Il sent bizarre, ce lait, et il est un peu vert... si si, c’est bon !

mercredi 7 octobre 2015 par Dr Céline Palussière825 visites

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Il sent bizarre, ce lait, et il est un peu vert... si si, c’est bon !

Il sent bizarre, ce lait, et il est un peu vert... si si, c’est bon !

mercredi 7 octobre 2015, par Dr Céline Palussière

Repas compliqués et difficultés d’alimentation pour les nourrissons et enfants en régime d’exclusion du lait de vache. : Maslin K, Dean T, Arshad SH, Venter C.

Fussy eating and feeding difficulties in infants and toddlers consuming a cows’ milk exclusion diet.

dans Pediatr Allergy Immunol 2015 : 26 : 503–508.

- Contexte :

  • L’allergie au lait de vache (ALV) est l’allergie alimentaire la plus fréquente chez les enfants au Royaume Uni, et nécessite un régime d’exclusion strict.
  • Les difficultés dans l’alimentation et les complications liées aux repas sont aussi des problèmes fréquents chez les jeunes enfants et peuvent influencer négativement la prise de nourriture et les apports diététiques chez un enfant souffrant d’ALV.
  • Le but de cette étude était de comparer le niveau de complication des repas et de difficultés d’alimentation dans deux groupes de jeunes enfants : un groupe ayant un régime d’exclusion pour ALV et un groupe contrôle d’enfants ayant un régime diététique non restreint.

- Méthode :

  • Les participants ont été recrutés dans une clinique pour personnes allergiques et non allergiques de l’Île de Wight.
  • Les parents complétaient plusieurs questionnaires au sujet du comportement alimentaire de leur enfant.

- Résultats :

  • Cent-vingt-six participants (âge moyen 13 mois) ont été recrutés.
  • Les participants sous régime d’exclusion du lait pour ALV ont un score significativement plus élevé à la fois pour la complication des repas et pour les difficultés d’alimentation (p<0,05), bien qu’en général les deux groupes soient dans les limites de la normale.
  • Un certain nombre de symptômes se révèlent corrélés positivement, de façon modérée, avec un score de difficultés d’alimentation plus élevé (p<0,05).
  • Une consommation quotidienne plus importante de lait ou substitut du lait est corrélé positivement avec à la fois les difficultés d’alimentation et la complication des repas (p<0,05).

- Conclusion :

  • Les participants à l’étude sous régime d’éviction du lait pour ALV ont un score plus élevé de difficultés d’alimentation et de complication des repas que ceux qui consomment un régime non restreint ; toutefois la majorité des scores des participants se trouvent dans les limites de la normale et n’affectent pas la croissance.

L’alimentation des nourrissons et jeunes enfants est souvent source d’inquiétude pour les parents, tant au niveau diététique que comportemental. Lorsqu’une allergie au lait de vache vient compliquer l’affaire, on pourrait craindre l’apparition de troubles de l’alimentation particuliers.

Les allergies au lait de vache supposent en effet l’exclusion des protéines de lait et un apport de substitution avec des préparations spécifiques. Celles-ci sont maintenant parfaitement adaptées et garantissent une croissance tout à fait normale pourvu qu’elle aient été conçues spécifiquement (c’est à dire à l’exclusion des jus végétaux). En revanche le goût et l’aspect peut laisser circonspect, tout au moins les parents, les nourrissons s’habituant en général assez vite à leur nouveau lait.

Cette étude observationnelle menée au Royaume Uni sur questionnaires montre que, logiquement, les repas sont plus compliqués pour les enfants souffrant d’allergie au lait. La préparation des biberons n’est pas plus difficile, mais lorsque le décryptage des étiquettes s’impose, au moment de la diversification alimentaire, les différences se font sentir. Si l’allergie persiste dans l’enfance, les interdits alimentaires sont plus compliqués à gérer.

Ce qu’on observe souvent en consultation, c’est le refus du biberon : fréquent chez les bébés de 12-18 mois, les parents complètent habituellement l’apport lacté avec les laitages à la cuillère. Ceci se complique chez les petits allergiques, et demande un peu d’imagination et de talent culinaire aux parents.

Mais cette étude montre que, si les différences sont statistiquement significatives entre les groupes d’allergiques et non allergiques, les scores retrouvés dans les deux groupes restent dans les limites de la normale. Je ne savais pas qu’il existait des scores normaux pour les troubles de l’alimentation. Mais comprenons ceci avec optimisme : il n’y a pas de trouble alimentaire particulièrement inquiétant à craindre chez nos petits allergiques au lait.