La fumée de tabac serait-elle un bon traitement de l’asthme atopique ?!!

mercredi 16 septembre 2015 par Dr Philippe Carré396 visites

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La fumée de tabac serait-elle un bon traitement de l’asthme atopique ?!!

La fumée de tabac serait-elle un bon traitement de l’asthme atopique ?!!

mercredi 16 septembre 2015, par Dr Philippe Carré

Essai randomisé de la réponse asthmatique induite par un allergène chez des fumeurs et des non-fumeurs : effets des corticoïdes inhalés. : A. Cahn,
M. Boyce,
S. Mistry,
N. Musani,
C. Rambaran,
J. Storey,
P. Ventresca,
O. Michel

dans Clinical & Experimental Allergy
Volume 45, Issue 10
October 2015
Pages 1531–1541

- Contexte :

  • On pense généralement que les asthmatiques qui fument des cigarettes répondent moins bien aux corticostéroïdes inhalés (CSI) que les asthmatiques qui ne fument pas.

- Objectif :

  • Evaluer les effets du tabagisme sur les réponses induites par un allergène sur les voies aériennes, chez des asthmatiques traités par des CSI.

- Méthodes :

  • Une étude randomisée, en double-aveugle et cross-over, a évalué la réponse à une prise deux fois par jour de 100 µg de propionate de fluticasone (PF), 500 µg de PF, ou de placebo, sur les réponses asthmatiques induites par un allergène chez des patients asthmatiques atopiques : 18 non-fumeurs et 17 fumeurs (NCT01400906)
  • Au 6è jour, une heure après la dose matinale, le VEMS a été mesuré jusqu’à dix heures après le test de provocation
  • Le taux de NO exhalé (NOe), les comptes cellulaires des expectorations et l’hyperréactivité bronchique à la métacholine (HRBM) ont été mesurés le jour suivant.

- Résultats :

  • La réponse asthmatique tardive (RAT) était supprimée par le PF chez les fumeurs et les non-fumeurs ; avec le placebo, la RAT était aussi atténuée chez les fumeurs par rapport aux non-fumeurs (changement minimal moyen ajusté du VEMS sur 4 à 10 heures [IC à 95%] chez les non-fumeurs : placebo -1.01 [1.31, 0.70] ; 100 µg de PF -0.38 [0.54, 0.22] ; 500µg de PF -0.35 [0.54-0.22] ; et chez les fumeurs : placebo -0.63 [0.84, 0.43] ; 100 µg de PF -0.44 [0.65, 0.23] ; 500 µg de pf -0.46 [0.59-0.32])
  • La réponse asthmatique précoce (RAP) était supprimée par le traitement par PF chez les non-fumeurs, mais n’était pas modifiée chez les fumeurs
  • La réduction de l’HRBM après PF était plus grande chez les non-fumeurs (le doublement de la dose par rapport au placebo était 1,5 fois plus important après PF à 100 µg et 2 fois après PF à 500 µg) que chez les fumeurs (différence de 1 et 1,3 respectivement)
  • Les augmentations du NOe et des éosinophiles dans les expectorations induites par l’allergène étaient plus faibles chez les fumeurs que chez les non-fumeurs, et elles étaient supprimées par le PF dans les deux groupes.

- Conclusion et impact clinique :

  • Les RAT allergéniques étaient d’amplitude similaire, à la fois chez les asthmatiques atopiques fumeurs et non fumeurs à la fin du traitement par CSI, mais l’atténuation de la RAT chez les fumeurs était seulement partiellement associée au traitement CSI
  • L’atténuation marquée de la RAT observée chez les fumeurs, en l’absence de traitement par des CSI, est un fait nouveau.

Cette étude, dont le premier auteur provient de chez GSK, semble être la première à évaluer les effets du statut tabagique sur l’efficacité d’un CSI (Fluticasone, GSK) sur la réponse asthmatique d’origine allergénique.

A la fin du traitement, l’amplitude de la RAT (réponse asthmatique tardive) était semblable chez les fumeurs traités par rapport aux non-fumeurs ; une nouvelle donnée de cette étude est que la RAT était significativement réduite chez les fumeurs, même en l’absence de traitement par CSI.

La diminution de la RAT du groupe fumeur était accompagnée d’une réduction des indices d’inflammation (NOe et éosinophiles des expectorations) après provocation bronchique ; le tabagisme était aussi associé à une diminution de l’HRBM à l’état basal ; la RAP était peu modifiée.

Ces résultats montrent que, dans cette population atopique, l’atténuation de la RAT chez les fumeurs était associée seulement partiellement avec le traitement CSI ; le fait qu’il existe une baisse de la RAT chez les fumeurs par rapport aux non-fumeurs en l’absence de traitement suggère que le tabagisme lui-même est associé à une diminution des réponses inflammatoires allergéniques, ce qui reste contradictoire dans la littérature.

Il existe des divergences aussi sur les effets des CSI sur l’HRB, certaines études ne montrant pas d’amélioration, et il est possible que cela soit lié à l’importance du tabagisme dans ces études, et notamment de sa durée qui pourrait limiter la réponse.

Il a été suggéré que la réponse TH2 pouvait être altérée chez les asthmatiques fumeurs, le phénotype tabagique étant caractérisé par une prédominance de macrophages et de neutrophiles, et pas d’éosinophiles ; ceci pourrait s’accompagner d’une modification de la balance TH1/TH2, avec une diminution de la réponse éosinophilique qui pourrait expliquer les résultats de cette étude (la fumée de tabac inclut notamment des LPS et de la nicotine qui diminuent la réponse TH2).

Il est donc possible que dans les études futures, il faille inclure des asthmatiques fumeurs (qui en sont habituellement exclus), avec de grandes populations, de façon à évaluer la véritable efficacité anti-inflammatoire des molécules dans l’asthme atopique, en fonction des différents phénotypes.