Quand les parasites se battent entre eux !

dimanche 18 avril 2004 par Dr Philippe Carré2470 visites

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Quand les parasites se battent entre eux !

Quand les parasites se battent entre eux !

dimanche 18 avril 2004, par Dr Philippe Carré

Les parasitoses et les maladies allergiques sont deux des pathologies les plus fréquentes à travers le monde. Elles s’intriquent au plan physiopathologique, par le biais de l’intervention des éosinophiles. Les parasitoses peuvent-elle modifier la réponse allergique cutanée chez des sujets exposés aux allergènes d’acariens ?

Fréquence faible des tests cutanés positifs chez des asthmatiques infectés par Schistosoma mansoni et exposés à des niveaux élevés d’acariens. : Manoel Medeiros Jr1, Maria C. Almeida1, Joanemile P. Figueiredo1, Ajax M. Atta1, Carlos M. C. Mendes2, Maria I. Araújo1,3, Ernesto A. Taketomi4, Silvia A. Terra4, Deise A. O. Silva4 and Edgar M. Carvalho1,3

1Serviço de Imunologia do Hospital Universitario Prof. Edgar Santos, Salvador, Bahia, Brasil, 2Instituto de Saúde Coletiva, Universidade Federal da Bahia, Salvador, Bahia, Brasil, 3Escola Baiana de Medicina e Saude Publica, Salvador, Bahia, Brasil, 4Departamento de Immunologia, Microbiologia e Parasitologia, Universidade Federal de Uberlandia, Uberlandia, Minas Gerais, Brasil

dans Pediatric Allergy and Immunology 15 (2), 142-147.

- Contexte.

  • Les infections à helminthes et les maladies allergiques ont une grande prévalence dans beaucoup de régions du monde.
  • Bien que la réactivité cutanée aux allergènes intérieurs soit diminuée chez les sujets venant de régions endémiques à helminthes, le degré d’exposition aux acariens n’a pas été bien évalué dans ces régions.

- But.

  • Évaluer l’association entre l’exposition aux acariens de la poussière et la réactivité aux allergènes d’acariens chez des sujets avec antécédents de sifflements dans les 12 derniers mois, sélectionnés à partir d’une zone rurale endémique pour la schistosomiase (groupe 1, n=21), et de deux zones non endémiques : une zone rurale (groupe 2, n=21) et une zone urbaine (groupe 3, n=21).

- Méthodes.

  • Tous les sujets étaient évalués par des prick tests aux acariens, une mesure des IgE totales et des IgE spécifiques aux acariens, des anticorps vis-à-vis de S. mansoni, et une mesure des parasites intestinaux.
  • Des échantillons de poussière au domicile de chacun des sujets ont été recueillis pour quantifier les acariens et identifier les différentes espèces.

- Résultats.

  • En dehors de l’infection à S. mansoni qui était plus fréquente dans le groupe 1 que dans les groupes 2 et 3 (p<0.0001), la prévalence des parasites intestinaux, et des IgE totales et spécifiques était similaire dans tous les groupes.
  • Malgré les niveaux d’acariens et particulièrement de Der p 1 détectés dans les échantillons de poussière chez les sujets des 3 zones, la fréquence de la positivité cutanée aux acariens était significativement plus basse (19%) chez les sujets du groupe 1 que chez ceux du groupe 2 (76.2 %) ou 3 (57.1 %, p<0.001).

- Conclusion. Ces résultats suggèrent que l’infection à S. mansoni pourrait moduler la réponse cutanée d’hypersensibilité immédiate aux allergènes d’acariens chez les sujets fortement exposés.


En comparant trois groupes de patients, l’un habitant en zone endémique d’infection parasitaire à schistosoma et les deux autres en zone non endémique (rurale ou urbaine), mais tous exposés aux acariens, les auteurs montrent que bien qu’ils aient tous des IgE spécifiques identiques aux acariens (et donc probablement une sensibilisation équivalente), le groupe endémique avait des tests cutanés aux acariens nettement moins positifs que les autres groupes, indiquant que l’infection parasitaire était capable de moduler la réponse cutanée immédiate, et donc d’intervenir dans l’expression de l’hyperréactivité cutanée.

Il serait intéressant de savoir si cette différence cutanée est corrélée aussi à une expression différente des symptômes cliniques, ce qui viendrait renforcer l’hypothèse hygiéniste tellement à la mode : les sujets exposés à des infections parasitaires, comme ceux exposés à des toxines microbiennes, seraient protégés contre le développement des maladies allergiques, par une modulation de l’expression lymphocytaire T.

Ce qui reste à démontrer.