Lévocétirizine plus efficace que desloratadine !

vendredi 22 janvier 2016 par Dr Alain Thillay7662 visites

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Lévocétirizine plus efficace que desloratadine !

Lévocétirizine plus efficace que desloratadine !

vendredi 22 janvier 2016, par Dr Alain Thillay

Effet anti-inflammatoire in vivo des antihistaminiques H1 dans la rhinite allergique : un essai clinique randomisé. : Bocşan CI1, Bujor AI2, Miron N2, Vesa ŞC1, Deleanu D2, Buzoianu AD2.

dans Balkan Med J. 2015 Oct ;32(4):352-8. doi : 10.5152/balkanmedj.2015.15884.

- Contexte :

  • La rhinite allergique est caractérisée par une inflammation chronique de la muqueuse nasale et représente un facteur de risque d’apparition de l’asthme.
  • Les antihistaminiques H1 réduisent les symptômes de la rhinite mais certains peuvent avoir des propriétés anti-inflammatoires.

- Objectifs :

  • Nous avons évalué la concentration plasmatique de certaines cytokines chez des patients atteints de rhinite allergique persistante (RAP) et leur évolution après un traitement de 4 semaines d’antihistaminiques H1 ainsi que le risque d’asthme après 1,5 années.

- Conception de l’étude :

  • Essai clinique randomisé.

- Méthodes :

  • Quatre-vingt-cinq patients nouvellement atteints de RAP et 30 volontaires sains ont été inclus dans l’étude.
  • Les patients atteints de RAP ont été divisés au hasard en 2 groupes :
    • 41 patients traités avec 5 mg / jour de desloratadine et
    • 44 patients traités avec 5 mg / jour de lévocétirizine, pendant 4 semaines.
  • Les évaluations cliniques et biologiques ont été effectuées avant et après le traitement et en incluant les symptômes de la rhinite, le score total symptomatique, le type de sensibilisation et les niveaux plasmatiques de IgE totales, IL-1β, IL-6, IL-8 et TNF-α.

- Résultats :

  • IL-8 et TNF-α étaient significativement augmentés chez les patients souffrant de RAP par rapport aux volontaires sains (5,85 vs 3,12, p <0,001 et 2,32 vs 1,06, p <0,001, respectivement).
  • Les deux antihistaminiques H1 réduisent les symptômes de la rhinite allergique, y compris la congestion nasale, et, les taux plasmatiques d’IL-1β, IL-6, IL-8 et TNF-α, après 4 semaines de traitement.
  • La réduction du niveau des cytokines n’était pas influencée par l’âge, le sexe, la durée ou la sévérité de la rhinite, ou le type de sensibilisation.
    -* La lévocétirizine a un effet supérieur par rapport à la desloratadine dans la réduction des symptômes de la rhinite et le niveau de cytokines.
  • Vingt-huit (32,9%) des patients ont présenté des symptômes d’asthme après 18 mois.
  • L’apparition de l’asthme était influencée par la sensibilisation à la poussière de maison (OR-14,6 ; IC 95% 1,8 à 116,3 ; p = 0,01), mais, les valeurs de base des cytokines n’étaient pas des facteurs prédictifs de son apparition.

- Conclusion :

  • Lévocétirizine et desloratadine en traitement au long cours réduisent les niveaux plasmatiques de certaines cytokines pro-inflammatoires chez les patients atteints de rhinite allergique persistante.
  • La lévocétirizine a un meilleur effet sur la diminution des symptômes et des taux plasmatiques d’IL-1β et IL-8.

Les antihistaminiques de seconde génération sont largement utilisés dans le traitement des maladies allergiques IgE dépendantes particulièrement dans les rhinites. Cette étude roumaine a cherché à mettre en évidence l’effet de la desloratadine et de la lévocétirizine sur les cytokines sériques pro-inflammatoires chez des patients souffrant d’une rhinite allergique persistante nouvellement diagnostiquée.

Nombre d’études ont déjà précisé les cytokines spécifiques des Th2, l’IL-4 qui a un rôle central dans la stimulation de la synthèse des IgE en association avec les IL-6 et IL-1β.

Le TNF-α qui a un rôle pléïotropique dans l’inflammation allergique.

L’IL-8 qui est le principal facteur chimiotactique des neutrophiles, sécrétée par les mastocytes activés.

Ainsi, les auteurs ont voulu voir une autre fonction que le pouvoir antihistaminique H1 de la desloratadine et de la lévocétirizine en mesurant le taux de ces différentes cytokines impliquées dans l’inflammation IgE dépendante à l’état basal et après 4 semaines de traitement.

Bien sûr, ces tests biologiques ont été associés à un score symptomatique.

Quatre-vingt-cinq patients atteints de rhinite allergique persistante ont été randomisés en deux groupes équivalents, 41 ont reçu de la desloratadine et 44 de la lévocétirizine ; 30 volontaires sains ont constitué le groupe témoin.

De façon claire et significative, ces deux anti-histaminiques H1 diminuent les symptômes y compris l’obstruction et les cytokines pro-inflammatoires du profil Th2.

Bien sûr, comme nous pouvions nous y attendre la lévocétirizine est plus efficace sur ces deux facteurs, clinique et biologique, que la desloratadine.

Ce constat peut s’expliquer par le fait que la lévocétirizine a des propriétés pharmacocinétiques et pharmacodynamiques différentes.

La lévocétirizine a un volume de distribution plus faible et une plus forte affinité pour les récepteurs H1.

Ces données confirment celles d’une étude antérieure (Ciprandi et al.) qui montrait elle aussi un plus grand pouvoir anti-inflammatoire de la lévocétirizine comparativement à la desloratadine.

Il restera à discuter d’où provient cet effet anti-inflammatoire de ces deux anti-H1.

S’agit-il d’une conséquence intrinsèque spécifique qui complète l’effet anti-histaminique H1 ou simplement une conséquence de l’effet anti-H1 ?

Sur le plan clinique, nous retiendrons que la lévocétirizine est plus efficace sur le plan clinique, et, plus efficace, corrélativement, sur la diminution des cytokines pro-inflammatoires Th2, mais ça nous l’avions déjà constaté de longue date dans notre pratique courante.