabilité d’un asthme précoce de l’enfance (à l’âge de 5 ans), à partir de 3 types de données : anténatales, périnatales et post-natales.

Le statut socioéconomique (SSE) parental élevé, une histoire atopique familiale, une résidence en milieu urbain, une exposition à domicile aux moisissures et à des composés organiques volatiles (COV), une dépression maternelle du post-partum et une dermatite atopique (DA) avant l’âge de 6 mois étaient des facteurs prédictifs importants du risque d’asthme à l’âge de 5 ans.

Ces facteurs sont pour la plupart connus comme étant associés au risque d’asthme : un habitat urbain et un SSE élevé sont en accord avec l’hypothèse hygiéniste, l’exposition aux moisissures et aux COV est classique, la DA est en accord avec la marche atopique ; pour ce qui est de la dépression post-natale de la mère, il pourrait être la séquelle d’un stress émotionnel élevé pendant la grossesse, et les données de la littérature sont divergentes, la plupart semblant lier un risque d’asthme plutôt à une dépression prolongée de la mère pendant l’enfance : ceci reste donc à élucider.

La probabilité d’asthme augmentait avec l’association des 3 types de données, avec des différences entre les garçons et les filles : en additionnant tous les facteurs prédictifs, la probabilité d’avoir un asthme à l’âge de 5 ans était de 68% chez les garçons et 78% chez les filles.

Cette approche prédictive permettrait-elle de mieux identifier les enfants à haut risque et de mettre en place des mesures préventives dès la période prénatale. La mise en pratique apparaît quand même complexe à l’échelon individuel.