Attention les enfants : gros matou est caché !

lundi 17 mars 2003 par Dr Philippe Carré2709 visites

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Attention les enfants : gros matou est caché !

Attention les enfants : gros matou est caché !

lundi 17 mars 2003, par Dr Philippe Carré

La responsabilité des allergènes cachés dans le développement de l’allergie est un problème non résolu. On sait que des enfants se sensibilisent au chat par le biais d’une contamination à l’école au contact de camarades ayant des chats. Mais peut-il y avoir un rôle pro-allergisant d’une exposition indirecte spontanée au domicile ?

Impacts sur la santé d’une exposition indirecte à l’allergène de chat Fel d 1 chez des enfants. : A. Heissenhuber1, J. Heinrich1, B. Fahlbusch2, M. Borte3, H.-E. Wichmann1, G. Bolte1,4 for the LISA Study Group 1GSF National Research Center for Environment and Health, Institute of Epidemiology, Neuherberg ; 2Institute of Clinical Immunology, Friedrich-Schiller-University of Jena, Jena ; 3Department of Pediatrics, University of Leipzig, Leipzig ; 4Department of Epidemiology, University of Ulm, Ulm, Germany dans Allergy 58 (2), 154-157

- Contexte.
* Des études transversales récentes ont suggéré que les prévalences de sensibilisation les plus élevées survenaient pour des expositions modérées à l’allergène de chat.
* Le but des auteurs était d’étudier l’impact d’une exposition indirecte à des niveaux modérés d’allergène de chat, sur l’incidence de la sensibilisation spécifique et des sifflements dans le cadre d’une étude de cohorte à la naissance. L’analyse a donc été limitée aux enfants sans chat à domicile depuis la naissance.

- Méthode.
* A l’âge de 3 mois, les concentrations d’allergène de chat ont été mesurées dans la poussière de matelas de 1840 familles sans chats.
* A l’âge de 2 ans, les IgE sériques spécifiques de Fel d 1 ont été mesurées.
* L’incidence des sifflements (en dehors d’une infection respiratoire) a été évaluée par un questionnaire.
* Des modèles de régression logistique ont servi à calculer les odds ratio (OR) ajustés de l’association entre l’exposition indirecte à l’allergène de chat et les effets sur la santé.

- Résultats.
* A l’âge de 2 ans, 13 enfants sur 1301 (1 %) étaient sensibilisés au chat et 56 sur 1492 enfants (4 %) avaient des sifflements sans épisode infectieux.
* L’exposition précoce à des niveaux indirects d’allergène de chat  1 g/g de poussière augmentait de façon substantielle le risque d’une sensibilisation spécifique à Fel d 1 (OR 10.9, intervalle de confiance CI à 95 % :3.4-35) et de sifflements sans infection (OR 2, CI 1.1-3.9) à l’âge de 2 ans.

- Conclusion. L’exposition indirecte à l’allergène de chat dans des maisons sans chats est délétère en terme de développement allergique chez les enfants.


Les auteurs montrent qu’une exposition passive précoce à la poussière de maison, dans des familles n’ayant pas de chat à domicile, s’accompagne au bout de 2 ans d’une sensibilisation au chat chez 1 % des enfants et de sifflements chez 4 % d’entre eux.

L’allergène de chat est retrouvé dans la poussière du matelas, et une concentration  1 g d’allergène de chat /g de poussière augmente le risque de sensibilisation.

L’allergène du chat semble donc en effet ubiquitaire, même en l’absence de chat à domicile, et cette exposition indirecte serait un facteur de développement de l’allergie pour les auteurs.

Cette conclusion mérite cependant réflexion ;
* ces enfants étaient-ils à risque atopique familial ?
* Avaient-ils d’autres expositions au chat ailleurs qu’au domicile ?
* L’habitation avait-elle été occupée antérieurement par des chats ?

Tous facteurs qui pourraient moduler les conclusions de cette étude. La participation de conseillers médicaux en environnement dans de telles études serait un moyen de répondre au mieux à ces questions.

Par ailleurs, la simple affirmation d’une sensibilisation sur le seul dosage d’IgE spécifiques, et de sifflements par un unique questionnaire, sont des arguments d’une fiabilité imparfaite.

Etude à poursuivre en tout cas.