Plus c’est sale, plus c’est cool pour les allergiques ?!

mercredi 8 septembre 2004 par Dr Alain Thillay1196 visites

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Plus c’est sale, plus c’est cool pour les allergiques ?!

Plus c’est sale, plus c’est cool pour les allergiques ?!

mercredi 8 septembre 2004, par Dr Alain Thillay

Des études antérieures ont suggéré que les endotoxines de la poussière de maison avaient un effet protecteur à l’encontre de la sensibilisation allergique. Dans cette étude cas-contrôle imbriquée sur 2 ans et comptant 350 adultes, les auteurs tentent de confirmer l’association négative endotoxines et sensibilisation allergique.

Exposition aux endotoxines de la poussière de maison et sensibilisation allergique chez l’adulte. : U. Gehring1,2, W. Bischof3, G. Schlenvoigt4, K. Richter5, B. Fahlbusch4, H.-E. Wichmann1,2, J. Heinrich1 for the INGA study group*1

1GSF - National Research Center for Environment and Health, Institute of Epidemiology, Neuherberg ; 2Ludwig-Maximilians-University of Munich, Institute of Medical Data Management, Biometrics and Epidemiology, Chair of Epidemiology, Munich ; 3Friedrich-Schiller-University of Jena, Institute of Occupational, Social and Environmental Medicine, Department Indoor Climatology (ark), Jena ; 4Friedrich-Schiller-University of Jena, Institute of Clinical Immunology, Jena ; 5Pulmonary Research Institute at Grosshansdorf Hospital, Center for Pneumology and Thoracic Surgery, Grosshansdorf, Germany

dans Allergy 59 (9), 946-952

- CONTEXTE

  • Il a été suggéré que l’exposition à des taux élevés d’endotoxines de la poussière de maison diminue le risque de sensibilisation allergique.

- OBJECTIF

  • Explorer l’association entre l’exposition régulière aux endotoxines bactériennes de la poussière de maison et la sensibilisation allergique chez l’adulte.

- METHODES

  • En 1995 et 1996, nous avons conduit une étude cas-contrôle imbriquée faisant suite à une étude croisée dans le cadre de « the European Community Resperatory Health Survey » (ECRHS).
  • Les données concernant 350 adultes âgés de 25 à 50 ans ont été analysées.
  • La sensibilisation allergique était évaluée par la mesure des IgE spécifiques à l’encontre de plusieurs aéroallergènes.
  • Des échantillons de poussière ont été prélevés au niveau du sol des salons.
  • Le contenu en endotoxines était quantifié à l’aide d’un test sur lysat de Limulus amoebocyte chromogénique et cinétique.

- RESULTATS

  • L’analyse de régression logistique multiple a montré une association négative entre l’exposition aux endotoxines de la poussière de maison et une sensibilisation allergique sévère.
  • Après ajustement en fonction du lieu de résidence, du genre, de l’âge et des facteurs de risque socio-économiques, les résultats sont les suivants (OR 0,80 ; IC 95% ; 0,64-1,00) pour la sensibilisation à au moins un allergène et (OR 0,72 ; IC 95% ; 0,56-0,92) pour la sensibilisation à au moins deux allergènes, en utilisant la dose seuil de sensibilisation de 3,5 kU/l.
  • L’effet protecteur des endotoxines était plus important pour la sensibilisation aux pollens qu’aux autres aéroallergènes (OR 0,74 ; IC 95% ; 0,58-0,93).

- CONCLUSION

  • Nos résultats indiquent que l’exposition régulière à de hauts niveaux d’endotoxines de la poussière de maison pourrait être associée à une diminution de la probabilité de sensibilisation allergique chez l’adulte.

Il est dommage que les auteurs de cette étude n’aient pas respecté une définition plus stricte de la sensibilisation allergique. On le sait, les tests cutanés sont plus sensibles que les IgE spécifiques.

De plus ces dernières sont utiles en confirmation plus qu’en diagnostic du fait d’une spécificité moins performante, donc avec un risque de faux positifs accrus. Cela induit ici probablement un biais de recrutement en trop des sujets sensibilisés.

En outre il faut discuter la notion de haute teneur de la poussière de maison en endotoxines.

Les endotoxines proviennent des animaux domestiques. Ainsi, la poussière de maison riche en endotoxines se retrouve dans les habitats comportant des animaux domestiques ou dont les occupants sont en contact avec d’autres animaux (fermiers, cavaliers...).

Ainsi, cette étude prête le flanc au biais maintenant classique dans ce genre d’étude, sachant que les sujets allergiques évitent de manière consciente ou intuitive de posséder des animaux ou d’y être en contact.

Avant d’être d’accord avec les auteurs de cette étude, on attendra des études plus démonstratives.